VIDEO. Trois lecteurs de «20 Minutes» à l'Opéra: «C'était cool, mais la musique m'a perturbée de ouf!»

INITIATION. «20 Minutes» a accompagné trois de ses lecteurs pour leurs premiers pas à l'Opéra de Paris...

Claire Barrois
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Clara, Melissa et Etienne, les lecteursque «20 Minutes» a emmenés à l'Opéra.
Clara, Melissa et Etienne, les lecteursque «20 Minutes» a emmenés à l'Opéra. — C. Barrois / 20 Minutes
  • « 20 Minutes » accompagne l'initiation de trois lecteurs à la musique classique.
  • Pour leur premier rendez-vous, ils se sont retrouvés au Palais Garnier, l'un des deux bâtiments de l'Opéra de Paris.
  • Entre la magie du lieu, la découverte d'un nouveau genre musical et la représentation ultra-moderne, les lecteurs ont été chamboulés par leur expérience, qu'ils partagent avec vous.

Mercredi, 18h15, à la sortie du métro Opéra, c’est l’heure du premier rendez-vous. Etienne, en avance, fume une clope et appréhende un peu le déroulement de la soirée. Mélissa et Clara arrivent en retard. Mélissa est détendue, en mode jean-baskets-sweat à capuche, Clara a hâte d’en savoir plus sur la suite de la soirée, elle est impatiente. C’est la première fois qu’ils vont écouter de la musique classique, a fortiori de l’opéra, à l' Opéra. Et 20 Minutes leur a concocté une soirée spéciale.

Souvenez-vous, il y a quelque temps, on vous proposait de vous inviter à des concerts de musique classique. Vous avez été environ 300 à nous répondre, et les grands gagnants étaient Etienne (24 ans), Mélissa (24 ans également) et Clara (27 ans). Etrangers à la musique classique, ils ont décidé de nous confier leur initiation à ce genre et de se laisser porter par l’expérience. Et de se laisser surprendre à chaque fois par la salle et le programme.

Les yeux qui brillent

Ces trois-là ont bien compris où ils allaient passer leur soirée, le nom du bâtiment étant spoilé par celui de la station de métro. En revanche, ils n’ont aucune idée du programme qui les attend. Mélissa présume tout de même qu’une visite des lieux serait opportune. C’est gagné. Direction l’entrée des artistes, récupération des badges et voilà nos trois novices en train de fouler le sol des coulisses de la mythique scène, de croiser un lapin et sa gardienne (oui, oui) dans les coulisses, et de faire un tour dans le somptueux foyer de la danse, où les danseurs s’échauffent et répètent. Devant tout l’or du palais Garnier, nos lecteurs ont les yeux qui brillent.

Le grand escalier, en marbres de plusieurs couleurs avec des statues et une nef de 30 mètres de haut, et le grand foyer, avec ses miroirs et ses mosaïques, sont aussi à couper le souffle. « C’est vraiment un endroit incroyable », glisse Etienne. Il est temps de s’attaquer au vif du sujet. Direction la salle, où va commencer la représentation. Pour un premier rendez-vous, on n’a pas été très sympas : Entre un opéra de Béla Bartók, en hongrois, et une œuvre qui montre, pendant près de quarante minutes, une femme seule sur scène, en train de se faire larguer au téléphone, on n’a pas vraiment choisi la facilité.

Ça ne moufte pas

Le rideau se lève, nos appréhensions se confirment. La musique du Château de Barbe-Bleue, composée en 1911, est spéciale, on ne comprend vraiment RIEN au hongrois (merci les surtitres, sans vous on sombrait), et la mise en scène est un peu compliquée. Etienne, Mélissa et Clara ne mouftent pas. Difficile de savoir s’ils aiment. L’angoisse monte chez moi : Leur initiation est censée se faire sur plusieurs concerts, et je pense qu’ils ne reviendront jamais. Vient la deuxième œuvre : La Voix humaine. Cette voix, c’est celle de Barbara Hannigan, qui interprète une femme qui vient de se faire quitter. Et Francis Poulenc, qui a composé cette œuvre, n’a pas lésiné sur le pathos (traduit par des trémolos, évidemment) pour montrer son malheur.

