Apprendre le code informatique à l’école, «idée débile» ou idée de génie? On refait le débat

MAN VS TECH Mounir Mahjoubi envisage une épreuve de code au bac...

Laure Beaudonnet

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Deux fillettes en train de coder avec Magic Makers
Deux fillettes en train de coder avec Magic Makers — MAGIC MAKERS
  • Le secrétaire d’État au Numérique Mounir Mahjoubi a indiqué qu’une épreuve de code au bac « ne le choquerait pas ».
  • Les Gafa prennent position en faveur de l'apprentissage du code pour les enfants.
  • Quelques voix s'élèvent contre l'enseignement du langage informatique à l'école.

Vous vous arrachiez les cheveux sur le problème de maths de votre gosse au moment de corriger ses devoirs, attendez un peu qu’il vous demande de l’aide sur un exercice de code informatique, ou pire, d’intelligence artificielle. « Maman, tu peux m’aider à fixer une ternaire ? » Des larmes vont couler, si ce n’est pas déjà le cas. Faire de vos enfants des codeurs en puissance, c’est le nouveau sujet qui anime (et déchire) les acteurs de la tech. Entre l’Education nationale qui l’a inscrit au programme de la primaire et du collège en 2016, les Gafa qui s'expriment de plus en plus régulièrement sur le sujet et le nombre de start-up qui surfent sur la vague, difficile de ne pas avoir un avis sur la question.

La semaine dernière, le secrétaire d’État au Numérique Mounir Mahjoubi a indiqué à 20 Minutes qu’une épreuve de code au bac « ne le choquerait pas ». Ce mardi encore, Facebook a profité de Connexions, sa première exposition interactive à Station F, pour offrir des ateliers d’initiation à la programmation informatique avec Magic Makers. A croire que si votre bout de chou ne sait pas développer un site Internet et créer une appli avant ses dix ans, il n’a plus qu’à arrêter l’école et pointer directement à Pôle emploi. Le code est-il vraiment la réponse à tous nos problèmes futurs ? Pour certains, il est le salut de la génération Alpha [nés après 2010].

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« Quand on apprend le code, on apprend la logique »

« Très tôt les enfants doivent comprendre ce qu’est une donnée, comment elle est stockée, comment elle se transfère, se modifie, se supprime », a insisté Mounir Mahjoubi. Il ne s’agit pas d’en faire des experts mais de comprendre comment ça marche. « Je suis certain que le bagage de base doit nous permettre de mieux comprendre nos propres données, nos propres usages, les technologies qu’on doit utiliser au quotidien », a poursuivi le secrétaire d’Etat au Numérique.

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Et sur ce point, Claude Terosier, fondatrice de Magic Makers, une start-up qui propose des ateliers et des stages de programmation créative pour les enfants et les jeunes de 6 à 15 ans, lui donne raison. « Quand on apprend le code, on apprend la logique. C’est très structurant, ça sert tout le temps. On apprend aux enfants à être acteurs de leur apprentissage ». Car, pour elle, la peur provient de l’ignorance. « Les gens craignent l’intelligence artificielle parce qu’ils ne la comprennent pas ».

L’objectif n’est pas de former des développeurs, mais de leur rendre la technologie accessible et c’est justement ce point de vue que critique Laurent Alexandre. Pour l’auteur de La guerre des intelligences​, « trois lignes de code » ne permettront pas de lutter contre l’intelligence artificielle qui, selon lui, va creuser les écarts sociaux et piquer une grosse partie de nos boulots.

« Apprendre à coder, c’est débile »

Dans le futur, la seule manière de s’adapter au marché du travail, c’est de mettre l’accent sur les humanités, l’esprit critique et la culture générale. « Apprendre à coder, c’est débile. On ne fait pas de codage tant qu’on ne maîtrise pas les outils principaux pour lutter contre l’intelligence artificielle », a expliqué le spécialiste des nouvelles technologies à 20 Minutes en octobre dernier. « On devrait mettre nos enfants là où l’IA ne sera pas ».

Il n’est pas le seul à mettre l’accent sur l’esprit critique pour répondre au futur incertain du marché de l’emploi. « J’aurais plutôt tendance à m’intéresser à l’autre côté du spectre. Ces enfants ont besoin de grandir avec confiance et de résoudre les problèmes par eux-mêmes. Ils ont besoin de développer des compétences sociales », a souligné Pedro Santa Clara, président de la Chaire Finance de la Nova School of Business and Economics à Lisbonne, lors d’une conférence au Web Summit en novembre dernier. Il questionne l’efficacité de mettre les enfants au code trop tôt. « D’ici plusieurs années, nous aurons des machines capables d’écrire des lignes de code », a-t-il pointé pendant la discussion « Future is education » [L’éducation c’est le futur].

Apprendre aux enfants le monde dans lequel ils vivent

Non seulement l’IA saura mieux coder que la plupart des hommes, mais les métiers techniques seront d’une telle complexité qu’il faudra des gens avec un niveau d’études extrêmement élevé pour comprendre les technologies de simulation de l’intelligence. Selon Laurent Alexandre, mieux vaut apprendre à travailler en groupe, inculquer aux enfants des savoir-faire transversaux et de la multidisciplinarité. Mais l’apprentissage de code est-il vraiment incompatible avec cette idée ? Pour Claude Terosier, dont le prochain objectif est justement de rendre la technologie de l’IA accessible aux enfants, clairement pas.

« Si une compétence est nécessaire, il faut la mettre à l’école, insiste la fondatrice de Magic Makers. Aujourd’hui, on ne remet pas en question l’apprentissage de l’anglais. Savoir comment on l’enseigne est un autre sujet, mais l’enseignement du code n’est pas "au détriment de", c’est apprendre aux enfants le monde dans lequel ils vivent ». Et l’avantage de l’école, c’est qu’elle touche tout le monde… mais clairement pas de la même manière (mais c’est le serpent qui se mord la queue).