L'invité ne fait pas l'unanimité

Armelle Le Goff

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La politique s'immisce en littérature. Le choix d'inviter la littérature israélienne en hébreu au Salon du livre - qui doit être inauguré ce soir par Shimon Peres, le président israélien, actuellement en visite d'Etat - fait polémique. Les appels au boycott se sont multipliés ces derniers jours.


Fer de lance de la contestation: le Liban, théâtre, en 2006, de violents affrontements entre Israël et le Hezbollah. L'Arabie saoudite, le Yémen, l'Union des écrivains palestiniens, des éditeurs algériens, tunisiens, marocains, égyptiens ainsi que l'Iran ont suivi le boycott. Le monde arabe et perse marque sa condamnation de la politique israélienne vis-à-vis des Palestiniens.

Les écrivains arabes approuvent le boycott ou justifient leur venue. L'Egyptien Alaa El Aswany, auteur de L'Immeuble Yacoubian, a maintenu sa participation, tout en dénonçant le choix de l'invité. Mais pour les écrivains israéliens, souvent très critiques vis-à-vis de la politique de leur Etat, le boycott est vécu comme un affront. «Ceux qui appellent au boycott ne s'opposent pas à la politique d'Israël mais à son existence», considère Amos Oz, un célèbre auteur israélien.

Ce n'est pas l'avis de Benny Ziffer, responsable des pages littéraires du quotidien israélien de gauche Haaretz, qui porte la charge la plus violente contre «les honneurs» accordés par Paris aux écrivains israéliens «pendant que des mères palestiniennes restent coincées dans le froid aux checkpoints». Face aux critiques, le Quai d'Orsay a justifié l'invitation et jugé le boycott «regrettable».