Camille Lellouche: «Les gens doivent se dire "elle est folle celle-là"»

HUMOUR Camille Lellouche est la révélation comique de 2018, actuellement en tournée dans toute la France, chaque semaine dans «Quotidien» de Yann Barthès, et là derrière vous...

Propos recueillis par Vincent Julé

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Camille Lellouche est partout, seule sur scène, déguisée dans «Quotidien» et bientôt au cinéma
Camille Lellouche est partout, seule sur scène, déguisée dans «Quotidien» et bientôt au cinéma — Ludovic Savariello

Vous l’avez peut-être découverte dans Quotidien sur TMC, où elle parodie les stars « face cam » depuis la rentrée. Ou alors vous êtes tombé sur un de ses nombreux délires vidéo sur Instagram. À moins que le Père de Noël ait glissé un billet pour son spectacle, actuellement à la Gaité Montparnasse à Paris et en tournée dans toute la France. Ah, peut-être The Voice ? Véritable touche-à-tout, Camille Lellouche est la révélation comique de cette année 2018. Une seule actualité aurait suffi pour motiver une rencontre, donc là, plus d’excuse, 20 Minutes a rencontré Camille en vrai.

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Cheffe de rang dans un resto, candidate à The Voice, chroniqueuse dans Quotidien, humoriste sur scène, star des réseaux sociaux… Quel parcours, quel bordel !

Ah ah, alors que je suis quelqu’un de très organisé, limite maniaque, dans la vie. J’en parle d’ailleurs dans mon spectacle. Mais c’est très français de vouloir mettre dans une seule case, d’avoir du mal à accepter que l’on puisse faire plusieurs choses : chanteuse, comédienne, humoriste… Or, moi, je fais les trois, j’ai toujours fait les trois dans ma vie et ma carrière, alors je me suis dit pourquoi pas les mettre dans un spectacle. Pourquoi ne pas chanter, puis jouer du piano - j’ai 20 ans d’expérience, faut que ça serve - ou encore de faire rire et pleureur. Bon, après, normal que les gens se disent « elle est folle celle-là ». (rires)

Quel a été le déclic dans votre carrière ? Votre passage dans The Voice ?

Je dirais : mes vidéos sur Internet. Attends, le cinéma est arrivé avant. Grand central, c’est 2012, même si l’impact s’est limité au milieu du cinéma. Les gens du métier se disaient « tiens, elle est bien cette petite qui se fait raser la tête ». Mais moi, je travaillais toujours dans la restauration. Puis il y a eu The Voice. Chaque année, un ami venait me chercher pour y participer, mais je refusais.

En 2015, j’ai accepté, j’en avais marre de rater tous mes castings, et je me suis, c’est ma dernière chance. Si je foire, j’arrête tout. Et je suis allé jusqu’en demi-finale. Dans le même temps, j’ai posté ma première vidéo, la cousine de Kim Kardashian, et fais le buzz. C’était impressionnant, comme dans Matrix, je voyais les vues défiler. C’était gratifiant.

Vous le dites dans le spectacle, vous avez galéré pendant dix ans.

Je ne suis pas arrivée comme ça, comme une fleur. Les gens ont besoin de juger, de critiquer, de se demander si elle n’est pas pistonnée. Surtout avec mon nom, Lellouche, mais je n’ai rien à avoir avec Claude, Philippe ou Gilles. J’ai beaucoup bossé, en musique surtout, j’ai été en contact avec plusieurs maisons de disques, mais je ne voulais pas faire du trop commercial. La musique, c’est mon premier amour, il y a quelques-unes de mes chansons sur YouTube et il y aura un album, c’est sûr.

La comédie est donc un deuxième choix, un choix par défaut ?

