VIDEO. Disparition du slow: Mais comment les ados font-ils pour se «pécho» aujourd’hui?

RAPPROCHEMENT «Le slow est mort, vive le slow», et c'est sans doute pour ça qu'il est mis sur le devant de la scène...

Claire Barrois

— 

Des adolescents en phase de préchoppe grâce au contact physique prolongé permis par le slow.
Des adolescents en phase de préchoppe grâce au contact physique prolongé permis par le slow. — David Goldman/AP/SIPA

Votre premier baiser, c’était à la fin de Vivo Per Lei, d’ Andrea Bocelli et Hélène Ségara, Still loving you de Scorpion ou encore If I Could Turn Back The Hands Of Time de R. Kelly ? Alors, désolée d’être crue, mais vous appartenez à une époque révolue. Comme tous les vieux (de plus de 20 ans, quoi) vous avez choppé sur un slow, ou pire, au jeu de la bouteille. Sachez que ça n’existe plus. Le slow a tout simplement été éradiqué de la surface de la Terre. Au point qu’un spectacle et un reportage sonore sur les survivants qui ont connu l’âge d’or de cette musique ont été créés. Pour une Dernière danse ?

Tout vieux schnock qui se respecte a sa petite histoire avec le slow. C’est évidemment le cas de Thomas Guillaud-Bataille, le créateur du spectacle L’Age du slow*, avec Maya Bocquet. Le choix du sujet ? « Ça part de mon histoire sentimentale et personnelle, raconte-t-il. Ce type de chansons a contribué à mon éveil sentimental et sensuel. Mon premier baiser s’est produit sur Everything I do de Bryan Adams, lors d’un voyage à Rome. » Surtout, l’animateur d’ateliers radio auprès de collégiens et de lycéens se rend compte que son jeune auditoire passe complètement à côté de la hype du slow.

« Quand je leur en parle, soit ils ne voient pas ce que c’est, soit ils voient, mais trouvent ça ringard, alors que ça a été un rituel décisif pour moi, comme pour beaucoup de timides », souligne le metteur en scène. Face à ce constat, il décide de « retracer l’histoire d’une danse en voie de déperdition » et crée un spectacle léger, basé sur des témoignages qui racontent le long chemin pour aller demander à la fille de danser, comment garder la face devant des copains après le râteau du siècle, l’attitude à adopter pour faire comprendre à un garçon que ça n’est pas parce qu’on a accepté sa danse qu’on ira plus loin avec lui…

Des poches de résistance

Le propre de cette danse, c’est de ne pas nécessiter de technique. Du coup, elle est liée à l’intime, aux sensations. « Quand on raconte nos souvenirs de slows, on sent l’émotion rejaillir, explique Thomas Guillaud-Bataille. Le slow en tant que moment rituel cristallise des choses très fortes dans la mémoire. J’ai rencontré des personnes qui avaient presque tout oublié d’une période donnée, sauf ça. » Et pour rendre compte de cette émotion, qui appartient désormais au passé, la scénographie restitue le théâtre des regards, de ceux qui attendent bien gentiment sur les chaises pendant que les autres dansent parce que personne ne veut danser avec eux.

A la fin de la représentation, le slow n’est pas mort. Invités à rejoindre les comédiens sur scène, les spectateurs s’y rendent bien volontiers pour renouer avec leur jeunesse. D’ailleurs, Thomas Guillaud-Bataille a identifié des « poches de résistance » du slow : « Les mariages ou les colonies de vacances, parce que c’est chapeauté par des adultes qui ont eux-mêmes connu le slow. Mais les jeunes ne reproduisent pas l’expérience dans leurs soirées ensuite. » Et ils ont bien raison.

Les jeunes ont raison

On a beau toujours trouver que « c’était mieux avant », en vrai, non. Le slow, c’était se risquer à inviter quelqu’un et à se prendre le râteau du siècle devant tous ses copains. C’était devoir dire « non » gentiment mais fermement au pire garçon du collège. C’était ne pas savoir comment se placer, bouger ses mains, les bras tendus, lors d’une danse acceptée trop vite. Pire, c’était attendre des heures à regarder les autres danser tout en sachant que notre tour ne viendrait pas.

Aujourd’hui, les jeunes envoient un snap [pour les plus âgés d’entre nous, ce sont des messages instantanés et éphémères] pour savoir si l’autre est intéressé, et lisent la réponse dans leur coin. Difficile de les en blâmer, même s’il y a peu de chances que le slow soit dans la suite du programme. Et ça, ça fait vraiment de nous des vieux au même titre que quand on évoque les singles​ qu’on apportait à ces fameuses soirées avec des slows. CQFD.

*L’Age du slow, 28, 29, 30 mars à 19h30, sur la péniche La Pop, à Paris (19e).