Mort de Johnny Hallyday: Johnny, Elvis et l’Amérique

HÉROS L’idole des jeunes a embrassé le rêve américain sans jamais réussir à conquérir les Etats-Unis…

Anne Demoulin

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Johnny Hallyday à l'aéroport de Los Angeles en 2015.
Johnny Hallyday à l'aéroport de Los Angeles en 2015. — CALPIX/SIPA

Il avait pourtant en lui Quelque chose de Tennessee. Johnny Hallyday, décédé dans la nuit de mardi à mercredi à 74 ans, a embrassé le rêve américain triomphant de l’après-guerre pour devenir l’ « Elvis Français ». L’artiste, qui passait avec sa famille une partie de l’année à Los Angeles, n’a cependant jamais conquis les Etats-Unis où il est demeuré « la plus grande star du rock dont vous n’avez jamais entendu parler ».

Jean-Philippe Smet et le rêve américain

Johnny Hallyday appartient, comme Eddy Mitchell, à cette génération de l’après-guerre qui a grandi les yeux rivés vers le pays de l’Oncle Sam, dans une Europe en reconstruction grâce aux dollars du plan Marshall.

A Londres, où il vit avec sa tante et ses deux cousines, il découvre la culture américaine grâce à Lee Ketcham, un danseur américain à la dégaine de cow-boy, marié à une de ses deux cousines, avec qui il forme un trio de danse acrobatique, « Les Halliday ».

Lee Ketcham, père de cœur du futur rocker, surnomme affectueusement le petit Jean-Philippe, « Johnny ». L’enfant de la balle monte pour la première fois sur scène le 13 juin 1956, pour la première partie du spectacle des Halliday, à l’Atlantic Palace de Copenhague. Il chante La Ballade de Davy Crockett, en s’accompagnant à la guitare, habillé en cow-boy.

A cette époque, Jean-Philippe Smet tapisse sa chambre avec les posters du héros de La Fureur de vivre, James Dean. De retour à Paris, il découvre Elvis Presley et le rock’n’roll au cinéma avec Amour frénétique (Loving You) en 1957. C’est décidé, il sera rockeur. Johnny Hallyday confiera en 2000 à USA Today : « Sa voix, la façon dont il bougeait, tout était sexy ». « La première fois que je l’ai vu, j’ai été paralysé. »

Forever Elvis!

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Dr Smet et Mr Hallyday

Jean-Philippe Smet chante des classiques du King dans des bases de l’US Army, payé avec « des bouteilles de Coca-Cola et des jeans Levi’s ». Au Golf Drouot, celui qui s’est rebaptisé « Johnny Halliday » avec un « i » (son nom sera orthographié par erreur avec deux « y » sur la pochette de son premier 45 tours) se déhanche comme Elvis en reprenant en français les standards du répertoire américain.

« Elvis Presley a influencé énormément d’artistes. Il a été l’icône et le flambeau du rock dans les années 1950 et beaucoup ont voulu lui ressembler. Johnny au début, c’était ça, on a l’impression de voir Elvis. Il a le même phrasé, les mêmes costumes et reprend ses chansons », explique Jean-Marc Folliet, responsable du label et de la boutique Culture Factory.

Johnny Hallyday signe un contrat avec Vogue en 1961 et sort son premier disque. Lors de son premier passage à la télévision, sa marraine, Line Renaud, commet un petit mensonge et le présente comme le fils d’un Américain et d’une Française.

En 1962, celui qui est devenu l’idole des jeunes en France avec deux albums enregistre à Nashville en anglais une version de Retiens la nuit, qui devient Hold Back the Sun et reprend les grands standards du rock US, avec le groupe vocal les Jordanaires, qui ont travaillé avec Elvis Presley. « La réponse française à Elvis Presley » ne perce pas aux Etats-Unis.

En 1964, il effectue, comme Elvis Presley, son service militaire. L’armée profite de la présence de la star dans ses rangs pour tourner des petits films de propagande à destination des jeunes. Il obtient l’autorisation de poursuivre l’enregistrement de ses disques à condition d’apparaître sur les pochettes en uniforme. « Johnny, comme Elvis, a joué le jeu. Johnny a fait son service en Allemagne alors qu’il aurait pu se défiler ou se faire pistonner pour être à Balard », commente Jean-Marc Folliet.

Comme Elvis Presley, Johnny Hallyday fera une carrière au cinéma. A la différence du King, il a obtenu le respect des critiques avec ses rôles, notamment en travaillant avec Jean-Luc Godard dans Detective en 1985. Il a même tourné en anglais avec Gérard Depardieu et Harvey Keitel en 2003 dans Wanted de Brad Mirman.

Des show à l’américaine comme Elvis

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Johnny Hallyday a surtout pris la musique au sérieux et est devenu bien davantage qu’un ersatz d’Elvis. Toujours à la pointe des derniers développements du rock anglo-américain, il s’est entouré des plus grands talents hors de France. Jimi Hendrix a assuré, par exemple, la première partie de ces concerts en 1966. Il fera de nombreux allers-retours aux États-Unis tout au long de sa carrière pour enregistrer des albums à Nashville, à Memphis, à New York et Los Angeles.

En 1978, Johnny Hallyday endosse un costume d'Elvis Presley.
En 1978, Johnny Hallyday endosse un costume d'Elvis Presley. - BENAROCH/SIPA

Il se produira sur scène à Las Vegas comme Elvis Presley, devant un public presque exclusivement composé de Français. Chacun de ses spectacles était conçu comme un vrai show à l’américaine. « Johnny Hallyday et Elvis avaient en commun la puissance de la voix et le gigantisme des concerts et c’était des beaux mecs », souligne Jean-Marc Folliet. En 1978, il se produira même sur scène dans un costume du King, acheté aux enchères.

On the road to Santa Fe 😎

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Après avoir traversé le pays sur sa Harley Davidson, il finira par s’installer à Los Angeles avec son épouse Laeticia et ses deux filles. Lorsqu’en 2009 Johnny avait été hospitalisé à Los Angeles, les médias américains étaient venus faire des reportages sur ces drôles de journalistes français venus au chevet d’un chanteur inconnu. Il avait fallu leur expliquer que s’il était un anonyme en Amérique, il était en France un monument connu simplement sous le nom de « Johnny ».

Monument valley 🌟🌟🌟

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Les Américains n’avaient pas besoin de Johnny, ils avaient déjà Elvis. Et Johnny n’était pas suffisamment français pour eux. Paradoxalement, « les Français l’adoraient parce qu’il incarnait parfaitement le rêve américain : la réussite, les excès, la vitesse ». « Un héros français », donc, à qui les Français voueront un culte comme les Américains vouent un culte à Elvis.