VIDEO. Musique: Comment les rappeurs de Zweierpasch font triompher le world hip-hop

CULTURE Toujours en tournée après la sortie de leur troisième album, les frères jumeaux des Zweierpasch rappent en français en allemand dans leurs morceaux, des deux côtés du Rhin et bien plus loin…

Bruno Poussard

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Till et Félix Neumann, les deux rappeurs du groupe Zweierpasch qui chantent en français et en allemand. Lancer le diaporama
Till et Félix Neumann, les deux rappeurs du groupe Zweierpasch qui chantent en français et en allemand. — Beschde Foto Felix Brauner Schwebkraft.
  • Monté au début des années 2010, le groupe de rap franco-allemand Zweierpasch est composé des frères jumeaux qui ont désormais 34 ans.
  • Ces derniers, encore relativement peu connus, ont un style à part entière, le world hip-hop qui les emmène des deux côtés du Rhin et bien plus loin.

En allemand, c’est Zweierpasch. En français, Double Deux. Mais leur nom ne vous dit probablement pas grand-chose. Pourtant, leur groupe a pas mal bourlingué, jusque sur des scènes de Mauritanie ou du Kazakhstan. Frères jumeaux, Félix et Till Neumann ont en fait pour particularité de rapper dans les langues de Molière et de Goethe.

Nés du côté d’Heidelberg, les jumeaux de 34 ans se sont forgé des deux côtés de la frontière. Et Strasbourg est leur deuxième maison. Désormais journaliste dans un magazine à Fribourg, Till y a fait une partie de ses études. Felix, salarié d’une association d’aide aux migrants, vit à Kehl, juste de l’autre côté du Rhin. Le premier ajoute :

L’été, en famille, nous étions habitués à aller en vacances en France. Et puis adolescents, on est parti ensemble un an en échange à Lons-le-Saunier [Jura], jumelée avec Offenbourg en Allemagne. C’est là qu’on a vraiment appris le français. »

 

Les frères jumeaux Till (à gauche) et Felix Neumann (à droite) du groupe Zweierpasch.
Les frères jumeaux Till (à gauche) et Felix Neumann (à droite) du groupe Zweierpasch. - Foto Timmy Hargesheimer.

Un style centré « sur les frontières à dépasser »

Là où ils ont aussi osé se mettre à chanter en mêlant les deux langues. Rentrés dans le hip-hop à l’adolescence – « à l’époque de l’âge d’or, avec Beginner en Allemagne, IAM, NTM, MC Solaar ou le Saian Supa Crew en France » –, les Zweierpasch, bilingues, ne l’ont plus quitté. Avec rapidement l’idée de partager leur parcours franco-allemand.

« Le rap est le style musical où le message est le plus puissant, justifie Till, auteur des textes toujours relus par une amie strasbourgeoise. On aime les paroles conscientes qui touchent et qui ont un peu la volonté d’aider à changer le monde. […] Notre style, lui, s’est concentré sur les frontières à dépasser. » Au-delà de l'amitié franco-allemande.

Du « world hip-hop » et des ateliers interculturels

En construisant leur propre patte aux riches influences qu’ils n’hésitent désormais pas à nommer le « world hip-hop », les Zweierpasch ont été invités dès 2012 à jouer en Mauritanie par l'Institut français de Nouakchott. Avec de jeunes artistes du pays ouest-africain, ou encore un DJ sénégalais. Une preuve de plus de leur ouverture.

Les Zweierpasch en concert !
Les Zweierpasch en concert ! - Lichter Foto Zweierpasch.

Du haut de leurs trois albums, Till et Felix Neumann s’impliquent dans les projets interculturels, même si la musique n’est que leur deuxième métier. Lorsqu’ils partent en tournée suivant leurs disponibilités, les jumeaux montent autant d’ateliers qu’ils grimpent sur scène. Comme avec des Gambiens ou des Iraniens. Ou encore en Ukraine et au Kazakhstan.

Ou en France, lors de leurs récentes dates devant des centaines de personnes à chaque concert dans des instituts Goethe. Avec des lyrics engagés pour la paix, la tolérance et les échanges. « Des thématiques de plus en plus d’actualité avec le populisme, pour Till Neumann. Même ici, on voit l’intolérance, le mépris des autres religions et cultures. »

En plus d’encourager à aller vers les autres comme sur chaque scène et dans leurs ateliers pédagogiques, les jumeaux semblent de plus en plus militants au fil des années, depuis la première version de leur morceau Frontalier en 2011. En témoigne leur dernier son pour la fermeture de la centrale de Fessenheim. En attendant – encore – un nouvel album.