«La boxe comme le jazz sont les seuls domaines où les noirs étaient autorisés à s’illustrer»

Alice Antheaume

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L'affiche du festival Banlieues Bleues
L'affiche du festival Banlieues Bleues — DR

Jazz et cinéma, jazz et rap, jazz et gospel, jazz et rock, jazz zoulou, jazz électro, free jazz: pour sa 25e édition, le festival Banlieues Bleues s’est lâché sur sa programmation. Mieux, on aura même droit à une thématique jazz et boxe via plusieurs concerts, qui commencent dès vendredi soir.

Quel rapport entre gants de boxe et musique? A priori, ça ne saute pas aux yeux. Sauf à se souvenir des «Quatre boules de cuir» de Claude Nougaro ou de la BO de «Rocky», à redécouvrir ici, avec «Eye of the tiger».



Explication avec Xavier Lemettre, le directeur du festival Banlieues Bleues.


«La boxe comme le jazz sont des territoires à la marge, dit-il. Ce sont les seuls domaines où, avant 1960, les noirs étaient autorisés à s’illustrer.» Pas étonnant, donc que la boxe ait hanté le jazz, et surtout, le trompettiste Miles Davis, grand fan des rings. «Il en parle à chaque ligne de sa biographie et se rendait à une foule de matchs, en plus de pratiquer lui-même la boxe en amateur», raconte le directeur de Banlieues Bleues.

Pendant le festival, le batteur Jack DeJohnette interprétera en quintette la bande-son composée par Miles Davis, son ancien mentor, sur les images de «Jack Johnson - Portrait of a legend», un film sur le premier noir champion du monde poids lourds (ciné-concert le 23 mars).

«Sweet science»

En musique comme en boxe, la précision du geste est de mise et la triche, impossible. La technique des coups que donnent les boxeurs, comment ils les répartissent dans l’espace et dans le temps: tout cela est réglé comme du papier à musique. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les Anglais appellent la boxe «sweet science» et les Français «noble art».

Dans le documentaire «When We Were Kings», sorti en 1997, quasiment 20 ans après avoir été tourné au Zaïre, on découvre, montés côte à côte, le chanteur James Brown et le boxeur Mohamed Ali, deux symboles de la culture afro-américaine.




«Le Mohamed Ali d’aujourd’hui, c’est Floyd Mayweather, qui a un côté très Las Vegas», enchaîne Xavier Lemettre qui rappelle au passage que son festival se tient en banlieues de Paris, en Seine-Saint-Denis, là où se trouvent la plupart des salles où s’entraînent les boxeurs actuels.

Infos pratiques: le festival Banlieues Bleues du 14 mars au 18 avril, en 47 concerts étalés sur 27 soirées dans 17 villes de Seine-Saint-Denis.