«Marseille 2040»: Son assistant virtuel tombe en panne, il est à deux doigts de mourir (ou pas?)

ANTICIPATION La chercheuse Laurence Devillers nous aide à comprendre si les assistants virtuels décrits dans « Marseille 2040 » ont des chances de naître dans le futur…

Laure Beaudonnet

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Chris Dancy, l'être humain le plus connecté au monde, utilise une gamme de capteurs, d'appareils, de services et d'applications qui recueillent des données en temps réel sur ses activités et l'environnement qui l'entoure. (Illustration)
Chris Dancy, l'être humain le plus connecté au monde, utilise une gamme de capteurs, d'appareils, de services et d'applications qui recueillent des données en temps réel sur ses activités et l'environnement qui l'entoure. (Illustration) — CB2/ZOB/WENN.COM/SIPA
  • Dans Marseille 2040, Philippe Pujol propose une enquête sur l'organisation du système de santé de demain.
  • Il imagine un système où l'intelligence artificielle a pris le contrôle. 
  • Les assistants virtuels nous guideront au quotidien.

« Hal conseilla à Antoine de se détendre, car en plus du rythme cardiaque un peu trop élevé, "j’enregistre chez vous une augmentation légère de cortisol, d’adrénaline et de noradrénaline" ». Hal, c’est l’assistant virtuel, « AV » pour les intimes, implanté dans le corps d’Antoine, le héros de Marseille 2040 de Philippe Pujol. Dans ce récit d’anticipation où les algorithmes ont pris le contrôle du système de santé, les robots remplacent les chirurgiens et les implants médicaux surveillent les patients connectés à leur assistant virtuel.

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En 2040, les versions futuristes d’Alexa, Cortana, Siri ou  Google Home sauront lire nos émotions (selon les normes Gafa 2030: like, love, haha, woaw, sad, angry), nous aiguiller dans nos rapports sociaux, diagnostiquer les premiers symptômes d’une maladie… Si le récit du journaliste s’inspire des premières avancées de l’e-santé, il tutoie la science-fiction avec un système de contrôle aux faux airs du Big Brother de George Orwel. Peut-on imaginer des assistants virtuels de cette espèce d’ici une vingtaine d’années ?

Laurence Devillers, enseignante-chercheuse au Laboratoire d’informatique pour la mécanique et les sciences de l’ingénieur du CNRS et professeur à l’université Paris-Sorbonne, nous aide à répondre à cette question. Pour elle la première chose à savoir, c’est : « Est-ce que les humains veulent que ça se passe comme cela ? »

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Votre assistant virtuel vous préviendra quand vous aurez un cancer

« Le plus avancé de ce côté-là, c’est ce qui existe pour les diabétiques. Sous cutanée, une puce mesure le taux de sucre et les besoins d’insuline. Vous passez votre téléphone dessus pour avoir la mesure. Dans un article pour We Demain, " Le jour où mes objets m'ont rendu fou", j’imagine qu’on sera entouré d’objets qui prendront nos mesures, qui interagiront avec notre assurance, notre médecin. Ça peut aller très loin, dès lors que l’assistant virtuel a toutes nos données. La puce sous cutanée  utilisée en Suède contient les données bancaires -les personnes peuvent acheter à distance avec elle-, les données médicales… On peut imaginer plein d’applications : un diagnostic et en fonction de votre compte en banque, on vous propose différentes solutions ».

Futur probable à 98 %

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Il comprendra votre état émotif

« Je travaille sur la détection du comportement affectif des gens. On essaie de développer des systèmes qui prennent en compte la façon dont on répond. Ils vont voir si vous comprenez ou pas, si vous êtes paniqué. Ils vont changer leur stratégie de réponse pour être empathique, pour dédramatiser. Mais, on est encore au stade de la recherche. Aux Etats-Unis, il y a des velléités de développer des assistants vocaux pour les suivis post-traumatiques des militaires. L’agent est avant tout une oreille qui ne juge pas. Il pose des questions et essaye de répondre, mais ne va pas essayer d’entrer dans une thérapie réelle. C’est proche d’Eliza, l’un des premiers systèmes d’agent conversationnel mis en place dans les années 1960 qui reposait sur le modèle d’un psychiatre rogérien [selon l’approche de Carl Rogers]. Il reprend les mots de la phrase prononcée par le patient pour le relancer et quand il ne comprend pas, il répond "je vous comprends". Il n’est pas très intelligent, mais il peut amener quelqu’un à débloquer des nœuds. »

Futur probable à 30 %

Il sera capable de mesurer votre taux de compatibilité avec votre futur "date"

« En termes de marketing, tout est imaginable. Il y a des gens qui, à partir d’une intelligence artificielle pas très robuste, laissent penser qu’on va trouver l’être idéal. Même pour les DRH, ça existe. On met les gens en situation, on analyse leur comportement et on dit : "Voilà la personnalité de cette personne". »

Futur probable à 100 %

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Il échangera des informations avec d’autres assistants virtuels

« C’est tout à fait possible, bien sûr. Au début de mon livre [Des robots et des hommes : mythes, fantasmes et réalité], je décris une personne en burn-out, seule chez elle avec son robot, et le robot papote avec d’autres robots. Ils échangent des choses sans que la personne soit au courant. C’est une question de confiance, de liberté. »

Futur probable à 85 %

Il vous aidera à garder la santé

« Greffer un agent conversationnel sur quelqu’un [comme dans Marseille 2040], à part le rendre fou, je ne vois pas l’intérêt. Qu’on ait des informations sur notre tablette qui permettent d’avoir une meilleure hygiène de vie, de faire du sport quand il faut, d’éviter les comportements inadéquats, pourquoi pas. Mais on doit pouvoir décider d’écouter l’assistant virtuel ou non. L’omniprésence de la machine tire vers le bas car elle représente les choses de façon simplifiée. Les machines sont puissantes pour détecter un début de cancer sur la peau, des experts doivent ensuite vérifier et valider. Au niveau calculatoire et perception, elles peuvent être infiniment meilleures que nous. Elles peuvent être d’une extrême utilité sur des tâches précises, mais dès lors qu’on leur demande une tâche plus large, comme l’idée d’un agent conversationnel qui serait là pour nous aider en continu, il faut se méfier car elles ne comprennent rien. Elles font des prédictions à partir d’une connaissance limitée. De temps en temps, cela peut être intéressant, mais il ne faut pas généraliser et devenir dépendants de ces machines. »

C’est déjà le présent