Affaire Weinstein: Dans «Debout», Rose McGowan charge Hollywood, ce «monde arriéré, complètement tordu»

LIVRE Rose McGowan a été la première actrice à accuser le producteur Harvey Weinstein de l’avoir violée, dans cette autobigraphie, elle étrille un système qui laisse faire…

Anne Demoulin
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L'actrice Rose McGowan
L'actrice Rose McGowan — WENN

Elle a brisé la loi du silence à Hollywood. Rose McGowan a été la première actrice à accuser le producteur Harvey Weinstein de l’avoir violée. Son livre, Debout (Harpercollins, 18 euros), sort ce mercredi en librairie, un récit dans lequel elle dénonce l’hypocrisie du système hollywoodien, ce « monde arriéré, complètement tordu ».

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Rose McGowan a grandi dans une secte, dissoute officiellement en 1978, à la suite de la découverte de ses agissements en matière sexuelle (incitation à la prostitution, inceste et pédophilie), mais poursuit ses activités sous diverses dénominations. Elle existe encore aujourd’hui sous le nom de la Famille internationale.

« Au cours de ma vie, j’ai fui une secte toxique pour mieux tomber dans une autre, la plus puissante de toutes : Hollywood », résume-t-elle. « Ce petit détour par Hollywood m’a fait prendre un coupe-gorge. Je suis tombée sur un nid de vipères. Sauf que mes vipères étaient des hommes blancs et riches, et le coupe-gorge, les studios de cinéma », poursuit-elle.

« La suite du Monstre occupait tout l’étage »

Révélée par le film Scream, l’actrice vient défendre au festival de Sundance 1997 deux films dans lesquels elle partage l’affiche avec Ben Affleck, Phantoms et Going All the Way. La manager de la jeune star de 23 ans, Jill Messick, a arrangé un rendez-vous professionnel avec le producteur Harvey Weinstein, dans la suite de ce dernier. « La suite du Monstre occupait tout l’étage », décrit-elle.

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Rose McGowan se refuse d’écrire le nom d’Harvey Weinstein : « A présent nous connaissons tous le nom du Monstre, mais j’ai fait le choix de ne pas l’utiliser. Je n’aime pas le nom du Monstre (…) je refuse qu’il figure dans mon livre. »

Le rendez-vous professionnel se passe bien. Jusqu’au moment de partir. Le producteur l’a conduit de force vers le jacuzzi et la viole. « Je titube hors de l’hôtel, toujours en état de choc (…). On m’emmène tout de suite après à une séance photo où m’attend l’acteur avec qui je partage l’affiche de Phantoms. Je tremble, mes yeux sont remplis de larmes ; quand je confie à mon partenaire d’où je sors, il me dit : "Bordel de merde. Je lui ai dit d’arrêter ça." » « Va te faire foutre », rétorquera alors l'actrice à Ben Affleck en 2017 lorsque ce dernier se dit « attristé » par toutes ces révélations.

Voir son viol « comme un tremplin pour sa carrière, sur le long terme »

Rose McGowan affirme avoir raconté son viol à sa manager. Jill Messick lui aurait conseillé « voir ça comme un tremplin pour sa carrière, sur le long terme. » « J’étais terrifiée », écrit l’actrice. Même son de cloche du côté du système judiciaire. L’avocat pénaliste qu’elle a rencontré l’a découragée de porter plainte, expliquant que sa version des faits allait être difficile à démontrer au tribunal.

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Dans l’article du New York Times le 5 octobre 2017 qui parle de « nombreuses femmes victimes » d’Harvey Weinstein parmi lesquelles l’actrice Ashley Judd, il n’est fait mention que d’un accord financier de 100.000 dollars avec Rose McGowan. Ceci après un « épisode » dans une chambre d’hôtel de Sundance.

L’actrice racontera, elle, toute son histoire à Ronan Farrow, le fils de Mia Farrow et Woody Allen, dans l’enquête parue le 23 octobre 2017 dans le New Yorker, puis dans Debout, sorti le 30 janvier aux Etats-Unis sous le titre Brave. « On m’a dit que je devais avoir les cheveux longs, sans quoi les directeurs de casting ne voudraient pas me sauter. Eh bien, merde à Hollywood. Merde à cette idée. Merde à la propagande. Merde aux stéréotypes. », explique ici celle qui s’est rasée la tête il y a deux ans et est devenue l’une des féministes les plus influentes d’Hollywood.