Exposition: On a suivi la visite guidée de Lilian Thuram au musée Delacroix

ART L'ancien footballeur Lilian Thuram est le propre guide de son exposition «Imaginaires et représentations de l'Orient», et «20 Minutes» s'est glissé parmi les visiteurs...

Emma Ferrand

— 

Lilian Thuram présente l'exposition "Imaginaires et représentations de l'Orient.

Lilian Thuram présente l'exposition "Imaginaires et représentations de l'Orient. — © Antoine Mongodin/musée du Louvre

« Je suis un peu tendu… » Après quelques minutes d’attente dans la cour du musée Delacroix de Paris (6e arrondissement), notre guide est enfin apparu. Précédé par la directrice du musée Dominique de Font-Réaulx, il se place face aux passionnés d’art et d’ histoire, le menton baissé.

C’est lorsqu’il ôte son chapeau noir que l’on découvre Lilian Thuram. Timide, les mains croisées, l'ancien joueur de football de l'équipe de France est impressionné face à son public, qui cette fois, n’est pas venu pour l’acclamer depuis les tribunes mais pour écouter sa visite d’une exposition.

En cette après-midi de semaine, puisque les enfants sont à l’école, ce sont une quinzaine d’étudiants, jeunes parents et retraités qui viennent assister à cette visite commentée, pendant une heure. Le groupe est au complet, on va pouvoir commencer.

La fondation Lilian Thuram, qui lutte contre le racisme et les discriminations, a élaboré en collaboration avec le musée Delacroix l'exposition « Imaginaires et représentations de l'Orient ». Lilian Thuram est aussi commissaire de l'événement, avec Dominique de Font-Réaulx et la politologue Françoise Vergès.

Avant de nous plonger dans la visite, le footballeur nous questionne : « Qui décide où se situent l’Orient et l’Occident ? Ne sommes-nous pas l’Orient des Etats-Unis, par exemple ? » Les échanges débutent déjà entre les participants.

Alors que le débat est vif, le guide s’aperçoit que nous avons froid, et nous fait enfin entrer dans le musée. La chaleur, les petites salles du musée, l’odeur du bois de cette ancienne maison de l’artiste Delacroix… Tout le monde se détend et certains doivent déjà tomber la veste. La première thématique de l’expo est présentée : la sexualité et la liberté des corps des femmes orientales.

>> A lire aussi : Après la retraite de Thierry Henry, que sont devenus les champions du monde 1998?

Un homme comme les autres

Lilian Thuram nous plonge dans la dualité entre l’Orient et l’Occident et l’art qui en découle et qui le fascine. Avec beaucoup de modestie, il commence quasiment chaque phrase par « Je pense que… » Lilian Thuram en a conscience : il n’est pas un historien, il est juste un passionné. Un passionné de culture qui souhaite partager son savoir avec les gens. Ici, l’ancien footballeur laisse sa célébrité de côté.

Cette exposition nous pousse à nous interroger constamment. « Qu’est-ce que vous voyez ? », demande régulièrement Lilian Thuram. L’idée, c’est que l’on apprenne des choses, mais aussi que la jeunesse puisse s’éduquer en se questionnant. « Les enfants qui viennent ici doivent pouvoir se dire en sortant : "Moi aussi, j’ai des choses à raconter" », souligne-t-il.

Attentif aux réactions de son public, Lilian Thuram vérifie régulièrement que ses pensées ont bien été comprises par les visiteurs, et n’hésite pas à nous rappeler que nos questions sont les bienvenues.

Un guide un peu stressé

Très intéressée par le récit de l’ancien Bleu, une femme lui demande soudain : « Est-ce que des visites seront organisées pour les adolescents et les enfants ? ». Ce à quoi, le sourire aux lèvres, Lilian Thuram s’empresse de répondre : « Oui, et je serai sûrement plus à l’aise d’ailleurs, parce que là je suis un peu en panique ! ».

Si le stress du nouveau guide est palpable, c’est parce que c’est la première fois qu’il organise une visite destinée aux adultes. « C’est plus facile quand je suis avec des  enfants, car je m’amuse avec eux dès le départ, et qu’ils vous bombardent de questions », explique-t-il.

Alors que la directrice s’éloigne un peu pour ne pas empiéter sur le travail de Lilian Thuram, ce dernier se sent incapable de poursuivre son discours sans avoir la spécialiste à ses côtés. « Restez près de moi, sinon je me sens un peu seul ! », dit-il en riant.

Dans la salle suivante, une nouvelle thématique est abordée, celle du déguisement. « Ce qui m’importe dans cette visite c’est la question du présent, c’est-à-dire de rattacher les œuvres à des sujets d’actualité et de société », indique le guide qui est par exemple revenu sur  la polémique de la «Black face» d’Antoine Griezmann qu’il rappelle rapidement  Pour ceux qui n'ont pas suivi l'histoire.

De l’humour et de la bonne humeur

Alors que Lilian Thuram nous parle de voyage et de souvenirs, et que la fin de la visite approche, on ressent une véritable symbiose entre le public et le pédagogue. La pression du début est relâchée, et c’est un guide tout à fait drôle que l’on découvre. Lorsqu’un téléphone portable se met à sonner, le guide taquine le propriétaire de l’appareil : « Ce sera une amende qui coûtera très cher ! ».

Les questions fusent davantage qu’au début de la visite, et le premier public semble conquis par cette exposition. L'objectif est donc parfaitement rempli pour le guide qui se voit comme un « passeur ».

Victime de leur succès, ces visites avec Lilian Thuram affichent d'ores et déjà complets* mais avec ou sans le footballeur, l'exposition mérite le détour.

 

* D’autres visites sont menées par Françoise Vergès les 19 et 26 janvier, 16 février, et les 2, 9 et 16 mars prochains à 16h30 au musée Delacroix. Etant donné le grand nombre de demandes et le peu de places disponibles, il est préférable de réserver. L'exposition prendra fin le 2 avril 2018.