Gossip: «La musique encourage à s'affirmer en dehors des normes de la société»

MUSIQUE Gossip revient défendre cette semaine en France son album «Standing in the Way of Control» au côté de The Kills. Rencontre avec la chanteuse Beth Ditto, icône lesbienne aux formes généreuses...

Recueilli par Boris Bastide

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Shamil Tanna

Surfant sur le succès de son troisième album «Standing in the Way of Control», charge anti-Bush mêlant punk et influences soul, Gossip tourne sans relâche depuis 2006. Une série de concerts, parfois exceptionnels comme celui donné à l'automne dans le cadre du festival des Inrocks, qui s'achève ce printemps avec cinq dates françaises au côté de The Kills, The Blakes et Pete and the Pirates. Ces deux années ont permis à la chanteuse Beth Ditto, icône lesbienne aux formes généreuses, de devenir une des nouvelles stars du rock. Interview.

Les débuts

«On est apparu au début des années 2000 à un moment où il y avait une vraie effervescence sur la scène rock. Il y avait tous ces groupes en "The" comme The Strokes ou The White Stripes. On se sentait très proche de The Kills, The Yeah Yeah Yeahs ou The Raveonettes. Des groupes avec des formations restreintes et un esprit punk.»

La Musicale avec The Kills

«Nous les connaissons depuis de nombreuses années, à l'époque où ni eux ni nous n'étions connus. Nous avions un même attachement au punk. C'est dans notre sang. On ne saurait même pas quoi faire d'autre que de la musique. Comme nous, ils n'ont rien renié de la rage qui les animait au début.»

Sa dernière tournée en Europe

«Ça reste un excellent souvenir. L'accueil à la Cigale à Paris était exceptionnel. Pour la première fois, on a eu le droit à un gros bus. C'est plus agréable pour les odeurs. J'ai aussi le souvenir de mémorables parties de Dessinez, c'est gagné. On était obsédés par ce jeu. A un moment, on n'avait plus de papier, alors on a dû jouer sur mon tee-shirt. Nous formons un vrai groupe de nerds.»

Icône rock

«Etre mise en avant par les médias implique surtout une plus grande responsabilité par rapport à ce que je vais dire ou la manière dont je vais apparaître. Nous essayons de transmettre des idées qui nous semblent primordiales, notamment sur le respect des différences. Il faut être conscient qu'on sert de modèles pour des jeunes.»

«Ce qui me plaît dans l'idée d'icône, c'est la connotation mode. Quand j'ai rencontré Debbie Harry, la chanteuse de Blondie, j'étais contente de voir qu'elle était restée humble et qu'elle aimait s'habiller avec style. Pour une femme, ça peut être un moyen d'affirmer son identité. Le look de Patti Smith lui a permis de bousculer les règles établies.»

Le prochain album

«On commence à travailler sur de nouvelles chansons, mais on ne sait pas comment ça va évoluer. Même si on voulait refaire “Standing in the way of control”, on ne pourrait pas. Je ne suis plus dans le même état déplorable. Heureusement, d'ailleurs. L'important, c'est de créer une musique dont on est fier. On a juste besoin d'une excuse pour ne pas avoir à travailler.»

Engagement politique

«La musique peut changer le monde. En faire ou simplement en écouter peut avoir une vraie dimension radicale. C'est un encouragement à affirmer son identité en marge des normes promues par la société.»

« En 2004, j'ai refusé de prendre part à la tournée anti-Bush. Je n'ai jamais compris l'intérêt de prêcher les convaincus. L'important aurait été de toucher le public des zones rurales qui n'ont pas accès à une information impartiale. Nous avons écrit “Standing in the way of control”, en réaction à cette élection. Il fallait montrer que de nombreuses personnes ne cautionnaient pas la politique destructrice menée par l'Amérique contre cette planète.


Gossip - Standing In The Way Of Control - La Cigale
envoyé par staiffee

L'élection américaine 2008

«Pour la première fois, un afro-américain ou une femme sont des candidats crédibles. Après, je n'ai aucune idée de ce qui peut se passer. Pour l'heure, je penche pour Barack Obama. Ce choix m'a valu quelques remontrances. Moi, la féministe, je ne soutiens pas Hillary Clinton. J'aurai vraiment adoré soutenir une femme mais les Etats-Unis sont aujourd'hui dans un tel état que cet argument ne suffit pas. Même si on sent bien que c'est un politicien, Barack Obama semble plus sincère. Il est porteur d'un plus grand espoir de changement. Mais je me méfie de mon pays. Un afro-américain ou une femme ne bénéficieront jamais de la même bienveillance qu'un homme blanc. Les préjugés sont encore trop tenaces.»