VIDEO. «Guantanamo Kid»: Le plus jeune prisonnier du célèbre bagne se raconte en BD

BD Mohammed el Gorani a été injustement détenu près de sept ans… « 20Minutes » vous propose de découvrir les premières planches de la BD « Guantanamo Kid »…

Olivier Mimran

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Extrait de la BD Guantanamo Kid
Extrait de la BD Guantanamo Kid — © J. TUBIANA, A. FRANC & ÉD. DARGAUD 2018

« Au mauvais endroit, au mauvais moment » est une expression taillée sur mesure pour Mohammed el Gorani, un jeune Tchadien emprisonné à Guantanamo suite aux attentats du 11 septembre 2001. Il avait alors à peine 14 ans !
Plus de 17 ans plus tard, le dessinateur Alexandre Franc et le journaliste et anthropologue Jérôme Tubiana - qui s’est entretenu plusieurs fois avec el Gorani depuis sa libération (en juin 2009) - livrent le récit de sa captivité en bande dessinée dans Guantanamo Kid. Récit dont les éditions Dargaud ont la gentillesse de présenter les premières planches, en exclusivité, aux lecteurs de 20 Minutes.

 

 

Universellement connue, la prison (non-officielle) de Guantanamo, dont la seule évocation fait froid dans le dos, recèle certainement des secrets qui ne seront jamais révélés… et d’autres qui le sont enfin, grâce au témoignage du plus jeune détenu qui y ait séjourné. Le tort de Mohammed el Gorani ? Être allé étudier l’informatique au Pakistan, avec le secret espoir d’y apprendre un métier susceptible de l’aider à soutenir sa famille, plutôt que de se contenter de son job de vendeur d’eau minérale en Arabie Saoudite. Manque de bol, il y débarque deux mois après le 11 septembre 2001, alors que les autorités locales sont sur les dents…

 

 

De Kandahar à Guantanamo

Arrêté arbitrairement puis « vendu » (5.000 dollars) par les services secrets pakistanais aux forces américaines, le gamin désormais accusé de terrorisme « visite » la terrible prison de Kandahar (en Afghanistan) avant d’atterrir au X-Ray camp, puis aux camps Delta de Guantanamo où il subira, durant ses presque sept ans de privation de liberté, tortures et humiliations à la chaîne. Jérôme Tubiana rapporte ainsi par le détail les violentes fouilles, les interrogatoires et autres violences systématiquement infligées aux détenus sur l’île cubaine (changement de cellule toutes les heures, musique et lumière à fond jour et nuit, climatisation extrême etc.).

 

 

Bouleversant parce qu’authentique, le récit est naturellement à charge tant les exactions relatées sont révoltantes - et transgressives des conventions de Genève pourtant signées par les États-Unis. On y apprend, par exemple, qu’entre autres « tortures », des prostituées étaient engagées pour faire parler les prisonniers en échange d’hypothétiques rapports sexuels.

 

 

Une valeur documentaire

Tirée des confessions de Mohammed el Gorani, dont on perçoit la force de caractère qu’il a dû déployer pour survivre, la BD de Tubiana est Franc s’avère, dans ses propos comme dans son iconographie, plutôt crue… mais absolument passionnante ! Servie par des textes volontairement neutres et un dessin - en noir et blanc - tout en sobriété, elle revêt un caractère documentaire précieux en ce qu’il rappelle, même si beaucoup de temps a passé, combien les attentats du 11 septembre ont pesé, individuellement et collectivement, sur les cœurs et sur les âmes.

 

GUANTÁNAMO KID, de Jérôme TUBIANA & Alexandre FRANC - éditions Dargaud - 19,99 euros

En vente le 16 mars 2018