Fin de la représentation, les lumières se rallument, et l’enthousiasme n’est pas franchement au rendez-vous parmi mes voisins. Je tente un : « Vous avez aimé ? », suivi par un silence gêné. « C’était une expérience…, risque Mélissa, avant de poursuivre : En réalité, je ne sais même pas si j’ai aimé. » Clara est soufflée par la puissance des voix : « C’était quoi, ça ? !! » Quant à Etienne, il tente une réponse positive : « Trop stylé le chien sur scène ! » En fait, il traduit bien l’état d’esprit de ses camarades, marquées elles aussi par la mise en scène.

Les tops et les flops de nos lecteurs à l’Opéra

  • Top. Les chanteurs. « J’étais vraiment persuadée que les chanteurs d’opéra avaient des micros, en fait non, raconte Clara. Ils sont impressionnants parce que leurs voix passent par-dessus l’orchestre et je ne sais pas comment c’est possible de tenir aussi longtemps à chanter, de retenir tout ce texte. » Petit regret tout de même sur la mise en scène de la part d’Etienne : « J’ai trouvé ça pas mal que la chanteuse se balance du canapé, mais quand elle est à quatre pattes à regarder par terre, ça n’aide pas à porter la voix. »
  • Top. La diversité. « Moi j’étais contente de voir une renoi sur scène quand même, signale Mélissa. Je pensais être la seule renoi dans la salle, en fait il n’y avait pas que des blancs riches, ça n’était pas qu’un seul et même profil. »
  • Flop. La vidéo sur scène. « Le gamin qui saigne des yeux, ça faisait très vidéo du Palais de Tokyo, quand tu ne comprends rien à ce qu’ils veulent dire, estime Clara. Il y avait trop de couches de compréhension, ça faisait trop film indé. »
  • Top. La mise en scène. « Ça faisait vraiment Hercule Poirot, souligne Etienne. Tu ne comprends rien pendant longtemps, et à la fin tu te dis : "Ouais, ouais, il était là". »
  • Flop ou Top ? Les mosaïques du vestiaire. « Les petites croix nazies au sol [à l’origine, svastika, motif décoratif courant dans de nombreuses constructions], ça m’a rappelé La Grande Vadrouille », plaisante Etienne.
  • Flop. L’interaction. « À un moment, j’ai regardé les têtes des spectateurs, ça faisait genre congrès du parti communiste chinois, remarque Etienne. Si tu fais une tête bizarre, t’es viré. Les spectateurs regardent, mais ne participent pas. On aurait dit les supporters du PSG au Parc des Princes, mais sans les ultras. Ils ne se lèvent que quand il y a des buts, mais pendant un opéra, il n’y a pas de buts. »
  • Top. Les gens. « J’étais hyper surprise, les gens étaient tous comme nous, rétorque Clara. Ils n’étaient pas guindés, les filles n’avaient pas passé l’après-midi chez le coiffeur, je n’ai pas vu de manteaux de fourrure… »
  • Flop. Les œuvres. « La musique m’a perturbée de ouf, le hongrois aussi, en fait je crois que j’ai juste un problème avec les pièces », concède Mélissa.
  • Top. La modernité. « J’ai bien aimé voir une chanteuse assise dans le public au début, remarque Etienne. Ça fait moderne. Le décor m’a vraiment choqué, il était sobre, minimaliste et terne, tout le contraire de la salle. Et voir des filles s’embrasser sur scène, ça m’a choqué, je pensais que le public de l’Opéra n’était composé que des gens de la Manif pour tous. »

 

Secoués mais ravis, nos lecteurs se sont donnés rendez-vous le 26 avril pour leur prochaine expérience en musique classique.