Crise du disque: « On était devenu des antiquaires, plus des disquaires »

MUSIQUE Grâce aux bonnes ventes des vinyles, les disquaires revoient petit à petit la lueur du jour dont Francesco Maz, installé dans le 11e arrondissement de Paris...

Antoine Irrien

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Alors que la vente du CD est en chute libre, vinyles et platines partent comme des petits pains chez les disquaires. Lancer le diaporama
Alors que la vente du CD est en chute libre, vinyles et platines partent comme des petits pains chez les disquaires. — Antoine Irrien

A Noël, il y aura bien sûr de nombreux albums de Johnny Hallyday sous les sapins. Dont un bon nombre de vinyles… Depuis la chute des ventes du CD il y a dix ans, son ancêtre, le vinyle, ne s’est jamais aussi bien porté. Il se veut même innovant. Au-delà des bobos nostalgiques, les ventes de la fameuse « galette noire » touchent petit à petit une clientèle plus élargie. Le Syndicat national de l’édition phonographique (Snep) confirme d’ailleurs les chiffres : les ventes en volume ont progressé de plus de 3 % en l’espace de cinq ans, atteignant pas loin d’1,7 million de vinyles vendus l’année dernière.

Francesco Maz est DJ depuis 1977. Pour celui qui a toujours « mixé au vinyle », ce sont les artistes et les consommateurs underground (les aficionados de hip-hop, electro, techno, house) qui ont contribué à la survie du marché de l’industrie du disque dans ce qu’il appelle « les années noires » : celles de l’arrivée du téléchargement puis du streaming, dès le début des années 2000. Entre deux bacs à vinyles et deux platines en réparation, 20 minutes est allé à la rencontre de ce disquaire du 11e arrondissement de Paris, installé dans sa boutique Music Avenue depuis 1995.

Le CD, c’est vraiment fini ?

Vous voyez les quatre bacs à CD là-bas ? C’est tout ce que je mets en vente. Les autres, je les ai rangés dans des tiroirs et des cartons. A partir de 2007, je ne vendais plus aucun disque. C’était l’hécatombe totale. Il y a dix ans, à Paris, on est rapidement passé d’une centaine à une trentaine de disquaires. Ceux qui tentaient de résister, comme moi, vendaient des CD pour rien du tout, parce que le numérique commençait à prendre toute la place.

A cette époque là, j’ai arrêté de me faire un salaire, je n’avais plus d’employé, c’était très dur. On était devenu des antiquaires, et plus des disquaires. Mais les indépendants ont continué à vendre, à se battre, et à résister. Puis vient 2013. Cette année-là, les ventes de disques repartent à la hausse. Le CD ? Non pas du tout. Il est quasiment mort, enterré. Ce sont les achats de vinyle qui s’envolent.

Pourquoi ce retour en grâce du vinyle ?

En gros, on doit cette renaissance à la communauté underground française, qui représente à peine 2 ou 3 % de l’industrie du disque, qui a toujours cru en la qualité des vinyles. Les rapports avec le streaming et le téléchargement ont changé. De plus en plus de gens sont prêts à payer pour retrouver une qualité sonore que le CD, puis le MP3, avait petit à petit compressée. C’est un effet de mode inversé. Tout le monde s’est tourné vers internet, le téléchargement, les 500 000 chansons sur son ordinateur ou son téléphone. Beaucoup de gens ont oublié que la musique s’écoute avec deux oreilles. C’est pourquoi de plus en plus de consommateurs cherchent dorénavant à se procurer des vinyles. Parce que leur son est unique.

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Mais c’est surtout le marché des platines, qu’elles soient vintages ou modernes, qui suscite aujourd’hui un fort intérêt. Il y a quatre ans, je vendais trois à quatre platines par semaine. Depuis cette année, j’en vends quinze. Et il faut rajouter à cela les diamants, les cellules, etc. Noël approche et je suis actuellement en rupture de stock. C’est pour vous dire…

Et ça peut durer ?

Depuis quelques années les gens se remettent au old school. Et qui dit old school dit forcément vinyle. On commence à refaire comme avant, avec cette volonté de conservation d’un objet symbolique et mythique comme le 33 tours. Donc oui, le vinyle est bien parti pour durer. Il y aussi toute une économie qui se développe sur l’art des pochettes, où on laisse de plus en plus la place à l’inspiration de certains artistes. Bien sûr, il y a toujours eu deux clientèles. Un plus "pro" et l’autre plus "amatrice". Mais chez les disquaires, on observe qu’une clientèle beaucoup plus jeune prend le relais - 2 acheteurs sur 3 ont moins de 50 ans et les acheteurs de moins de 30 ans génèrent près de la moitié du chiffre d’affaires vinyle rappelle le Snep - et c’est plutôt de bon augure pour la suite.