«Quand Bernard Kouchner me dit "mon gars", il se tire une balle dans le pied», estime Yassine Belattar

INTERVIEW L’humoriste, qui était jeudi l’invité de « L’Emission politique, la suite » sur France 2, explique pourquoi il n’a pas apprécié l’attitude de Bernard Kouchner à son égard…

Propos recueillis par Fabien Randanne

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Bernard Kouchner, Clémentine Autain et Yassine Belattar sur le plateau de «L'Emission politique, la suite», sur France 2, le 30 novembre 2017.
Bernard Kouchner, Clémentine Autain et Yassine Belattar sur le plateau de «L'Emission politique, la suite», sur France 2, le 30 novembre 2017. — Capture d'écran France 2
  • Jeudi, dans « L’Emission politique, la suite », sur France 2, Bernard Kouchner a tutoyé Yassine Belattar et lui a lancé « Je fais ce que veux, mon gars ».
  • Sur Facebook, l’humoriste a expliqué pourquoi il n’avait pas apprécié cette « condescendance ».
  • Yassine Belattar a déclaré à « 20 Minutes » qu’il avait accepté de participer à plusieurs débats sur des sujets politiques car « les artistes ont tellement déserté le combat des idées que les polémistes ont pris le pouvoir ».

« Je fais ce que je veux, mon gars […], je voudrais te répondre… », a lancé Bernard Kouchner à Yassine Belattar jeudi dans L’Emission politique, la suite sur France 2. « Pourquoi vous me tutoyez ? C’est fini la colonisation », lui a rétorqué l’humoriste et animateur de Radio Nova.

Quelques instants plus tard, sur Facebook, l’artiste a expliqué son indignation. « Nos parents ont été humiliés toute leur vie d’ouvriers. Cette condescendance […] confirme que le combat est loin d’être terminé. Je me couche donc en me disant que la décolonisation de l’Afrique est avérée mais que celle des esprits ne fait que commencer », a-t-il écrit. Ce vendredi, Yassine Belattar a accepté de revenir sur cette séquence pour 20 Minutes. L’occasion d’évoquer également les autres débats politiques auxquels il a pris part ces dernières semaines.

Vous avez répondu au tutoiement de Bernard Kouchner dans L’Emission politique la suite et avez ensuite continué à mettre les points sur les i sur Facebook. Pour être sûr que le message passe ?

Ce n’est pas le tutoiement qui est gênant – j’ai le tutoiement facile -, mais la manière, le fait qu’il soit utilisé à des fins humiliantes. Pour les enfants d’immigrés, le tutoiement, c’est toute une histoire, il y a une volonté d’infantiliser. Mais, plus largement, cette attitude sous-entend que les plus jeunes n’auraient pas le droit au respect. Quand Bernard Kouchner me dit « mon gars », il se tire une balle dans le pied, et c’est davantage pour lui que c’est préjudiciable. Cela témoigne d’une forme de condescendance de la gauche qui fait qu’elle n’est plus au pouvoir aujourd’hui : « On sait mieux que tout le monde, tu ne sais rien. » L’Emission politique est plutôt calme généralement. Là, on a entendu le public réagir, comme s’il signifiait à Bernard Kouchner : « Non, on ne dit plus ça aujourd’hui. »

Les réactions à votre passage sur France 2 ont aussi été nombreuses sur les réseaux sociaux. Même Véronique Genest y est allée de son tweet vous qualifiant de « définitivement insupportable et agressif »…

C’est pareil, c’est une forme de mépris. Sa carrière a décliné alors qu’elle était allée trop loin dans ses déclarations [elle a notamment déclaré « Peut-être que je suis islamophobe, comme beaucoup de Français »]. Véronique Genest, c’était l’idole de la France dans ma jeunesse, aujourd’hui, elle en est réduite à faire des polémiques sur Twitter. Bernard Kouchner, Véronique Genest, c’est une génération qui est confrontée à une autre génération, la mienne, qui a d’autres valeurs et qui veut m’écarter du débat. Résultat, je reçois des tonnes de messages de la fachosphère qui essaye de trifouiller tous mes tweets depuis des années. Mais je suis bien dans mes baskets, à l’aise dans mes positions. Tout comme je le répète dans mon spectacle [Ingérable, joué les lundis soirs au Théâtre de l’Atelier à Paris], je suis dans le « vivre ensemble ».

Vos détracteurs vous disent proche du PIR (Parti des indigènes de la république) et du CCIF (Collectif contre l’islamophobie en France)…

C’est faux. Je ne suis ni membre du CCIF, ni du PIR. J’ai animé le gala du CCIF en 2015, alors qu’elle n’était pas une organisation de premier plan. Dans mon discours, je disais que j’étais là « en tant que républicain et non en tant que musulman ». Cela s’arrête là, je ne participe pas aux réunions du CCIF, j’ai toujours refusé d’y adhérer et il m’est arrivé d’avoir des désaccords avec eux sur certains sujets. Je ne comprends pas les gens qui pensent que cela engendre immédiatement une amitié et une proximité.

Vous disiez que vous étiez la cible des critiques de la fachosphère. Vous n’êtes pas épargné non plus par des membres du Printemps républicain, plutôt marqué à gauche. Selon vous, pourquoi cristallisez-vous des réactions aussi vives des deux côtés du prisme politique ?

Parce que ça les rend dingues que des rebeus, des feujs, des gays traînent ensemble et le vivent bien. Que l’on puisse être non pas des communautés mais la communauté. Le Printemps républicain a sa vision de la laïcité et dit : « C’est comme ça et pas autrement. » Ils n’ont pas d’arguments. Tous ces gens-là ont des contentieux personnels à régler. La France, ce n’est pas les uns contre les autres, mais les uns avec les autres. S’ils veulent créer des guerres civiles, ça n’engage qu’eux. Après est-ce que ça saccage mes journées ? Oui, d’une certaine manière, parce que quand je me connecte aux réseaux sociaux, je suis harcelé d’insultes.

Ces dernières semaines, ont vous a vu notamment sur LCI pour parler du 13-Novembre, sur BFMTV au sujet de la polémique entre Mediapart et Charlie Hebdo ou jeudi dans L’Emission politique, la suite sur France 2… Pensez-vous être un porte-voix des musulmans de France ?

Je ne me suis jamais considéré comme une voix des musulmans. Je ne peux pas faire ce que je reproche à [l’imam Hassen] Chalghoumi. Je suis un papa, un artiste et un citoyen. Je ne représente personne d’autre que moi – cela devrait être valable pour toutes les personnes invitées à des émissions – et je mets beaucoup d’humilité là-dedans. Peut-être que l’on fait appel à moi parce que ça ouvre une perspective dans le débat. J’apprécie cet exercice, non parce que ça me plaît – je préférerais passer du temps avec mes enfants – mais pour faire savoir que ce n’était pas parce qu’on ne dit rien qu’on est d’accord. Les artistes ont tellement déserté le combat des idées que les polémistes ont pris le pouvoir.