Changement d'heure: La technologie nous permettra-t-elle un jour d’arrêter de dormir?

SOMMEIL Les nouvelles technologies s’invitent dans nos lits pour améliorer nos nuits. Et si dans le futur, elles nous permettaient d’arrêter de dormir ?…

Laure Beaudonnet

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Cette employée n'a clairement pas eu le temps de recharger ses batteries. Et, comme nous, elle aimerait ne plus avoir besoin de dormir. Illustration.
Cette employée n'a clairement pas eu le temps de recharger ses batteries. Et, comme nous, elle aimerait ne plus avoir besoin de dormir. Illustration. — Mood Board / Rex Featur/REX/SIPA
  • De nombreuses applis assurent qu’elles ont le pouvoir d’améliorer la qualité de nos nuits. 
  • On imagine un futur où les nouvelles technologies nous aideraient à réduire notre temps de sommeil.
  • Pour cela, il faudrait qu'elles soient capables de reproduire les effets du sommeil sur le corps. 

Parfois, dormir a tout l’air d’une perte de temps. On a tous rêvé d’utiliser nos nuits à rattraper ce qu’on n’a pas eu le temps de faire pendant la journée. Bouquiner, mater des séries ou faire le ménage sans avoir besoin de recharger ses batteries, c’est le rêve de toute une vie. Alors que les nouvelles technologies s’invitent dans nos lits et nous promettent d’améliorer nos nuits, comme les applis Sleep Better et iSommeil, ou le bandeau Dreem, qui serait capable d’augmenter le sommeil profond, pourquoi ne pas carrément réduire notre temps de sommeil ?

Fini le calvaire du réveil le lundi matin, finies les crises de nerfs à cause des ronflements de notre conjoint(e) et des bruits de marteau de notre voisin.

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Mais avant de balancer votre matelas aux ordures et de sabrer le champagne à l’idée de ne plus jamais ressentir de fatigue, sachez que, petit un, cette technologie n’existe pas encore et que, petit deux, le sommeil a tout de même quelques vertus. Dormir favorise la consolidation et le stockage de la mémoire, nettoie et supprime les déchets toxiques qui ont pu être générés dans le cerveau. Le sommeil est un temps de plasticité cérébrale [la capacité du cerveau à remodeler ses connexions en fonction de l’environnement et des expériences vécues par l’individu]. Il est essentiel pour la gestion des émotions.

Obésité, troubles métaboliques, hypertension

Il se passe beaucoup de choses pendant les nuits. S’il est vrai qu’en dormant moins, on a plus de temps pour faire des choses, on a toutes les chances de moins bien les faire. Et de finir dans un sale état.

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La privation de sommeil comporte des risques : obésité, troubles métaboliques, hypertension, troubles cardiovasculaires... sans parler de la folie. « Au bout de quelques jours, on a des distorsions de perceptions sensorielles, avec des hallucinations. Des comportements agressifs et paranoïaques font leur apparition », note Marie-Pia d’Ortho, pneumologue et cheffe du service d’Exploration fonctionnelles de l’hôpital Bichat qui ne voit pas l’intérêt de ne pas dormir.

Pour se passer du sommeil, il faudrait comprendre précisément à quoi il sert. Ensuite la technologie pourrait essayer de reproduire les effets. « On ne sait pas pourquoi on a besoin de dormir, ni pourquoi le simple fait d’être allongé n’a pas les mêmes effets », souligne Paul-Antoine Libourel, ingénieur de recherche dans l'équipe SLEEP du Centre de recherche en neurosciences de Lyon 1. « Toutes les espèces ont besoin de dormir, à quelques exceptions près, poursuit-il. Mais on s’est rendu compte que des animaux, pendant des phases déterminées, arrivaient à se priver de sommeil ».

Les oiseaux migrateurs volent des centaines d’heures d’affilée et ne dorment pas pendant une dizaine de jours. « Pour rester éveillés, ils dorment d’un seul hémisphère. On pourrait s’en inspirer pour imaginer des produits pharmacologiques qui permettraient à l’homme de dormir d’un seul côté de son cerveau », reprend le scientifique qui n’exclut pas que l’on puisse, dans le futur, utiliser la thérapie génique pour arriver à dormir moins.

« Il suffit de prendre de la cocaïne »

Nous ne sommes pas égaux face au sommeil. Il existe des gros dormeurs, des petits dormeurs, des gens du matin, des gens du soir. « Si on arrive à faire un lien entre le patrimoine génétique et la façon de dormir, on arriverait à voir si certains gènes favorisent une bonne récupération », imagine Paul-Antoine Libourel. Chez l’animal, grâce à des virus, on est capables de modifier le génome. L’optogénétique permet d’activer ou d’inhiber certains neurones grâce à la lumière. Pourquoi ne pas imaginer appliquer ces techniques pour les humains, en activant les neurones qui sont utilisés pendant le sommeil ?

Marie-Pia d’Ortho est radicalement opposée à l’idée d’utiliser des thérapies géniques qui ne doivent pas servir à la reprogrammation de confort. Pour raccourcir son temps de sommeil, « il suffit de prendre de la cocaïne », rétorque-t-elle, taquine. « Il y a des moyens pharmacologiques, par des médicaments et des substances, pour moins dormir, il n’y a pas besoin de technologies pour ça », souligne-t-elle avant d’évoquer la molécule éveillante testée pendant la guerre du Golfe [près d'un millier de soldats français ont absorbé des comprimés de modafinil]
ou le captagon des djhadistes.

Pour l’heure, aucune nouvelle technologie grand public n’a fait preuve de son efficacité pour améliorer notre sommeil. Il faudrait regarder du côté de l’intelligence artificielle. Quand la machine travaillera à notre place, on aura beaucoup plus de temps libre. Le cauchemar des robots qui travaillent à notre place n’est-il pas en fin de compte notre salut ? On vous laisse méditer sur cette question à votre prochaine insomnie.