Festival: Gérard Pont donne la recette d’«Elixir», la potion magique des irréductibles organisateurs de festival bretons

FESTIVALS Dans son livre «Elixir, l’histoire du premier grand festival français», dont il a été l’un des fondateurs, Gérard Pont retrace l’histoire du «Woodstock breton»…

Antoine Irrien

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Jusqu'à 10.000 personnes par jour, les grosses fréquentations  sur plusieurs jours commençaient à faire leur apparition. Lancer le diaporama
Jusqu'à 10.000 personnes par jour, les grosses fréquentations sur plusieurs jours commençaient à faire leur apparition. — Jean Bouguennec - 1982

Juillet 1979. Près de Landerneau, petite ville du Finistère enfoncée au bout du monde, non loin de Brest, la Bretagne et la France s’apprêtent à découvrir ce qui deviendra rapidement le «  Woodstock breton » : le festival Elixir. Agés d’à peine vingt ans, Gérard Pont et ses collègues Jean Bouguennec, Ronan Tréguer, et les cousins Pierre et Jean-Paul Billant, ne le savent pas encore, mais ils viennent de donner naissance à un monstre. Le festival Elixir aurait pu, bientôt, fêter ses 40 ans mais le « premier grand festival français » a connu une courte histoire mouvementée.

En neuf éditions (1979-1987), les Finistériens ont programmé The Clash, Depeche Mode, Leonard Cohen, Joe Cocker, Simple Minds, Nina Hagen, les Stray Cats, Murray Head ou encore The Cure. Rien que ça. Aujourd’hui, le livre « Elixir, l’histoire du premier grand festival français » tente de rendre hommage à ce festival mythique. Un documentaire, « Elixir, l’histoire du premier festival rock en France », également réalisé par Georges Pont, accompagné par Jérôme Bréhier, sera diffusé lundi 18 décembre sur France 3

« L’insouciance de la jeunesse »

Quand Gérard Pont revient sur l'histoire d'Elixir, pas vraiment de nostalgie. « On était jeune et motivé. Ce n’est pas que je n’ai pas profité de ces années d’anthologies, mais je n’ai jamais eu le temps de me poser pour réaliser vraiment ce qu’on était en train de faire. L’insouciance de la jeunesse peut-être... » Aujourd’hui à la tête des Francofolies et du Printemps de Bourges avec sa société Morgane Production , Gérard Pont est un homme d'action constamment tourné vers les futures éditions de ses festivals. Son ouvrage est une manière de « boucler la boucle d’un festival qui en aura lancé beaucoup d’autres. »

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Il repense bien sûr à tous ceux qui l’ont accompagné dans cette aventure, et confesse avoir eu du mal à se lancer « seul » dans l’écriture de cet ouvrage. « J’avais peur que mes collègues d’autrefois pensent que je m’attribue tous les mérites. Je ne ferai jamais une chose pareille. » L’ancien journaliste et animateur de France 3 a fait appel à Oliver Polard, historien et musicien, qui selon lui « connaît par cœur l’histoire de la musique en Bretagne ». Un travail de tri d’archives colossal les attendait. Plus de 300 photos et documents divers illustrent les pages d’un bouquin qui immortalise chacune des éditions du géant Elixir.

Du « druidisme » baba cool au business

Imposer un festival n’a pas été chose facile, se souvient un Gérard Pont devenu l'un des pontes du secteur en France. A l'époque, avec leurs cheveux longs, t-shirts « tie and dye », et pantalons pattes d’eph', « les maires des communes nous voyaient arriver nous, les babas cool, avec de grands yeux. » Le festival, dont les créateurs se réclament d'une sorte de « druidisme » remis au goût du jour, a été contraint au nomadisme pendant toute son existence. Elixir a écumé les routes départementales de Bretagne d'Irvillac (Finistère) à Plounéour-Trez (Finistère), de Plomodiern (Finistère) à Guéhenno (Morbihan), allant même jusqu'à ce perdre par-delà la Loire du côté de Toulouse (Haute-Garonne), avant de finir en apothéose sur une édition mythique à Athènes, en Grèce, Elixir ce sera finalement terminé sur un fiasco. 

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« Les guerres d’ego et l’arrivée du business dans la musique auront eu raison d’Elixir », confie Gérard Pont. Aujourd’hui, les événements musicaux géants, bretons comme français, ont proliféré à travers tout le territoire. « Quand on voit le nombre fou de festivals apparus en France ces dernières années, c’est là que je me dis qu’on a eu un rôle social énorme ». A son époque, Elixir était aussi précurseur dans la vie festivalière. Pose de bracelets, clôtures, toilettes mobiles, retransmission sur écran géant, « chaque année on a constaté qu’un tel événement avait besoin de trucs simples pour fonctionner ».

Quarante ans après la première édition du « Woodstock breton », les festivals actuels possèdent tous en eux quelque chose d’Elixir.