L'hébreu, une langue bien vivante et souvent engagée

Jean-Luc Allouche - ©2008 20 minutes

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La littérature israélienne contemporaine est jeune. Très jeune. Car l'hébreu est longtemps resté lettre morte. Un peu comme le latin : langue des prières, langue « sainte » pour l'étude, elle n'est réellement utilisée comme langue vivante que depuis un siècle. Et le premier roman dans cette langue date de 1853.

Depuis, cette vivace littérature s'est vu distinguer par un prix Nobel (Shmuel Yosef Agnon, en 1966) et a été traduite en quelque soixante-cinq langues dans le monde. Les noms d'Amos Oz, David Grossman et A. B. Yehoshua sont connus en France. D'autres, comme Haïm Gouri et Aharon Appelfeld, sont des monuments. Avec eux, de plus jeunes auteurs comme Etgar Keret, Zeruya Shalev, Alona Kimhi, Judith Katzir, Amir Gutfreund, Eshkol Nevo, Ron Leshem et tant d'autres traduisent les réalités de leur pays dans une langue qui puise dans le parler de la rue, dans l'argot militaire ou des « cités difficiles ». Parmi les trente-neuf écrivains invités du Salon du livre, Sayed Kashua ou le poète Naïm Araydi, Arabes israéliens, évoquent en hébreu les réalités des citoyens israéliens d'origine palestinienne (20 % de la population).

Mais ils ne sont pas les seuls : la quasi-totalité des écrivains israéliens se situent à la pointe de la lutte pour les droits des Palestiniens, pour la paix et la naissance d'un Etat palestinien. Non seulement sous forme de pétitions, de manifestations, de rencontres avec des Palestiniens, mais souvent sur le terrain. Ainsi Sami Michael, immigré juif d'Irak, dont la langue d'écriture était l'arabe avant qu'il n'adopte l'hébreu, est le président de la Ligue des droits de l'homme. Beaucoup d'entre eux sont aussi à l'origine du mouvement pacifiste La paix maintenant.

Car pour la plupart, ce sont des écrivains engagés, même si les plus jeunes d'entre eux préfèrent se détacher du conflit en cours pour se consacrer aux problèmes universels de l'être humain. Comme pour mieux parier sur la paix établie. Comme des écrivains « normaux ». Dans une situation anormale de sang et de deuil.

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