Journée sans Facebook: Les réseaux sociaux sont-ils dangereux pour la santé?

EFFETS SECONDAIRES Les « repentis » de la Silicon Valley ne cessent d’alerter sur les effets négatifs des technologies sur la santé…

Laure Beaudonnet

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Un bébé d'un an devant un ordinateur. Montage.
Un bébé d'un an devant un ordinateur. Montage. — Alex Segre/Shutterstock/SIPA
  • La journée sans Facebook a lieu le 28 février.
  • Début février, une opération de sensibilisation auprès des familles américaines et des décideurs publics a été lancée par un groupe de repentis de la Silicon Valley.
  • Avant 3 ans, la surconsommation des écrans a des effets délétères.

« La technologie pirate l’esprit des gens », critique Tristan Harris, l’ancien « philosophe produit » de Google. « Dieu seul sait ce que [Facebook] est en train de faire au cerveau de nos enfants », lâche Sean Parker, l’ancien président de la firme de Mark Zuckerberg. « Mes enfants n’ont pas le droit d’utiliser cette merde [en parlant encore du même réseau social] », balance de son côté Chamath Palihapitiya, l’ancien vice-président en charge de la croissance du nombre des utilisateurs. Ca donne une vague idée de tout le bien que pensent ces « repentis » de la Silicon Valley des interfaces numériques, et de Facebook en particulier.

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Comme tout mouton qui se respecte (ne jouez pas les innocents), nous allons profiter de la journée sans Facebook ce mercredi pour dire adieu à nos amis virtuels pendant 24 heures. Selon une étude OpinionWay Moijeune*, 54% des jeunes ont déjà pensé à fermer leur compte, l'occasion de mettre cette menace à exécution. Et si vous ressentez des palpitations cardiaques à l’idée d’échanger un like contre un tête à tête dans le troquet du coin de la rue, posez-vous les bonnes questions… En attendant de vous faire admettre en cure de désintox, analysons les risques réels que représentent la tech pour votre santé physique et celle de votre esprit. 

Retard psychomoteur, troubles du sommeil

Les bébés et les jeunes enfants sont les premières victimes du monstre numérique. On sait, grâce à l’étude de Linda Pagani, professeure à l’Ecole de psychoéducation de l’université de Montréal, que la surconsommation de la télévision pour les tout-petits (avant 3 ans) n’est pas recommandée (le mot est faible) et, spoiler alerte, tous les autres écrans ont à peu près les mêmes effets négatifs pour leur cerveau. « Les très jeunes ont un développement neuronal et psychique essentiel dans leur rapport à l’espace à trois dimensions, ils vont capter les images, ils vont comprendre les émotions, mais ils n’auront pas la compréhension de l’action qui s’y passe », explique Claude Allard, psychiatre spécialiste de l’enfant et de l’adolescent, auteur des Désarrois de l’enfant numérique (Hermann).

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Avant l’âge de 3 ans, les outils numériques ne présentent aucun avantage. « Le fait de passer beaucoup de temps devant les écrans très tôt -plus de deux heures par jour- favorise chez les bébés un certain nombre de problèmes dont certains apparaîtront plus tard : une difficulté de concentration, une forme de retard psychomoteur, des troubles du sommeil, à l’instabilité, aux difficultés relationnelles et au retrait », égrène-t-il. « Avant même de se poser la question de l’addiction, il y a d’abord un énorme problème sociétal », confirme le psychiatre et docteur en psychologie Serge Tisseron, auteur de 3-6-9-12, apprivoiser les écrans et grandir.

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Ado devant la télé = futur idiot ?

Le simple fait de voir un adulte regarder son téléphone perturbe la santé de l’enfant. « Il se sent abandonné », pointe Serge Tisseron. L’adulte est présent physiquement, mais absent psychiquement, or le soin est fondateur des relations humaines. « Les écrans appauvrissent la communication intrafamiliale, chacun est devant son écran et plus personne ne se parle », observe Claude Allard. Et, ça crée des problèmes dans le développement affectif de l’enfant. L’écran dans le champ de vision d’un tout-petit n’apporte que des problèmes, pour résumer. Soit il a été biberonné à la technologie et il est mal parti dans la vie, soit il se sent abandonné par un parent distrait. Dans tous les cas, c’est la cata.

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Et quand un jeune adulte scrolle pendant des heures son fil d’actualité sur Facebook, que risque-t-il ? « L’adolescence, c’est l’art de perdre son temps, rappelle Serge Tisseron. A cet âge, on a une seule idée en tête : ne pas penser. Cela passe par des moyens variés, la télévision, les jeux vidéo, Facebook », sourit le spécialiste des écrans. Les réseaux sociaux sont-ils plus toxiques que le flipper ? A priori, non. Jusqu’à présent, aucune étude scientifique n’a montré que des gros consommateurs de jeux vidéo ou d’Internet à l’adolescence devenaient idiots.

L’enquête Media In Life de  Médiamétrie, focalisée sur les Millénials, montre même que les digital natives qui ont grandi avec le mobile ont une vie sociale plus riche. « Rien ne prouve qu’adultes, ils fassent un usage pathologique des réseaux sociaux », reprend Serge Tisseron qui met en garde contre l’usage galvaudé du terme « addiction ».

Accros aux écrans, une bande de junkies ?

Avec les écrans, il n’y a pas de risque de rechute ni de période de sevrage. « Si vous n’avez pas de 4G en vacances, vous serez irrité une dizaine de minutes, mais vous allez vous en remettre », insiste le psycchiatre. En utilisant les termes « junkies », « dealers », « shoot », les repentis de la tech font un raccourci que beaucoup de professionnels refusent de faire. Et, si les réseaux sociaux donnent une « dose de dopamine » grâce à un système de récompenses bien pensé (likes, commentaires), c’est le cas de toute notre économie. Les séries américaines et les jeux vidéos utilisent exactement les mêmes astuces pour tenir les gens en haleine.

« Si on dénonce le principe de la dopamine, il faut dénoncer le système sur lequel l’économie repose », tempère Serge Tisseron qui est moins préoccupé par la relation des adolescents avec les écrans que par le pillage des données personnelles des acteurs de la technologie. Espérons que les modèles éthiques de Mastodon et du tout jeune Vero finissent par imposer une alternative plus respectueuse de la vie privée et des données personnelles, mais on n’y est pas vraiment…

Si vous avez entre 18 et 30 ans, vous pouvez participer au projet « #MOIJEUNE », une série d’enquêtes lancée par 20 Minutes et construite avec et pour les jeunes. Toutes les infos pour vous inscrire en ligne ici.

* Etude OpinionWay pour 20 Minutes réalisée en ligne entre le 23 et le 27 février 2018 auprès d’un échantillon représentatif de 767 jeunes âgés de 18 à 30 ans (méthode des quotas).

Selon le même sondage OpinionWay #MOIJEUNE, 23 % des jeunes pensent que Facebook est négatif pour la société. Et plus de la moitié d’entre eux (62 %) pensent que le réseau social ne met pas assez d’outils à la disposition de ses utilisateurs pour les aider à protéger leurs données personnelles.