VIDEO. Japon: Les pires odeurs du monde s'exposent à Tokyo

JAPON Les visiteurs de l'exposition « Nioi-ten » peuvent venir découvrir une cinquantaine d'odeurs, dont celle du poisson le plus pestilentiel au monde...

Mathias Cena

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Une boîte de hareng fermenté surströmming, le poisson le plus pestilentiel au monde.
Une boîte de hareng fermenté surströmming, le poisson le plus pestilentiel au monde. — Wrote/Creative Commons
  • L'exposition, qui propose au public bonnes et mauvaises odeurs, ne désemplit pas.
  • Certaines «pièces» sont déjà célèbres, comme le surströmming, un hareng fermenté suédois.

De notre correspondant à Tokyo,

« Kusai ! », « kusai ! » (« ça pue ! »). Le nez plissé, les visiteurs répètent ce mot comme un cri de ralliement, en agitant la main pour chasser l’air vicié de leurs narines, mi-dégoûtés, mi-ravis. Les cinquante odeurs présentées dans la « Nioi-ten » (« exposition d’odeurs »), qui a ouvert ses portes mi-janvier dans le nord de Tokyo, ne sont pas toutes repoussantes, loin de là. Mais plus que les arômes de fleurs, de fruits ou de café, ce sont les effluves de poissons, d’humains ou d’insectes qui attirent un flot ininterrompu de curieux en quête de choc olfactif.

Dans un coin de l’exposition, un homme à la chevelure frisée observe en silence les réactions des visiteurs. Il y a deux ans, Atsushi Ikeda a imaginé cet événement odorant et atypique pour combler un vide : « On peut aller à un concert, à une dégustation, à une exposition de peinture mais il est très rare de trouver quelque chose à sentir. J’ai donc eu l’idée de cette exposition », explique-t-il.

La Nioi-ten connaît alors une première vie à Nagoya, dans le centre du Japon, où l’homme travaille pour une chaîne de télévision. Devant le succès rencontré là-bas, il a décidé de la transposer à Tokyo : « Je voulais que tous ceux qui avaient déjà entendu parler de ces odeurs mais ne les avaient jamais senties puissent en faire l’expérience, avec leur nez. »

Le surströmming, poisson le plus pestilentiel au monde

Leur réputation a en effet précédé certaines des odeurs de ce musée des horreurs. C’est le cas de la « pièce maîtresse » de l’exposition : le surströmming, une spécialité de hareng fermenté en conserve venue de Suède, considéré comme le poisson le plus pestilentiel au monde. « Beaucoup l’ont déjà vu dans des émissions de télévision japonaise, note Atsushi Ikeda, quand les invités ont un gage par exemple et doivent le manger. »

Mais en matière de puanteur, le Japon n’a (presque) rien à envier à la Suède, et l’exposition propose aussi l’équivalent local du surströmming, appelé kusaya. Ou encore du « tofu puant », une spécialité de tofu fermenté habituellement dégustée en Chine et à Taïwan, qui se caractérise par son odeur extrêmement forte. Début 2016, la circulation a dû être interrompue pendant près de deux heures sur une ligne ferroviaire près de Nagoya à cause d’une odeur pestilentielle dans un train. La police a par la suite retrouvé dans une poubelle du tofu puant, dont le jus s’était vraisemblablement répandu sur le sol d’un wagon.

Plaintes des commerçants voisins

Pour éviter que ce pot-pourri d’effluves ne s’échappe de l’exposition, qui a élu domicile au 7e étage d’un grand magasin tokyoïte, les pièces les plus « sensibles » sont présentées dans des boîtes hermétiques, elles-mêmes posées au milieu de cabines fermées. Une fois à l’intérieur, le visiteur peut soulever le couvercle du réceptacle et juger sur pièce. Malgré les précautions, Atsushi Ikeda a reçu, pendant l’installation de cette galerie des odeurs, des plaintes des commerçants alentours, des restaurateurs notamment, qui goûtaient peu le bouquet d’arômes échappé de cette ménagerie des senteurs.

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A force d’être à l’air libre, les « œuvres » finissent par perdre de leur odeur, et il faut les remplacer. Dans l’arrière-salle où a lieu l’interview, Atsushi Ikeda ouvre un petit frigo, dont la forte odeur de durian qui s’échappe emplit immédiatement la pièce : c’est la « collection » de son musée, où l’on distingue de petits sacs blancs contenant des munitions pour l’exposition, et la couleur jaune et rouge caractéristique des boîtes de surströmming.

Odeurs de pieds, de punaises, ou d'« hommes d’âge mûr »

Pour celles-ci, habituellement consommées en plein air, des précautions particulières sont nécessaires. Afin d’absorber l’attaque initiale de l’odeur et éviter les projections du récipient sous pression, l’équipe d’Atsushi Ikeda procède ainsi à l’ouverture des boîtes de conserve au fond d’un seau d’eau, avant de les présenter au public. Cette élégante précaution ne suffit pas toujours, et un visiteur aurait rendu son déjeuner à Nagoya en inhalant la fétide conserve.

Moins exotiques mais non moins désagréables, on peut aussi se remémorer les odeurs des pieds, des punaises, ou des « hommes d’âge mûr » dans cette Nioi-ten. Les réactions sont variées, certains visiteurs trouvant que ces relents ne sont au final pas bien méchants. D’autres vivent l’expérience plus intensément et sortent en courant des cabines de senteur, quoique presque toujours le sourire aux lèvres. Deux semaines après l’ouverture, le bouche-à-oreille du nez fonctionne à plein et l’exposition, prévue jusqu’au 25 février, ne désemplit pas.