Iouri Dmitriev, historien russe des crimes staliniens et accusé de pédophilie, a été libéré

JUSTICE L'avocat de Iouri Dmitriev estime que cette libération est la conséquence de l'absence de preuves suffisantes...

B.C. avec AFP

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Iouri Dmitriev
Iouri Dmitriev — TK/SIPA

Un historien russe membre de l’ONG Memorial, Iouri Dmitriev, connu pour ses recherches sur les disparus de la terreur stalinienne, a été libéré samedi après plus d’un an en prison pour des accusations de pédophilie, dénoncées par l’organisation comme visant son travail.

« Tout ça, c’est grâce à vous. Merci à tous ! », a déclaré l’opposant, remerciant ses soutiens lors d’un entretien téléphonique avec le média MBKh, créé par l’ex-oligarque en exil Mikhaïl Khodorkovski.

« Vers 8h00, il était chez lui, a déclaré à l’AFP son avocat Viktor Anoufriev. Iouri Dmitriev est de bonne humeur. Il savait que nous allions gagner un jour. » Selon l’avocat, une telle décision de remise en liberté est rare pour les tribunaux russes et pourrait indiquer que l’accusation ne disposait pas de preuves suffisantes. Si cette remise en liberté est un « pas vers la victoire », Viktor Anoufriev a précisé toutefois que l’historien n’était pas autorisé à voyager. La prochaine audience devrait se tenir en février.

Une affaire « montée de toutes pièces »

Iouri Dmitriev, qui aura 62 ans dimanche, dirige l’antenne de Memorial en Carélie (région frontalière de la Finlande) et avait été arrêté le 13 décembre 2016 à Petrozavodsk. Cette ONG sous pression constante des autorités - la plus ancienne organisation russe de défense des droits de l’homme - ne cesse depuis de dénoncer une affaire montée « de toutes pièces » visant à porter atteinte à son travail mémoriel.

Les enquêteurs l’accusent d’avoir notamment pris des images « pornographiques » de sa fille adoptive. Pour sa part, il assure avoir pris ces photos à des « fins médicales » pour suivre l’évolution de la fillette, qui était extrêmement maigre et maladive dès sa naissance. L’historien, qui rejette toutes les accusations, encourt jusqu’à 15 ans d’emprisonnement.

Un précieux travail de recensement des crimes

Iouri Dmitriev a dressé pendant près de 30 ans de travail la liste de 40.000 noms de personnes exécutées et déportées en Carélie lors de la terreur stalinienne. Il est également à l’origine de la découverte de l’un des plus grands charniers de la région à Sandarmokh, où ont été fusillées environ 9.000 personnes.

En 2003, il a établi les lieux de dernière sépulture de milliers de détenus ayant participé à la construction du canal de la mer Blanche entre 1931 et 1933. Trois ans plus tard, il a découvert les fosses communes comportant les corps des détenus du camp de travail des îles Solovki (Nord).