VIDEO. Faut-il craindre la technologie? Les «repentis de la tech» contre-attaquent

COUP DE FLIP Début février, les «repentis de la tech» ont lancé Truth about tech, une opération de sensibilisation auprès des familles américaines et des décideurs publics……

Laure Beaudonnet

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Illustrations réseaux sociaux
Illustrations réseaux sociaux — Denis Closon/ISOPIX/SIPA
  • La liste des personnalités de la tech qui s’excusent publiquement ne cesse de s’allonger.
  • Dès 2016, Tristan Harris, ancien «philosophe produit» de Google, s'attaquait aux méfaits de la technologie sur l'esprit des gens.
  • Début février, une opération de sensibilisation auprès des familles américaines et des décideurs publics a été lancée.

C’est la mode du mea culpa dans la Silicon Valley. La liste des personnalités de la tech qui s’excusent publiquement ne cesse de s’allonger ces derniers mois. Ils ont eu le malheur d’avoir joué un rôle dans l’émergence des interfaces numériques telles que Facebook et Google et désormais, ils sont rongés par les remords. À les entendre, ils ont donné naissance à des créatures maléfiques qui nous grignotent l’esprit, nous rendent toxicos et menacent notre démocratie…

Début février, ils ont lancé une opération de sensibilisation auprès des familles américaines et des décideurs publics nommée «Truth about tech » (la vérité sur les technologies). Que reprochent-ils aux Gafa exactement ? À une semaine de la journée sans Facebook, on fait le point (c’est peut-être le moment de sauter le pas ?).

La technologie pirate l’esprit des gens

Ils ont bossé pour Facebook (surtout), Google, Reddit… et n’arrivent plus à se regarder dans un miroir. Pour Tristan Harris, la tête d’affiche de ce mouvement des repentis, « la technologie pirate l’esprit des gens ». Dans son manifeste publié en 2016 sur Médium, cet ancien « philosophe produit » de Google a expliqué comment la firme de Mountain View exploite nos vulnérabilités pour capter notre attention. « Comme les magiciens, ils donnent l’illusion de donner le pouvoir de décision tout en définissant l’architecture du menu pour gagner à tous les coups ». Tristan Harris est, depuis, parti en croisade avec son association Time Well Spent et de nombreux acteurs de la Silicon Valley ont suivi le pas.

>> A lire aussi : Rencontre avec Tristan Harris, l'homme qui veut empêcher nos smartphones de voler nos journées

La technologie exploite notre vulnérabilité

Sandy Parakilas, qui a travaillé sur les questions de vie privée chez Facebook, Justin Rosenstein derrière le bouton like, Sean Parker… ont tous une dent contre l’entreprise de Mark Zuckerberg après y avoir travaillé. En novembre dernier, l’ancien président du réseau social Sean Parker n’a pas mâché ses mots lors d’un événement tenu par le média Axios à Philadelphie. « Dieu seul sait ce que c’est en train de faire au cerveau de nos enfants », a lancé Sean Parker.

« Le processus de décision derrière la construction de ces applications, Facebook étant la première d’entre elles, c’était surtout : "Comment absorbe-t-on le plus possible de votre temps et de votre attention consciente ?", a expliqué Parker qui avait rejoint Facebook en 2004 quand la startup avait moins d’un an. « Et cela veut dire que nous avons besoin de vous donner en quelque sorte une dose de dopamine une fois de temps en temps, parce que quelqu’un a aimé ou commenté une photo ou une publication. Et cela va vous pousser à mettre plus de contenu, et ça entraînera plus de j’aime et de commentaires. C’est un cercle vicieux qui repose sur la validation sociale, exactement le genre de choses qu’un hacker comme moi imaginerait, parce que ça exploite une vulnérabilité de la psychologie humaine. »

La technologie déchire le tissu social

« Mes enfants n’ont pas le droit d’utiliser cette merde ». Chamath Palihapitiya, ex-vice-président en charge de la croissance de l’audience de Facebook en 2007, porte le dernier coup au réseau social. Lors d’un débat organisé en novembre par la Stanford Graduate School of Business, celui qui a quitté son poste en 2011 a fait part de ses états d’âme. « Je me sens extrêmement coupable. Nous avons créé des outils qui déchirent le tissu social qu’avait fondé notre société. C’est vraiment là où nous en sommes. Vous n’en avez pas conscience, mais vous êtes programmés. Maintenant, c’est à vous de décider à quel point vous êtes prêts à renoncer à votre indépendance intellectuelle. Nous organisons notre vie autour de cette fausse image de la perception, parce que nous sommes récompensés par des signaux instantanés "cœur", "likes", "pouce bleu", et on leur donne de l’importance. Et on les confond avec la vérité, c’est mal. » Il n’est d’ailleurs pas le seul à aborder le problème de société en lien avec les technologies.

La technologie met la démocratie en péril

« J’ai investi très tôt dans Facebook et Google, maintenant ils me terrifient », a écrit le businessman Roger McNamee en août dernier dans USA Today. « La technologie a transformé nos vies de façon variée, surtout pour le meilleur. Avec l’omniprésence des smartphones, la tech nous suit du matin au soir. Alors que les téléphones présentent de nombreux avantages, ce produit, pourtant bien intentionné, est une menace pour notre santé et notre démocratie ». En janvier, il en a remis une couche dans un article intitulé Junkies et dealers des réseaux sociaux. « Avec très peu ou pas du tout de réglementation, les entreprises comme Facebook, Google, Amazon, Alibaba et Tencent ont utilisé des techniques connues de la propagande et Casinos, telles que les notifications et les récompenses pour favoriser la dépendance psychologique ». Arrêtez de scroller, vous êtes probablement en train d’aggraver votre dépendance.

Et vous, la technologie vous fait-elle peur ? Trouvez-vous que ce discours est alarmiste ou en phase avec votre expérience des réseaux sociaux ?