Des personnalités disent «non» à l'installation d'une oeuvre de Jeff Koons à Paris

POLÉMIQUE Des personnalités de la culture ont signé une tribune dans «Libération» contre l’installation d’une œuvre de Jeff Koons, « symbole de souvenir » après les attentats à Paris…

A.D. avec AFP
— 
L'artiste Jeff Koons devant son projet «Bouquet of Tulips 2016», à l'ambassade des Etats-Unis, le 21 novembre 2016. La statue de bronze de 10 m sera installée au palais de Tokyo, à Paris.
L'artiste Jeff Koons devant son projet «Bouquet of Tulips 2016», à l'ambassade des Etats-Unis, le 21 novembre 2016. La statue de bronze de 10 m sera installée au palais de Tokyo, à Paris. — Michel Euler/AP/SIPA

Le 21 novembre 2016, l’ambassade des Etats-Unis en France et la mairie de Paris ont annoncé le don d’une monumentale œuvre de Jeff Koons, baptisée Bouquet of Tulips, « symbole de souvenir » après les attentats qui ont endeuillé en novembre 2015 la capitale française. «  Non au “cadeau” de Jeff Koons », clament dans une tribune publiée lundi des personnalités de la culture, dont le réalisateur Olivier Assayas et l’ancien ministre Frédéric Mitterrand, opposées au projet d’installation d’une œuvre monumentale de l’artiste américain à Paris.

Un coût pour le contribuable français

L’œuvre gigantesque (12 mètres de hauteur, 8 de large et 10 de profondeur), en bronze, acier inoxydable et aluminium, représente une main tenant des tulipes multicolores. Elle serait « en cours de réalisation dans une usine allemande », croient savoir les signataires de la tribune.

L’emplacement envisagé est devant le Musée d’Art Moderne et le Palais de Tokyo. La production de l’œuvre, évaluée à trois millions d’euros, doit être financée par le mécénat privé, avait indiqué la Mairie de Paris à l’époque de l’annonce. Cette installation serait coûteuse pour les contribuables français, avancent les signataires, qui rappellent que « L’artiste ne fait don que de son “idée” »

La construction et l’installation de la sculpture, estimées par les signataires à « 3,5 millions d’euros au minimum », seraient financées par des mécènes privés, notamment français, « qui bénéficieraient d’abattements fiscaux à hauteur de 66 % de leur contribution », soulignent-ils.

Les signataires de la tribune déplorent également l’absence d’appel à projet qui aurait été une « opportunité » pour les artistes de « la scène française ». Selon eux, Jeff Koons, 63 ans, est « devenu l’emblème d’un art industriel, spectaculaire et spéculatif » et « son atelier et ses marchands sont aujourd’hui des multinationales de l’hyperluxe ». L’artiste a, en outre, été récemment condamné pour contrefaçon.

Un « emplacement, sans aucun rapport avec les tragiques événements invoqués »

Le fait « que cet immense artiste décide d’offrir à la Ville de Paris l’idée originale d’une œuvre monumentale, symbolisant la générosité et le partage, témoigne de l’attachement irrévocable entre notre capitale et les Etats-Unis », s’était alors félicitée la maire de Paris, Anne Hidalgo.

« Ce projet est choquant, pour des motifs d’ordre et d’importance divers », estiment les signataires de cette tribune parue dans Libération. « Le choix de l’œuvre, et surtout de son emplacement, sans aucun rapport avec les tragiques événements invoqués et leur localisation, apparaissent pour le moins surprenants, sinon opportunistes, voire cyniques », considèrent à l’inverse les signataires de la tribune.

« Par son impact visuel, son gigantisme et sa situation, cette sculpture bouleverserait l’harmonie actuelle entre les colonnades du Musée d’art moderne de la ville de Paris et le Palais de Tokyo, et la perspective sur la tour Eiffel », jugent-ils aussi.

Le texte est également signé par les artistes Christian Boltanski et Jean-Luc Moulène, la designer Matali Crasset, le producteur de cinéma et collectionneur Marin Karmitz ou encore Emilie Cariou, députée (LREM) vice-présidente de la commission des finances.