Pas du tout, c’est plus une question de timing. Déjà, dans The Voice, ils m’ont un peu filmée comme l’humoriste qui chante, car il leur fallait un personnage et que je suis comme ça dans la vie. Attention, je l’ai hyper bien pris, même si ça m’a un peu décrédibilisé comme chanteuse. Mais je ne me suis jamais dit que j’allais faire de la comédie si c’était trop compliqué en musique, je n’allais pas me rajouter une difficulté supplémentaire. L’humour et la scène sont venus plus vite grâce à mes vidéos et Internet, qui est devenu le support numéro 1 pour faire de la promo. J’ai rempli toutes mes salles pendant un an grâce aux réseaux sociaux. Je suis très fidèle à mes followers, j’en ai 700.000 sur Instagram, autant sur Facebook, et ils me suivent depuis longtemps.

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Impossible ne pas penser à Florence Foresti en vous voyant faire le show sur scène ou vous déguiser dans Quotidien à la télévision.

Je suis très admirative de son travail, elle est extra, exigeante et rigoureuse. On partage peut-être ces deux derniers points, mais j’en ai alors autant avec Julie Ferrier qui chante et surtout danse, c’est une pro. Toutes les femmes ont envie d’imposer leur patte, de faire le show. Moi, c’est définitivement la chanson.

Quelles autres artistes vous ont influencé ?

Moi, ma première influence, c’est Elie Kakou. Il est mort le jour de mon anniversaire, j’avais 11 ans, je m’en souviendrai toujours. Il y a aussi Gad Elmaleh et donc Julie Ferrier. Voilà mon top 3. Déjà à l’époque où j’étais serveuse, je faisais souvent mon numéro, certains clients revenaient même exprès. J’ai toujours aimé faire rire, je ne pouvais pas y louper.

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Votre humeur va un peu plus loin que la moyenne des comiques actuels.

Bah oui, je fais une patte de chameau. (rires) Quand un mec montre ses couilles, c’est marrant, mais une fille, c’est tout de suite tabou. J’assume être crue, grossière, j’ai grandi en banlieue, je suis une fille du peuple, j’ai des tics de langage, un côté rentre-dedans. Mais je respecte mon public, si je le vanne, c’est toujours suivi d’un bisou. J’ai écrit ce spectacle pour que tout le monde se marre, et si les femmes ont été les premières à venir me venir, ils ont ramené le frère, le mari, la famille. Aujourd’hui, mon public a entre 15 et 65 ans.

Avant Quotidien, vous avez fait un tour chez la concurrence et TPMP.

Oui, enfin, juste une fois. Cyril Hanouna me voulait deux fois par semaine dans l’émission, c’est sa femme qui lui a parlé de moi. moi, j’étais intéressé par faire un sketch en plateau, mais lui me voulait autour de la table comme chroniqueuse. Mais je venais de commencer ma tournée, j’avais déjà bien galéré pour exister seule, donc je me voyais mal intégrer une bande. J’ai préféré arrêter tout de suite. Quotidien, ils sont venus me chercher et ils m’ont laissé toute liberté. Ils m’ont quand même demandé de venir déguisée en plateau, comme Florence Foresti chez Laurent Ruquier à l’époque, mais je préfère la pastille vidéo pour l’instant. C’est plus raccord avec mes délires sur Internet.

2018, c’est l’année de la confirmation à tous les niveaux : scène, télé, cinéma…

Et c’est trop bien. Bon, c’est du sept jours sur sept, mais j’ai attendu ça, enfin travaillé pour ça depuis si longtemps, que je ne peux qu’être heureuse, reconnaissante. Depuis trois semaines, je tourne le nouveau film de Hugo Gélin, Mon Inconnue, j’y tiens le second rôle féminin aux côtés de François Civil et Joséphine Japy. Internet, c’est au gré de l’humeur et c’est toujours du one shot. Toutes mes vidéos sont faites en impro, en une seule prise. Et c’est moi qui gère tous mes réseaux, je veux garder un contact direct avec mon public. Y a même Marion Cotillard, elle me suit depuis longtemps. (rires)