VIDÉO. Journée mondiale sans téléphone portable: On a tenté l'expérience de l'extrême (et on a survécu)

TECHNOLOGIE En ce mardi 6 février, le monde entier célèbre la journée sans téléphone portable. Un défi que « 20 Minutes » a relevé pendant 24 heures...

Emma Ferrand

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Aujourd'hui, les jeunes passent en moyenne 3 à 8 heures de leur journée sur leur téléphone portable.
Aujourd'hui, les jeunes passent en moyenne 3 à 8 heures de leur journée sur leur téléphone portable. — Pixabay / Creative Commons.
  • Le 6 février est consacré à la Journée sans téléphone portable.
  • Les jeunes passent en moyenne trois à huit heures par jour sur leur téléphone.
  • Les familles s'inquiètent du temps que passent leurs adolescents sur leurs petits écrans.
  • 20 Minutes a tenté l'expérience de vivre sans mobile pendant vingt-quatre heures.

Voyons le bon côté des choses : fini les problèmes de batterie et la peur de l’absence de réseau ! Pour célébrer la journée mondiale sans téléphone portable, le 6 février, j’ai décidé de me séparer de mon smartphone, l’outil chéri qui m’accompagne partout, pendant 24 heures, de lundi 10h à ce mardi matin.

Jeune journaliste de la fin de la génération Y, je suis scotchée depuis désormais une paire d’années à mon cellulaire. Car oui, c’est à peine si j’ai connu le Tattoo, ce Bipper stylé, et les Motorola à clapet.

Comme la plupart des gens, mon appareil ne me sert pas seulement à appeler la Terre entière ou à textoter à longueur de journée. Il est bien plus qu’un téléphone : c’est un outil, un couteau suisse. Presse papier, minuteur, réveil, chaîne hi-fi, mini-ordinateur, planisphère, calculette, lampe torche… Pour tenir le coup pour de bon, je décide de laisser de côté tout ce qui me pousse à vouloir le déverrouiller des dizaines de fois par jour : les réseaux sociaux. Je me connecterai seulement à Twitter, qui m’est trop indispensable pour travailler aujourd’hui.

Ce n’est qu’un au revoir

10 heures. Le moment est venu de lui dire adieu. D’abord, un dernier post sur Facebook, pour que mes amis et famille ne s’inquiètent pas s’ils n’arrivent pas à me joindre. J’appuie, je fais glisser mon doigt, ça y est… Il est éteint. À cet instant, une petite voix dans ma tête fredonne «Goodbye my lover, goodbye my friend ». Sacré James Blunt.

Pour me préparer au mieux à cette lutte contre la nomophobie, la peur d’être éloigné de son téléphone, je décide de contacter un spécialiste de l’addictologie, par téléphone fixe, bien entendu.

« Si vous êtes dépendante au portable, vous allez très vite ressentir une sensation de malaise, un sentiment de vide, explique le docteur Xavier Laqueille, psychiatre et chef du service addictologie à l'hôpital Sainte-Anne de Paris. Dans ces cas-là, il faudrait entamer un sevrage, comme pour n’importe quelle drogue. La dépendance se traduit par des réflexes, des habitudes. Le premier pas pour lutter contre cela, c’est de prendre conscience de ces gestes. »

Mais alors… Moi qui appuie régulièrement sur mon téléphone portable pour vérifier que je n’ai loupé aucun SMS, qui checke parfois trop souvent l’heure alors que je porte une montre à mon poignet, qui déverrouille mon portable et surfe sur les réseaux lorsque je suis dans une salle d’attente ou que je m’ennuie le temps d’une seconde, suis-je dépendante ?

« Le diagnostic ne se fait pas sur la quantité, mais sur la perte de contrôle et l’envahissement que prend l’objet dans votre vie », indique le médecin. Ouf, je ne tremble pas, ne salive pas, et suis détendue. Tout va bien. « L’objectif, ce n’est pas de s’arrêter. Il faut apprendre à gérer la consommation, qu’il n’y ait pas d’abus. Se couper de tout, ça fait bizarre. Alors, il faut apprendre à se relaxer, à se changer les idées ».

Tous des geeks

Il est 11h30, je suis au travail, et tout va bien. Je n’ai pas besoin des fonctions de mon portable, et il ne me manque pas. Je l’ai rangé dans mon sac, pour ne pas l’avoir sous mon nez. Avant de partir en reportage à l’extérieur, je consulte mon itinéraire sur un plan, sur mon ordinateur. C’est parti. Il neige à Paris, et les squares sont blancs ! C’est trop beau, c’est trop rare. Mais seuls mes yeux captureront cet instant, puisque je suis punie de portable qui me sert aussi d’appareil photo.

À l’heure du déjeuner, je n’ai que mon plat et mon verre d’eau devant moi. Rien d’autre. Comme c’est bizarre de voir les autres pianoter sur leurs écrans pendant ce temps… « Les gens peuvent passer entre 3 et 8 heures sur leurs téléphones portables en semaine, et entre 5 et 8 heures le week-end. Mais ce sont plutôt les adolescents qui sont concernés par ces chiffres », souligne le docteur Laqueille.

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La journée défile, et l’heure de rentrer arrive. Dans le métro, je me surprends en train de glisser ma main dans la poche de mon sac pour tenter d’en sortir le précieux. Un réflexe ! Dans mon wagon, je fais rapidement quelques statistiques sur les personnes les plus collées à moi. Environ 5 personnes sur 8 ont un portable dans la main. Ils jouent, textotent, lisent la presse ou écoutent de la musique. Si selon le docteur Laqueille « les parents sont très inquiets pour leurs enfants qui sont en permanence sur leurs mobiles », certains adultes feraient bien de s’intéresser à leur propre cas également…

Retour aux classiques

Grâce à ma bonne vieille télé, j’ai pu passer la soirée sans me préoccuper de mon smartphone. Pour cuire les pâtes, j’ai ressorti mon sublime minuteur en forme de citron. Et avant de dormir, j’ai branché mon fidèle radio-réveil.

En retrouvant mon téléphone portable dès mon arrivée au bureau - les 24 heures ont été respectées à la minute près - je n’ai éprouvé aucune satisfaction, aucun enthousiasme. Comme si la journée que j’avais passée hier était la même que tous les autres jours de l’année. D’ailleurs, la science l’a prouvé, se couper des ondes fait un bien fou.

Si vous avez lu cet article sur mobile, merci d’être allé au bout malgré tout.

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