«Everythings Sucks!»: Avec un héros noir et une héroïne lesbienne, Netflix revisite la série teen

SERIE En dix épisodes d’une vingtaine de minutes, le public plonge dans le quotidien d’ados américains des années 1990 et le résultat est charmant…

Fabien Randanne

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Peyton Kennedy et Jahi Winston dans «Everything Sucks !».
Peyton Kennedy et Jahi Winston dans «Everything Sucks !». — Scott Patrick Green - Netflix
  • La première saison de la série américaine « Everythings Sucks ! » est disponible sur Netflix depuis vendredi.
  • L’histoire se déroule en 1996 et met en scène une bande d’ados, dont un Noir et une lesbienne en héros principaux - ce qui est rarissime dans les séries teen.

« Everything Sucks ! » s’exclame le titre de la série disponible sur Netflix depuis vendredi. Soit, « Tout craint ! » Un cri typique d’ado en crise plutôt pertinent car, au fil des dix épisodes d’une vingtaine de minutes, il en est question, d’ados en crise… Encore un feuilleton teen comme on en voit des dizaines depuis des années ? Pas du tout. Voici la preuve par trois de sa singularité.

  • Elle nous replonge dans nos souvenirs

Everything Sucks ! se déroule en 1996… Les personnages écoutent Tori Amos et Ace of Base et rejouent le clip de Wonderwall d’ Oasis quand ils ne font pas une virée au vidéoclub après s’être occupés de leurs Tamagochis. Quiconque aura été ado durant cette décennie se retrouvera plongé dans ses souvenirs comme une madeleine dans la tasse de thé de Marcel Proust. Les dialogues font plein de clins d’œil à la culture pop de l’époque – une critique des textes d’Alanis Morissette par ci, un laïus sur la crainte que les effets spéciaux dans La Menace fantôme ruinent la mythologie «  Star Wars​ » par là… Un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître et qui apparaîtra comme une curiosité pour les millenials qui prendront conscience qu’Internet, au temps de leurs aînés, ça raaaaaaaaamait.

 

  • Elle sait que la visibilité et la représentation sont importantes

Dans Everything Sucks ! il y a les élèves populaires (les membres du club de théâtre) et les binoclards (ceux du club audiovisuel) – mais, c’est à signaler, on ne voit ni sportif, ni cheerleader. Le lycée et ses rangées de casiers est aussi un décor essentiel. Aussi, si certains codes des séries teens sont convoqués, le show se démarque par ses héros principaux : un Noir et une lesbienne. Soit deux spécificités qui les auraient ailleurs cantonnés à des rôles secondaires ou de faire-valoir.

Visuels promos de la série «Everything Sucks!».
Visuels promos de la série «Everything Sucks!». - Netflix

Luke, que sa mère élève seule, débarque en seconde. Il s’impose par son bagout et son ingéniosité pour bricoler des petits films. Kate, la fille du proviseur, est un peu plus âgée et discrète. Fan de Tori Amos, elle attend le jour où elle pourra vivre ouvertement son orientation sexuelle. Luke tombe amoureux de Kate, dont il ignore l’homosexualité. La relation entre eux deux, faite de hauts et de bas, est le fil rouge des dix épisodes. Là encore, le scénario opte pour le contre-pied : généralement, c’est le personnage homosexuel qui s’éprend d’un personnage hétérosexuel et se retrouve à souffrir de son amour sans réciprocité. Cela n’empêche pas les rapports complices, amicaux ou tendus entre Kate et Luke de toucher à l’universel : les papillons dans le ventre, la jalousie, la possessivité, les chagrins d’amour et les sentiments à sens unique, ça parle à tout le monde.

  • Elle nous fait rire jaune

On rit souvent devant Everything Sucks ! L’humour est plutôt pince-sans-rire et laisse parfois un arrière-goût amer. Cela permet de dissiper, mais pas entièrement, le spleen des personnages qui grandissent dans une tristounette décennie, celle des désillusions au lendemain des clinquantes années 1980 et de l’angoisse à la veille du nouveau millénaire. Ironie de leur histoire, ils vivent dans la (petite) ville de Boring, Oregon. Ce qui en français signifie « Ennui ». L’archétype du bled paumé que l’on rêve de quitter. Tout l’inverse de cette série aux héros attachants, émouvants, avec lesquels on aurait bien aimé rester plus longtemps. Dix épisodes, c’est trop peu.