Dans «Far Cry 5», le joueur est confronté à un prêcheur radical et violent en pleine Amérique profonde
Dans «Far Cry 5», le joueur est confronté à un prêcheur radical et violent en pleine Amérique profonde — Ubisoft

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VIDEO. «Far Cry 5»: Foi, flingues et fin du monde... Bienvenue dans l'enfer américain!

Après l'Himalaya et la Préhistoire, la franchise «Far Cry» s'installe aux Etats-Unis, dans le Montana, un petit coin de paradis... ou d'enfer...

Far Cry a toujours été le petit frère turbulent de GTA. A l’expérience riche mais rare - un jeu tous les cinq ans - de Rockstar, Ubisoft préfère le plaisir immédiat, voire même coupable, à l’instar de ses méchants over the top, le pirate philosophe Vaas de Far Cry 3 ou le dictateur fou Pagan Min de Far Cry 4. Après une pause préhistorique avec Far Cry Primal en 2016, la franchise revient déjà, mais à une échelle plus humaine, plus locale. Finies les îles paradisiaques, les montagnes de l'Himalaya, bienvenue en Amérique, au Montana.

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C’est dans cet Etat du Nord des Etats-Unis qu’a grandi le directeur créatif du jeu, Dan Hay. Il se souvient des feux de camp, des chevaux au galop, des escapades aux Rocheuses. « Far Cry a habitué le joueur aux voyages exotiques, sauvages, dangeureux, ajoute Phil Fournier, producteur à Ubisoft Montréal. Si le Montana est plus familier, il n’en reste pas moins dépaysant. Dès que tu mets un pied là-bas, tu es saisi par ce grand ciel, ces étendues à perte de vue, et les montagnes à l’horizon. Et aussi par les marques, car notre monde est brandé : l’équipe de foot locale, le diner du coin... Nous avons tout fait pour recréer et rendre crédible ce Montana, et le comté fictif de Hope County. »

Tic tac tic tac

Mais Dan Hay a d’autres souvenirs de sa jeunesse, des années 1980, avec la menace de la Guerre froide, des films comme Terminator et WarGames, et ce sentiment que la fin du monde était pour demain. Far Cry 5 revisite cette idée, la fameuse «doomsday clock», dans une Amérique post-11-Septembre… Dans l’Amérique de Trump ? Bien que le jeu ait été lancé avant son élection et que les développeurs rejettent toute récupération politique, impossible de ne pas y penser. Le personnage Joseph Seed est ainsi un prêcheur évangéliste, qui, en quelques années, a réussi à prendre le pouvoir à Hope County en rachetant des terres et en imposant sa loi par les armes.

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« Avec Joseph Seeds alias le Père, nous élargissons le spectre des méchants de Far Cry, revendique Jean-Sébastien Decant, directeur narratif. Il est plus ambigu, plus nuancé, car il pense faire le bien. La fin est proche, et il doit sauver le plus d’âmes possible avec son Projet Eden’s Gate. » Selon Rick Ross, expert des cultes et consultant sur le jeu, ce type de sectes militarisées et de gourous radicaux existe : « Sur une échelle de 1 à 10, on peut dire que Charles Manson est un 10. Et Joseph Seed un 11. Car il y croit vraiment, ce sont les plus dangereux. »

Un méchant fascinant

Une mythologie passionnante, qui est surtout racontée non pas dans le jeu mais via d’autres médias : roman, courts-métrages, etc. C’est dommage, on aurait presque aimé vivre la montée en puissance de cette secte, tout d’abord pacifiste puis de plus en plus agressive, d’autant plus qu’une fascination s’installe entre le gourou et le héros, à moins que ce ne soit entre le gourou et le joueur ?

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Lorsque Far Cry 5 commence, le joueur, un shérif adjoint, doit donc arrêter Joseph Seed pour ses crimes, en plein prêche dans son église. Mais bien sûr, rien ne se passe comme prévu. Après un accident d’hélicoptère et une course-poursuite toute berzingue, le monde de Hope County s’ouvre à lui, et l’équipe d' Ubisoft Montréal a voulu privilégier l’exploration et l’anecdotique à l’action et la surenchère. Le jeu multiplie ainsi les rencontres, les opportunités, les missions annexes. Avec la famille de Joseph, avec la résistance, avec les locaux. « Il y a beaucoup de personnages, commente Jean-Sébastien Decant. Avec chacun son identité propre, son histoire, ses réactions face aux agissements de la secte. »

Voilà pour la théorie, car en pratique, Far Cry 5 reste un Far Cry. Un bon Far Cry. Son directeur créatif évoque un jeu plus sérieux, plus mature, avec des situations et des personnages plus complexes. C’est vrai, mais chaque mission peut très vite virer au feu d’artifice, tandis que le joueur contrôle un gros ours du nom de Cheeseburger. Une certaine idée de l’Amérique ?