VIDEO. Avec «Kissoro Tribal Game», Teddy Kossoko veut promouvoir l'histoire et les cultures de l'Afrique

JEUX VIDEO Installé à Toulouse, Teddy Kossoko a créé « Kissoro Tribal Game », en s’inspirant d’un jeu de société traditionnel de Centrafrique…

Nicolas Stival

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Teddy Kossoko, le créateur du jeu Kissoro Tribal Game.
Teddy Kossoko, le créateur du jeu Kissoro Tribal Game. — N. Stival / 20 Minutes
  • Le jeune informaticien souhaite apporter de la diversité dans un univers essentiellement européen et japonais.
  • D’autres projets sont en gestation sous la bannière de Masseka Game Studio.

Voici plus d’un an que le jeu était disponible en version bêta. Depuis samedi, la version définitive de Kissoro Tribal Game peut être téléchargée gratuitement sur Android et iOS. Développeur en informatique de 23 ans, Teddy Kossoko a porté sur mobile, et bientôt sur PC, un jeu de société africain traditionnel.

« Le kissoro est un jeu de semailles, qui demande stratégie et capacité de mémorisation, explique le jeune Centrafricain, arrivé à Toulouse en 2012 pour y poursuivre des études supérieures. Il se rapproche des échecs. On le retrouve sous diverses variantes en Afrique, mais aussi en Asie, au Moyen-Orient et dans les Caraïbes. »

Outre le jeu de plateau traditionnel, Teddy Kossoko a inclus d’autres modes, notamment un mode campagne, dans lequel un jeune orphelin propose à deux royaumes rivaux de régler leur conflit via une partie de kissoro.

Bien au-delà de l’aspect ludique, le créateur met en avant les volets culturel et politique de son travail.

« J’ai grandi dans un univers où les personnes de jeux vidéo étaient de type européen, et parfois japonais. Il existait un problème de représentativité, comme pour les dessins animés d’ailleurs. »

D’ici la fin du mois, entouré d’un scénariste et d’un graphiste, il ouvrira à Toulouse Masseka Game Studio, « le premier studio de jeu basé sur les univers africains, comme les mythes, les légendes ou les personnages célèbres, hors d’Afrique. »

Histoire de sortir de l’image misérabiliste souvent collée au continent noir en général, et à la Centrafrique, minée par une guerre civile, en particulier. Des figures historiques comme le général carthaginois Hannibal ou le puissant et richissime empereur malien du XIVe siècle Kankou Moussa se cachent ainsi dans Kissoro Tribal Game.

Depuis trois ans, Teddy Kossoko ne compte pas ses heures, une fois terminée sa journée d’étudiant puis, désormais, de salarié. « J’arrive chez moi vers 18 heures-18 h 30 et je travaille jusqu’à 2 heures du matin », détaille-t-il. Soutenu par le Crous de Toulouse, son premier jeu a coûté environ 20.000 euros, dont 5.000 obtenus via un financement participatif.

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Invité samedi par l'ambassade de France en Andorre pour un salon spécialisé, le natif de Bangui a aussi présenté sa production dans son pays d’origine où il a dû vaincre de solides réticences. « Beaucoup de personnes disent qu’il ne faut pas toucher à ce jeu », explique-t-il. Souvent associé à des paris, le kissoro a en effet la réputation de rendre les joueurs pauvres.

Et maintenant ? Teddy Kossoko déborde d’ambition et d’idées. Dans les prochains mois, Masseka [« jeune » en langue sango] Game Studio proposera Les aventures de l’inspecteur Guimonwara : l’histoire d’un policier centrafricain qui, à la suite d’une rencontre avec un marabout, se retrouve projeté dans le passé, à travers le continent, pour résoudre énigmes et « cold cases ». En commençant par l’Egypte antique du temps de Toutänkhamon, au XIVe siècle avant Jésus-Christ.

Davantage de femmes dans les prochains jeux

A plus long terme, La Légende de Mulu verra une petite fille tenter de sauver son village d’une confrérie de sorciers. « Dans mes prochains jeux, il y aura plus de femmes que dans le premier, même si l’on y trouve notamment des Amazones du Dahomey », promet le jeune entrepreneur.