Dormir une nuit de 8 heures en 20 minutes? On a testé «24/7» d’Invivo

FESTIVAL On a assisté à la générale du spectacle du collectif artistique Invivo à l’occasion du festival Sors de ce corps à la Gaîté Lyrique…

Laure Beaudonnet

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Illustration installation 24/7 du collectif Invivo pour le Festival Sors de ce corps à la Gaîté lyrique

Illustration installation 24/7 du collectif Invivo pour le Festival Sors de ce corps à la Gaîté lyrique — COLLECTIF INVIVO

  • Le Festival Sors de ce corps, du 2 au 11 février, propose un choix d’expériences dédiées aux mutations de l’espace de la représentation à l’ère technologique.
  • 24/7 s’est inspiré de l’essai de Jonathan Crary pour interroger notre rapport au sommeil.
  • L’installation 24/7 mélange le théâtre et l’immersion grâce à des casques VR.

Dormir vingt minutes au lieu des huit heures recommandées, c’est le fantasme de tous les gros dormeurs (que nous sommes) aux vies trop remplies. Économiser sa nuit pour binger des séries, lire les bouquins, faire le ménage… Récupérer du temps pour soi, en somme. Quand le festival Sors de ce corps, organisé à la Gaîté lyrique jusqu’au 11 février, annonce la programmation de 24/7 du collectif Invivo, on est donc naturellement excités comme des fous à l’idée de tester une technologie qui va nous libérer de nos besoins naturels. On s’imagine faire un speed-dodo de vingt minutes, le casque réalité virtuelle vissé sur la tête. Le rêve.

Une dystopie sur le sommeil

De plus en plus de dispositifs cherchent à améliorer notre qualité du sommeil. Des applis, comme Sleep Better et iSommeil, assurent qu’elles ont le pouvoir d’améliorer la qualité de nos nuits. Elles nous réveillent doucement avec des petites musiques sympathiques, posent un diagnostic sur la qualité de notre sommeil grâce à nos datas… D’autres plus sophistiquées, comme Holi SleepCompanion, spécialiste de la luminothérapie, s’aident d’une veilleuse connectée pour aider notre corps à produire de la mélatonine [l’hormone du sommeil].

Le bandeau Dreem, imaginé par la start-up française Rythm spécialisée dans les neurosciences, fait un pas de plus. Le dispositif est capable de déterminer dans quelle phase se trouve le dormeur et déclenche des stimulations sonores qui aident le cerveau à augmenter le sommeil profond.

C’est un fait : toutes les startups s’invitent dans nos lits. Et l’installation 24/7 sait nous attirer avec ses « rêves virtuels », ses casques VR, son « sommeil condensé ». On n’a pas tout compris -clairement- mais on est tout excité. Comment la VR va-t-elle nous emporter dans nos rêves ? Le corps peut-il supporter longtemps de dormir seulement vingt minutes par nuit ?

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Tant de questions qui resteront en suspens car 24/7 est à des kilomètres de ce qu’on s’était imaginé dans notre tête. La déception laisse rapidement place à la curiosité. L’installation du collectif artistique Invivo nous immerge à l’aide de casques VR dans une dystopie qui interroge la place du sommeil dans nos sociétés. L’homme ne cesse de rogner sur son temps de sommeil : depuis trente ans nous avons perdu en moyenne une heure par nuit. On troque l’expérience scientifique à laquelle on croyait participer contre une fiction hypnotique qui se réapproprie l’essai de Jonathan Crary 24/7, le capitalisme à l’assaut du sommeil.

« On voulait créer le trouble entre réel et irréel »

« Le sommeil est le dernier bastion qui n’a pas été pris par le capitalisme », expliquent Grégoire Durrande et Samuel Sérandour à la fin de la générale ce jeudi. « Aujourd’hui, de nombreuses entreprises vendent le principe d’aider à dormir. Notre fiction imagine une startup, DreamR, qui a créé un casque à sommeil pour dormir huit heures en vingt minutes ». Le public est séparé en deux groupes. Le premier suit la chercheuse Olivia, responsable de recherche pour le sommeil condensé. De l’autre côté, le public s’immerge dans les rêves artificiels de Noé, sorte de patient-cobaye.

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« On voulait créer le trouble chez le spectateur entre réel et irréel, le perdre dans les différentes réalités », soulignent les deux artistes. Et ça fonctionne. Le public est tantôt immergé dans les rêves artificiels du personnage diffusés dans le casque VR, tantôt témoin d’une pièce de théâtre ordinaire, et les deux dimensions finissent par se croiser. La technologie utilisée permet au spectateur de voir ce qui se passe autour de lui (grâce à la caméra du téléphone portable accroché au casque) et de plonger dans les images de la réalité virtuelle.

Le spectateur passe ainsi des rêves à la réalité et finit par douter de ce qu’il vit et voit et devient lui-même cobaye d’une expérience qui lui échappe. Après plus d’une heure à interroger notre expérience du sommeil dans une pièce plongée dans le noir, on n’a plus qu’une seule idée en tête : faire une bonne nuit de huit heures.