Gender fluid: Alexa, Cortana, Siri… Et si les assistants vocaux intelligents n’avaient pas de genre?

TECHNOLOGIE A l’image de l’homme, les assistants vocaux ont montré qu’ils pouvaient être sexistes. Et s’ils étaient libérés de toute considération de genre, ça donnerait quoi ?…

Laure Beaudonnet

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Alexa d'Amazon. Illustration
Alexa d'Amazon. Illustration — Jeff Chiu/AP/SIPA

« On ne m’a pas attribué de sexe », répond Siri quand on lui demande s’il/elle est une fille ou un garçon. Cortana de son côté s’en sort en disant : « techniquement, je suis un nuage de calcul de données infinitésimales », selon une enquête de Quartz parue en février 2017. Tandis qu’Alexa rétorque : « J’ai une personnalité de femme » (« I’m female in character », en VO). Mis à part l’enceinte d’ Amazon, la plupart des assistants vocaux intelligents - Siri d’Apple, Cortana de Microsoft, Google Home- n’ont pas une identité de genre définie : on peut choisir une voix d’homme ou de femme.

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Mais on ne va pas se mentir, on pense plutôt à une femme devant Alexa, Cortana et Siri. Déjà parce qu’à l’origine la voix féminine était privilégiée, la synthèse vocale pour l’anglais sur des voix de femmes était plus travaillée. « Il est plus simple de donner un ordre à une femme », nous explique-t-on chez Cap digital, qui a organisé la conférence La belle et le bot début 2017 sur le sexisme dans le numérique. Une levée de boucliers a forcé les Gafa à rectifier le tir et à sortir d’une représentation sexualisée de ces « compagnes » du quotidien. Les assistants vocaux sont désormais gender-fluid, ou presque, car il reste encore un ou deux détails à régler.

Un prénom très genré

D’abord, le prénom. Difficile de se représenter un homme devant la sonorité du prénom d’Alexa, de Cortana et de Siri. Comme le note Quartz, le prénom de l’assistant d’Amazon a été choisi en hommage à l’ancienne bibliothèque d’Alexandrie (Alex aurait pu faire l’affaire, mais passons) ; Siri signifie en norvégien « une belle femme qui vous conduit à la victoire» ; et Cortana est un personnage de la série de jeux vidéo Halo qui n’a pas de forme physique mais qui projette une version holographique d’elle-même : une femme dénudée et très sexy [voir l’image ci-dessous]. Seul Google a évité le problème en refusant d’identifier son intelligence artificielle à un humain. Pour les libérer de toute identité de genre, ne pourrait-on pas plutôt imaginer une voix neutre (ni homme, ni femme) ?

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« La voix, c’est probablement ce qu’il y a de plus facile à faire, une voix ni trop haute, ni trop basse pour faire en sorte qu’on ait du mal à la qualifier », note Isabelle Collet, maîtresse d’enseignement et de recherche en sciences de l’éducation, spécialiste des questions de genre. Sur des timbres intermédiaires, on peut facilement brouiller les pistes. « Mais à partir du moment où on développe un être humanoïde, ne pas pouvoir déterminer quel est le sexe de cet être crée un vrai malaise pour l’interlocuteur, pointe-t-elle. Imaginez que vous ne soyez pas capable de déterminer si la personne qui vous vend du pain dans une boulangerie est un homme ou une femme, en soi cela n’a pas d’importance, mais pendant toute l’interaction vous serez mal à l’aise », poursuit la chercheuse qui prend l’exemple d’une expérience scientifique datant de 1976 pour illustrer son propos.

« Les assistants personnels non-genrés, on n’y est pas »

Pour les besoins d’une étude, des adultes devaient entrer dans une salle pour jouer avec un bébé habillé en vert. Des tas de jouets étaient disposés autour d’eux et l’adulte ne savait pas s’il était face à un petit garçon ou à une petite fille. « On s’aperçoit que les gens arrivent à avoir une interaction sympathique avec le bébé à partir du moment où ils déterminent -arbitrairement- son sexe, et seulement à partir de là, ils arrivent à entrer en relation avec lui », raconte Isabelle Collet. S’ils ne devinent pas le genre de l’enfant, toute l’interaction s’en ressent. « Alors, les assistants personnels non-genrés, on n’y est pas encore ».

Le malaise est le même avec un avatar humanoïde, surtout s’il s’agit d’une voix. Or, « donner un visage humain à l’assistant vocal favorise son adoption », insiste-t-on chez Cap digital. Dès lors qu’une entreprise commerciale a besoin d’un assistant intelligent pour interagir avec ses clients, elle va éviter de créer des situations gênantes. Ou alors elle va contourner le problème avec un animal ou un trombone, comme Microsoft a pu le faire dans le passé avec Clippy, le compagnon Office. Mais faire aboyer un assistant vocal qui, par définition, n’a pas de représentation physique [c’est une voix], risque de rendre l’interaction compliquée (sauf pour ceux qui parleraient couramment le « wouaf wouaf »).

La meilleure réponse à la question du genre resterait de diversifier les avatars à la manière des émojis qui se sont ouverts aux minorités. Représenter la pluralité de la société : les genres, les timbres, et pourquoi pas les accents. Laisser le choix à l’utilisateur de décider s’il a affaire à un homme ou une femme serait une autre piste. Peut-être que nous pourrons mettre Alex, Cortano et Siro au garde à vous d’ici peu de temps, qui sait.