Benjamin Biolay versus Grégoire: Comment prouver un plagiat musical? (C'est compliqué)

MUSIQUE S'il veut prouver le plagiat, Benjamin Biolay devra attaquer Grégoire en justice, et laisser une batterie d'experts décortiquer leurs chansons respectives...

V. J.

— 

Benjamin Biolay à Paris le 3 mai 2016
Benjamin Biolay à Paris le 3 mai 2016 — IBO/SIPA

Une chanson piano-voix, une chanson d’un père à ses enfants, une chanson aux accords proches… Vous avez écouté Ton héritage de Benjamin Biolay et Mes enfants de Grégoire toute la journée, hein, juste pour vous faire une idée, et vous vous dites «elles se ressemblent, c'est troublant». Mais sommes-nous en présence d’un plagiat ?

>> A lire aussi : Benjamin Biolay accuse le chanteur Grégoire de plagiat

Pour Biolay, pas de doute, Grégoire lui a dépouillé sa chanson, ce à quoi l’interprète de Toi + Moi répond que la seule ressemblance est l’ambiance piano-voix, qu’il s’est plutôt inspiré d’un poème de Kipling et que la suite d’accords des deux chansons existe depuis des millions d’années. Alors team Benjamin, ou team Grégoire ? Si les mélomanes et internautes ont leur avis, c’est aux avocats et aux experts de les départager.

Un accord à l’amiable plutôt qu’un procès

Rémi Gaillard, Philippe Vandel, Emily Ratajskowski, Sam Smith, Tomer Sisley et même La Reine des neiges… Pas une semaine sans que l’industrie culturelle connaisse un cas ou une accusation de plagiat. Et ces affaires se règlent plus souvent par un accord à l’amiable que par un procès, précise Clara Benyamin, avocate en droit à la propriété intellectuelle au sein du Cabinet Pierrat & de Seze. « Un procès coûte de l’argent et de l’énergie. »

Robin Thicke et Pharrell Williams ont ainsi été condamnés à verser 7,4 millions de dollars (réduits à deux millions en appel) aux héritiers de la famille de Marvin Gaye, leur Blurred Lines ayant été reconnu comme un plagiat de Got to Give It Up.

Une expertise en trois points

Que se passerait-il alors si Benjamin Biolay décidait d’attaquer Grégoire ? « Des experts auprès des tribunaux interviennent pour une expertise musicale sur trois points précis, détaille Me Clara Benyamin. La ligne mélodique, la rythmique, et l’harmonie. Il est alors possible de dire s’il y a plagiat ou pas, et c’est après au juge de décider. » Il existe également les cas de « copie » inconscients, liée à un patrimoine commun, où le plagiat n’est alors pas caractérisé. C’est un peu la ligne de défense de Grégoire. En droit à la propriété intellectuelle, on parle de « similitudes existantes entre deux œuvres qui procèdent d’une rencontre fortuite ou de réminiscences résultant d’un socle commun d’inspiration ». Et comme 80 % des chansons actuelles sont composées des quatre mêmes accords…

Enfin, très à la mode dans le rap et le R’n’B, le sample n’est pas considéré comme un plagiat mais comme une « œuvre dérivée », avec bien sûr l’autorisation de l’auteur de la première œuvre ou de ses ayants droit, voire sans autorisation s’il est mort depuis plus de 70 ans. C’est pourquoi la musique classique, à l’instar de l’Aria de Bach, est régulièrement samplée par les artistes de jazz ou de rap. Et quand Benjamin Biolay s’amuse à écrire le « couplet manquant » de la chanson de Grégoire, c’est quoi ?