Pourquoi Marvel et DC Comics multiplient les reboots de leurs univers et séries? (et pourquoi y en a marre)

BD En cinq ans, les deux éditeurs frères ennemis Marvel et DC ont rebooté, ou relancé, leurs univers comics deux-trois fois, au grand dam des lecteurs puristes…

V. J.

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Extrait d'un planche du tome 2 de «Batman Rebirth», dessiné par Mikel Janin et Mitch Gerads
Extrait d'un planche du tome 2 de «Batman Rebirth», dessiné par Mikel Janin et Mitch Gerads — DC Comics / Urban Comics

« Tout commence ici. » Si vous êtes passé par le festival d’Angoulême, ou n’importe quelle librairie de BD, vous n’avez pas pu les manquer. De gros bandeaux rouges accompagnent depuis plusieurs mois les derniers comics Batman, Superman ou Wonder Woman. Tout commence ici, mais quoi ? À regarder de plus près les couvertures, vous noterez un discret « Rebirth » sous l’écusson DC. Le célèbre éditeur de comics a rebooté son univers et ses séries en mai 2016 aux Etats-Unis, et un an plus tard en France.

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Renaissance et Rebirth

Or, cette « renaissance » intervient à peine cinq ans après un précédent reboot, qui voyait 52 des séries DC les plus populaires repartir à zéro, en fin du numéro 1. D’où son nom de « The New 52 » outre-Atlantique et de… « Renaissance » chez nous. Ça y est, vous êtes perdus. « En traduisant "The New 52" par "Renaissance" en France, et maintenant avec "Rebirth", nous avons pu créer une certaine confusion, admet François Hercouët, directeur éditorial d’Urban Comics qui gère les titres DC depuis 2012. Nous avons juste été précurseurs. (rires) Mais en termes de communication, ce n’est pas évident. » D’où les bandeaux rouges.

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« Une mécanique infernale »

Son concurrent direct Marvel a lui aussi multiplié les relances avec, en une poignée d’années, « Marvel NOW ! », « All-New Marvel NOW ! » et « Marvel Legacy ». Trop, c’est trop ? « Ça devient lourd, commente Douglas, un fan de comics. Les relaunch sont trop fréquents ». À quoi Clémentine ajoute : « C’est une mécanique infernale ». Aurélien pondère : « Il n’y a pas de reboot à proprement dit chez Marvel, ce sont juste des histoires de numérotations ». En fait, en un siècle d’existence et d’histoires, les deux maisons d’édition ont régulièrement revisité les origines de leurs super-héros et ainsi créé des réalités alternatives, et des mondes parallèles. Littéralement.

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La crise des terres infinies

En effet, difficile d’assurer une continuité et une cohérence, lorsque Mark Millar décide de faire atterrir le vaisseau de Superman non pas au Kansas mais en URSS dans Red Son, ou que Marvel Zombies voit Iron Man, Captain America ou Hulk devenir morts-vivants. Il a donc été décidé que toutes les séries ne se passeraient pas sur la même Terre, et que nous étions en présence d’un multiverse, que ce soit chez Marvel et DC.

« Mais à force, ils se sont retrouvés avec une cinquantaine de planètes, explique François Hercouët, et les auteurs et éditeurs ne s’en sortaient plus. En 1985 est ainsi lancé l’arc Crisis on Infinite Earths, dont le but est de faire table rase du passé, de faire fusionner toutes les planètes et de se retrouver avec une seule Terre, une histoire canonique. Le message était : c’est bon, ne vous inquiétez pas, on a tout rangé. » Il s’agit du premier reboot DC.

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« Tout est une question d’équilibre »

Marvel ne prendra jamais de décision créative si drastique, et les multiples univers continuent ainsi de coexister, avec une Terre officielle (Terre-616) et d’autres alternatives comme la Terre-1610 pour l’univers Ultimate, ou même la Terre-199999 pour le fameux Marvel Cinematic Univers des films cinéma. C’est pourquoi on ne parle pas de reboot chez Marvel, mais plutôt de relaunch, revamp ou rebranding… Des décisions éditoriales, qui sont tout de même précédées de mini-séries événements.

« Les reboots sont une manière de rafraîchir les choses et de permettre aux auteurs de revisiter d’anciens héros ou histoires avec un nouveau regard, sans se soucier trop des événements passés, commente Mikel Janin, dessinateur de Batman Rebirthet invité du dernier festival d’Angoulême. Mais cet héritage est très important pour les lecteurs, car il a façonné les personnages, donc vous ne pouvez pas vous en débarrasser sans risquer de les dénaturer. Tout est une question d’équilibre, et "Rebirth" est plutôt considéré comme un soft reboot, car son objectif principal était de corriger une perte de cet héritage avec la création des "New 52". »

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Bientôt au cinéma ?

Ce reboot de 2011 avait été un succès commercial, et avait attiré une nouvelle génération de lecteurs, mais les puristes ne s’y retrouvaient pas. « Selon eux, l’âme de DC n’était plus là, le fameux sense of wonder s’était perdu en chemin, explique François Hercouët. "Rebirth" se veut la réponse à ces critiques, avec un retour à une saga plus familiale, à des super-héros plus inspirants. » La faute au Docteur Manhattan des Watchmen, il leur avait effacé la mémoire. Pas de bol.

Et le cinéma ? Les reboots étaient jusque-là surtout liés aux changements de studios, réalisateurs et acteurs. Mais il pourrait bientôt suivre le chemin du comics. Après l'échec de Justice League, le futur film Flash s’intitule Flashpoint, du nom de l’arc comics qui a amené au reboot des « New 52 ». Tout recommence ici.