Charlie Adlard, dessinateur de «Walking Dead»: «J'ai arrêté de regarder la série»

COMICS «The Walking Dead» n'est pas seulement une série qui énerve ses fans, mais aussi et toujours un comics, dont le dessinateur Charlie Adlard était à Angoulême...

Propos recueillis par Vincent Julé

— 

Comme son titre l'indique, «Walking Dead» est un comics sur les morts-vivants, mais surtout sur les vivants
Comme son titre l'indique, «Walking Dead» est un comics sur les morts-vivants, mais surtout sur les vivants — 2018 Robert Kirkman, LLC. Tous droits réservés / 2018 Éditions Delcourt pour la VF

Depuis plusieurs années, on ne parle plus que d’elle, et moins de lui. Alors qu’il est à l’origine de tout, et qu’il est toujours là. En effet, la série télé The Walking Dead a un peu éclipsé le comic book Walking Dead, pourtant bien vivant avec presque quinze ans d’existence et trente volumes parus. Le 29e sort mercredi aux éditions Delcourt, toujours sous la houlette du scénariste Robert Kirkman et du dessinateur Charlie Adlard.

Ce dernier était présent lors du dernier festival international de la bande dessinée d'Angoulême, et 20 Minutes en a profité pour évoquer avec lui cette histoire de zombies devenue un phénomène mondial, la difficulté de se renouveler, et la schizophrénie entre le comics et la série… qu’il ne regarde plus.

Vous dessinez Walking Dead depuis quinze ans, vous n’en avez pas marre, vous n’avez pas envie d’arrêter ?

Mais la série va s’arrêter. Un jour. (rires) Robert [Kirkman] et moi avons conscience qu’il faudra bien mettre un point final à cette histoire. Nous avons tous les deux envie de faire d’autres choses, de raconter d’autres histoires, et The Walking Dead nous prend beaucoup de temps. Je peux juste vous dire que nous finirons ensemble, que ce soit la semaine prochaine… bon ok peut-être pas la semaine prochaine… ou dans dix ans. C’est une promesse que nous nous sommes faite entre nous, et aux lecteurs. La fin est d’ailleurs déjà écrite, mais elle peut se placer un peu quand on veut.

>> A lire aussi : Que vaut «Oblivion Song», le nouveau comics du créateur de «Walking Dead»?

The Walking Dead a commencé sans vous, puisque vous n’êtes arrivé qu’au volume 2, pour remplacer le premier dessinateur.

Lorsque Robert m’a contacté, je ne connaissais même pas la série. Il m’a alors tout expliqué, qu’il avait fait six chapitres avec son ami d’enfance et dessinateur Tony Moore, mais que ce dernier ne pouvait pas continuer. Je me suis dit que j’allais faire pareil, une poignée de chapitres, puis passer le flambeau. C’est comme ça sur la majorité des comics au long cours. Mais j’ai adoré et continué, et Robert en était très content, au point que nous sommes aujourd’hui dans une collaboration à parts égales.

Depuis huit ans, vous n’êtes plus seuls, The Walking Dead est également une série télé. La regardez-vous, et vous influence-t-elle ?

Même si elle prend des chemins de traverse, tourne autour, la série revient toujours à l’intrigue du comics. Elle n’impacte donc pas mon travail, pareil pour les jeux ou les romans. Le comics est la Bible, le vrai Walking Dead, c’est nous qui influençons les autres médias. J’ai regardé la série jusqu’à la fin de la saison 4, et c’est… bien. Mais honnêtement, c’était un peu comme faire ses devoirs. J’étais pris entre le plaisir de regarder, et l’obligation de regarder.

L’une des raisons pour lesquelles j’avais commencé était de pouvoir en parler avec les fans lors des conventions et des dédicaces. Vous imaginez, je ne pouvais pas leur dire « Je ne sais pas, je ne l’ai jamais vue », ils n’auraient pas compris. À la saison 5, c’est devenu compliqué, elle prenait la place d’une série ou d’un film que je voulais vraiment voir. Puis les saisons se sont enchaînées, et il est alors difficile de rattraper son retard. Je pense que je ne regarderais jamais la suite, ou peut-être lorsque le comics et la série seront finis.

>> «The Walking Dead»: Quand les séries usent et abusent des morts de personnages

La série est dans la tourmente, les audiences baissent, les fans sont déçus, la mort des personnages semble être devenue son seul enjeu…

Un bon drame ne peut reposer que sur ce suspense morbide, il doit être acquis à ses personnages. Je ne veux pas commenter plus que ça, mais c’est vrai que ces dernières années, je vois de plus en plus de fans me dire préférer le comics à la série. C’est toujours plaisant à entendre. (rires) Mais c’est aussi le signe que la série emprunte une pente douce, la même que tant d’autres séries avant elle. Il lui reste peut-être deux ou trois ans, tant qu’elle fait de l’argent, mais ce serait dommage qu’elle s’arrête dans l’anonymat. C’est ce que nous voulons éviter à tout prix avec le comics, nous préférons partir sur une note haute, « with a bang ».

Peut-on dire que l’arc de la prison et du Gouverneur est le point culminant du comics, et qu’il a été difficile de retrouver un tel état de grâce depuis ?

C’est le problème avec n’importe quel climax. Les séries télé y sont confrontées en permanence. Tu franchis une étape, et tu dois continuer. Le plus souvent, tu recommences doucement, tu refais monter la pression. Le Gouverneur, c’était il y a plusieurs années déjà, et je pense que nous avons atteint d’autres sommets. Le Gouverneur était un méchant de la pire espèce, mais dans la plus pure des traditions.

>> «The Walking Dead»: Negan, le meilleur méchant de la télé... ou le pire?

Negan, par exemple, est un méchant très différent, et je dirais plus intéressant, complexe, nuancé. Il n’est d’ailleurs actuellement plus vraiment un méchant. C’était un choix risqué, mais payant d’un point de vue créatif. Après toutes les choses horribles qu’il a faites, il aurait dû en payer le prix, être exécuté, mais la civilisation ne fonctionne pas comme ça. Or, Walking Dead ne parle que de ça, pas des morts, ni des morts-vivants, mais des vivants, qui restent toujours des êtres humains. Même Negan.

Travaillez-vous déjà à l’après Walking Dead ?

Je bosse actuellement sur Vampire State Building pour les éditions Soleil, une série plus action qu’horreur, c’est très fun à dessiner. J’ai fini le premier tome, j’entame le deuxième. J’ai également participé, avec le scénariste Robbie Morrison, Traces of the Great War, une anthologie sur la Première Guerre mondiale prévue pour octobre 2018. Enfin, j’aimerais m’atteler à une œuvre qui ait plus de sens et de poids. Walking Dead en a, bien sûr, mais on reste fondamentalement dans du divertissement.