Mois de la francophonie: Pour le rappeur Lorenzo, «le principal c ke tout lmonde se comprend»

ORTHOGRAPHE A l’occasion du mois de la francophonie, «20 Minutes» se lance à la rescousse de la langue française. Aujourd'hui, on a demandé au rappeur Lorenzo sa recette pour garder la langue vivante (2/5)…

Benjamin Chapon

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Lorenzo a sorti son album "Rien à branler" en mars 2018
Lorenzo a sorti son album "Rien à branler" en mars 2018 — Felipe Barbosa
  • Durant tout le mois de mars, et notamment le mardi 20, Journée internationale de la francophonie, la langue française est à l’honneur.
  • «20 Minutes» est précurseur et a cherché à savoir comment soutenir le français au travers d’initiatives innovantes (et tout à fait subjectives).
  • Aujourd’hui, nous avons demandé au rappeur Lorenzo, adepte d’une orthographe française très libre, de nous expliquer son rapport à la langue française.

Son album s’intitule Rien à branler. Pas « r1 a branlé », non, non, Rien à branler, avec toutes les lettres, l’infinitif et tout. Parce qu’outre sa faconde outrancière et son hip-hop affreux, sale et méchant, Lorenzo se caractérise par son attachement à une orthographe et une grammaire très approximatives, et une syntaxe très personnelle. Quand il donne des interviews, le rappeur reste dans son personnage de loser indolent et priapique et exige que ses fautes soient conservées telles quelles. Par exemple, quand on lui demande si son succès, phénoménal, change quelque chose dans sa vie, il répond :

« Pas grand chose, jai tj le meme appart de merde et jpeux pas allé au bar tabac sans que yest un srab ki me reconnaisse et commence a gratté une photo, de la weed ou meme un peu d’amitié. Par contre pour les ptites miss c’est patate mon gars. »

Au-delà de la coquetterie, ce choix radical permet à Lorenzo de construire son personnage et de rester proche de ses fans. Sous son éternel bob et sa nonchalance se cache un artiste qui reste à l’affût des réactions de son public et des chiffres de ventes de son album : « Jai téma la premiere semaine vite fait sa fait plaiz kan tu voi des ptit score a 5 chiffre tu le c. Les gens qui suive y zon di qui ont kiffé en masse, meme ma mere ma di « chapo l’artiste ». »

« Mamène » dans le Larousse

Mais qu’est-ce qu’un énergumène pareil peut apporter à la langue française ? Déjà, du vocabulaire. Adepte, comme la plupart des rappeurs, de mots d’argot empruntés par exemple à l’arabe, au portugais, au verlan ou au gitan, Lorenzo est quasiment l’inventeur du mot « mamène », mot d’argot breton qu’il a largement popularisé. S’il le ressort un peu à toutes les sauces, on peut le traduire par « mon gars ». Il est devenu un cri de ralliement des fans de Lorenzo, à tel point qu’il a envisagé de le faire entrer dans le dictionnaire : « Mais en fait y mon di ke c’eté pas payé et que yavé pas de pourcentage sur les vente de dico et tout. Du coup jleur ai di ke je le gardé. »

Son langage cru et ses textes décrivant la réalité parfois sordide d’une jeunesse désœuvrée et égocentrique ont valu à Lorenzo de nombreuses critiques. Voici ce que tout cela lui inspire :

« Jai juste entendu que yavé la daronne de mickael, le garagiste qui vend dla c devan norauto, kavé vla mal parlé sur oim. C des barre que vous la conaissié aussi, le monde est vraimen petit. Chui quécho en scred. »

Plus sérieusement, Lorenzo plaide un rapport décomplexé à la langue française qui ne doit exclure personne, surtout pas les plus jeunes : « Jpense que le principal c ke tout lmonde se comprend. C du luxe de bien ecrire, sa c pour les puriste de lecriture et les mec qui veule se donné un genre. Le seul message pour la jeunesse c de kiffé tout les jour. Jprefere voir des jeune heureux que des jeune qui save ecrire. »

La langue pour tous

Évidemment, Lorenzo ne garde jamais son sérieux bien longtemps. Il n’a ainsi pas grand-chose à dire sur son rapport à la langue française à part que « c patate pour seduire des ptite kainri ou des espanique, c ce genre d’accent epicé en vrai. » Quant à la réforme de la grammaire et de l’orthographe visant à une simplification de la langue, on se dit que, au fond de lui, il doit approuver mais il préfère déclarer :

« Mais ta cru que jeté un politique ou quoi ? Mdr jai pas la tv jmatte pas les info et tout jen sait r. »

Bien loin des considérations sociologiques de l’évolution de la langue, Lorenzo va désormais se concentrer sur sa tournée, avec un fameux dilemme, mamène : « C’est soit tu fais un bete de concert et apres t’est claqué et tu peux pas fricotté avec quelque groupi de qualité a l’hotel, soit l’inverse et dans la vie faut faire des choix toi meme tu c que c pas facile. Mais jpense jai bien fais de priviligié les meuf. »