«D'un trait de fusain», un roman jeunesse en écho à «120 Battements par minutes»

KIDS Comme Robin Campillo au cinéma, Cathy Ytak signe « D’un trait de fusain », un très beau roman jeunesse plein d’espoir et de vie malgré tout, inspiré de ses années sida…

Caroline Delabroy

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Le livre s'empare d'un sujet rarement abordé dans la littérature jeunesse : le sida.
Le livre s'empare d'un sujet rarement abordé dans la littérature jeunesse : le sida. — Illustration Julia Wauters

C’est un livre coup de cœur, que l’on glisserait bien dans les bottes de Noël de tous les ados et jeunes adultes. Un livre sur les années sida, celles de la naissance d’ Act Up et de la mort au quotidien. « Merci du conseil, mais vous n’avez pas moins plombant comme idée cadeau ? », croit-on déjà deviner dans les commentaires. Poursuivons sans sourciller. Car si vous avez aimé le film 120 battements par minute de Robin Campillo, vous allez adorer  D’un trait de fusain de Cathy Ytak, paru cet automne aux Editions Talents Hauts (256 pages, 16 euros).

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Quand Marie-Ange devient Mary

L’auteure ne savait rien du long-métrage qui se tournait au moment où, elle aussi, se plongeait dans son histoire personnelle pour écrire ce roman jeunesse. Pour elle, « il n’y a pas de hasard ». « Vingt-cinq ans, c’était le temps nécessaire pour digérer une histoire. Je crois que Robin Campillo est arrivé à Act Up quand j’en suis partie, on s’est sans doute croisés. Le concert de Jimmy Somerville, j’y étais aussi. »

Pour autant, D’un trait de fusain n’est pas l’histoire d’Act Up. C’est d’abord et avant tout celle de Marie-Ange, étudiante en arts plastiques au début des années 1990, et de son groupe d’amis, Monelle, Sami et Julien, que la rencontre avec Joos, jeune modèle à la beauté et la liberté insolentes, va bouleverser à tous les niveaux.

L’amour éclate au grand jour après un week-end lumineux à Saint-Malo. Le sida frappe les héros au cœur au retour des vacances d’été, où l’on rompt encore l’ennui des amitiés suspendues en s’écrivant des lettres, parce que le téléphone est trop cher. Au fil des pages, Marie-Ange se libère du carcan familial, devient Mary et s’engage auprès d’Act Up. Par amitié et solidarité, elle découvre une façon de lutter et de militer contre l’ignorance et le rejet.

« Je voulais ne pas trahir et ne rien oublier »

Si l’émotion étreint immanquablement à la lecture de ces destins croisés, une formidable énergie et vitalité traverse le récit. « Je ne voulais surtout pas quelque chose de triste, larmoyant, ce n’était pas ça, ces années-là, dit Cathy Ytak. Je parle de l’époque la pire au niveau du sida, celle où il n’y avait aucun traitement, où des gens jeunes mourraient. Cela a été des années désespérantes, bouleversantes, et en même temps il y avait une urgence. On se disait que la vie est courte, il fallait en profiter. »

« J’avais très peur de trahir des amis morts, ces fantômes pesaient lourd sur mes épaules, poursuit-elle. Je voulais que ce soit un vrai roman, quelque chose comme nous l’avons vécu, à la fois violent, doux, drôle, je ne voulais rien oublier. Il me semblait important de montrer aux jeunes que c’étaient des ados comme eux qui étaient touchés. »

D’un trait de fusain tombe juste. Cathy Ytak trouve les mots pour intéresser les ados et jeunes adultes d’aujourd’hui. « J’ai adoré, je me suis énormément reconnue dans l’héroïne, ce sont des modes de militantisme qui me parlent encore aujourd’hui », confie ainsi la booktubeuse Mx Cordélia. Elle souligne l’implication émotionnelle du lecteur qui, au-delà de la « belle histoire de vie, d’amour et d’amitié », offre un vecteur de prévention efficace.

« Mon livre part aussi du constat que le sida, pour les ados, c’est une histoire ancienne, déplore Cathy Ytak. Ils se protègent de moins en moins. On est loin d’en avoir fini, près de 25.000 personnes en France sont séropositives et ne le savent pas. J’espère que le livre, en entrant dans les fins de collèges et de lycées, va permettre de lancer des discussions. Il faut se protéger. » Le militantisme, chez Cathy Ytak, n’est jamais loin. Une idée lui est plus que tout insupportable : « Est-ce que l’on se serait battu pour rien ? » Croyez-nous, ce beau roman est un puissant antidote.