Mois de la francophonie: «Le mot «con» est péjoratif alors que ça devrait finalement être un éloge»

VOCABULAIRE A l’occasion du mois de la francophonie, «20 Minutes» se lance à la rescousse de la langue française. Aujourd'hui, la linguiste Florence Montreynaud explique comment rendre le français moins sexiste (3/5)…

Propos recueillis par Clio Weickert

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Dans son ouvrage, Florence Montreynaud rétablit le sens originel de certains mots français, comme le mot «con», qui devrait un éloge, et non une insulte.
Dans son ouvrage, Florence Montreynaud rétablit le sens originel de certains mots français, comme le mot «con», qui devrait un éloge, et non une insulte. — BOULAT ALEXANDRA/SIPA
  • Durant tout le mois de mars, et notamment le mardi 20, Journée internationale de la francophonie, la langue française est à l’honneur.
  • « 20 Minutes » est précurseur et a cherché à savoir comment soutenir le Français au travers d’initiatives innovantes (et tout à fait subjectives).
  • Aujourd’hui, la linguiste féministe Florence Montreynaud explique que certains mots et expressions sont sexistes sans que l’on s’en aperçoive

« Fils de pute », « putain », « tomber enceinte », « perdre sa virginité », « nom de jeune fille »… Autant de mots et d’expressions françaiSES, qui, mine de rien, égratignent chaque jour un peu plus l’image de la femme. Des mots ancrés dans le langage courant, comme un « con » (souvent « sale »), désignant un imbécile, alors que son sens premier n’est autre que le sexe féminin. Des expressions balancées à tout va, comme « crime passionnel », alors que le crime en question n’est autre qu’un meurtre par son conjoint.

Autant de termes et de locutions que passe au crible l’historienne et linguiste Florence Montreynaud dans Le roi des cons, quand la langue française fait mal aux femmes(éditions Le Robert), en vente depuis le 15 février dernier. A l’occasion du mois de la francophonie, 20 Minutes a interviewé cette féministe engagée, qui prône une langue française égalitaire.

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Quel est l’objectif de cet ouvrage ?

Je propose de réfléchir aux mots que nous employons, et à partir de là, le but c’est que les gens se comprennent mieux entre eux, car il y a plein de faux-sens. Et l’on vit une époque extraordinaire depuis #BalanceTonPorc, une époque où les femmes n’acceptent plus que des violences insupportables soient passées sous silence. Ce n’est plus possible d’entendre tous ces mots, toutes ces insultes, toutes ces tournures qui minimisent la violence.

À quel point la langue française peut-elle blesser ?

Elle peut blesser malgré la volonté de la personne qui parle. Beaucoup d’injures par exemple, sont contre le féminin : fils de pute, putain… Même « enculé » qui contrairement à ce qu’on pense, n’est pas uniquement homophobe. On fait allusion à celui qui est pénétré, c’est-à-dire qui est dans la position de la femme. Ou « con », la plupart des gens ne savent pas que ça désigne le sexe féminin, c’est péjoratif alors que ça devrait finalement être un éloge !

Vous pointez également du doigt des tournures tendancieuses comme « elle s’est fait violer », que l’on entend couramment, alors qu’il faudrait dire « elle a été violée ».

Oui, car cela sous-entend qu’elle y est pour quelque chose. Ce sont des expressions qui veulent dire autre chose que l’acte que l’on veut exprimer, un emploi de mots qui inconsciemment, prétendent justifier l’acte.

Faut-il interdire les mots qui blessent ?

Les linguistes sont des gens qui observent l’évolution de la langue. Je n’impose rien, je ne fais que des propositions, pour qu’il y ait une prise de conscience. Il ne s’agit pas de dire « arrêter de dire "putain" ». C’est plutôt une démarche pédagogique, pour comprendre à qui on fait du mal quand on dit cela, quand on adresse à une femme l’insulte « sale pute ». Vous ne faites qu’accentuer le machisme dans notre société, qui repose sur la violence et sur la dégradation du féminin.

Et que pensez-vous des débats autour de l’écriture inclusive ?

Cela montre une résistance acharnée des gens qui ont perdu. C’est évident que dans la plupart des pays, toutes les langues ont évolué dans la visibilité du féminin, car le masculin qui étouffe le féminin, ce n’est pas normal. Une habitude qui remonte au XVIIe siècle, quand le genre masculin était considéré comme « le plus noble ». Mais le masculin est seulement l’un des deux genres grammaticaux, et il n’y a pas de raisons pour que les femmes disparaissent.

Pour changer le monde il faut nécessairement changer les mots ?

Je pense que ça peut être une manière. Si on conçoit bien une idée, si on ne veut pas exprimer du mépris pour les femmes et pour le féminin, et quand on parlera une langue égalitaire, on sera plus proche de l’égalité. Pour revenir aux insultes, c’est vraiment effrayant. Cela dégrade la sexualité, et pour l’instant, c’est surtout les désirs des hommes qui priment. Changer les mots, ça fera aussi changer la conception de la sexualité, quand elle sera fondée sur les bases de la liberté et de l’égalité. Changer les mots, ça changera le monde.