Louvre Lens: Le pari culturel n’a pas eu l’incidence économique escomptée

ANNIVERSAIRE Après cinq ans d’existence, le Louvre-Lens tire un premier bilan de son fonctionnement et de son influence régionale…

G.D. avec AFP
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Lens, le 9 déecembre 2012. Pour la première fois, le musée du Louvre-Lens accueillait les visiteurs pendant 30 heures non-stop.
Lens, le 9 déecembre 2012. Pour la première fois, le musée du Louvre-Lens accueillait les visiteurs pendant 30 heures non-stop. — M.LIBERT/20 MINUTES
  • Le Louvre Lens a accueilli environ 2,8 millions de visiteurs depuis cinq ans.
  • La Galerie du Temps est finalement restée gratuite.
  • Lens n’a pas connu l’essor économique de Bilbao avec le Guggenheim.

Les attentes étaient immenses, les retombées cinq ans plus tard le sont moins. Le Louvre-Lens, qui fête son anniversaire, a réussi le pari de la démocratisation culturelle dans un territoire frappé par la pauvreté, mais peine encore à stimuler l’économie locale.

Ancien carreau de mine

Le petit frère du Louvre, dont le site avait été choisi dès 2004 et aura nécessité 200 millions d’euros, célébrera les cinq ans de son inauguration le 4 décembre, jour de la fête des mineurs.

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Cet élégant et lumineux musée de verre et d’aluminium bâti sur un ancien carreau de mine (terrain ou est installé le puits) a accueilli 2,8 millions de visiteurs, après un pic à 870.000 en 2013 avant de se stabiliser autour de 450.000 par an. Soit la 3e fréquentation d’un musée en province, derrière le Mucem (Marseille) et Confluences (Lyon).

Peinture polonaise à l’honneur

« L’enjeu était de capter un public plus difficile à attirer, pas forcément le plus aisé ni le plus riche, et local, sans abaisser le niveau d’exigences. Nous avons marqué des points », se félicite la directrice Marie Lavandier, qui prépare des expositions sur la peinture polonaise et la couleur noire en hommage aux « gueules noires ».

Plus de 83 % des visiteurs sont français, en majorité de la région, et environ 18 % sont ouvriers et employés, selon le musée.

Lens, le 9 decembre 2012. Pour la premiere fois, le musee du Louvre-Lens accueillait les visiteurs pendant 30 heures non-stop. Ici, les visiteurs etaient tout de meme nombreux entre deux et quatre heures du matin dans la nuit de samedi a dimanche.
Lens, le 9 decembre 2012. Pour la premiere fois, le musee du Louvre-Lens accueillait les visiteurs pendant 30 heures non-stop. Ici, les visiteurs etaient tout de meme nombreux entre deux et quatre heures du matin dans la nuit de samedi a dimanche. - M.LIBERT/20 MINUTES

La Galerie du Temps, immense espace en longueur retraçant 5.000 ans d’histoire, n’est finalement jamais devenue payante. « Ce serait en contradiction flagrante avec l’enjeu de démocratisation culturelle », justifie Marie Lavandier, citant une étude selon laquelle un tiers de ses visiteurs ne seraient pas venus en cas de tarification.

« Les visiteurs ne restent pas à Lens »

Un pari financier : avec un budget de 15 millions d’euros, dont 2,5 millions d’euros d’autofinancement, le musée doit trouver un équilibre, le reste étant subventionné par les collectivités locales.

Mais avec seulement 17 % de visiteurs étrangers, de surcroît originaires principalement du proche Benelux, l’incidence sur l’économie locale reste limitée : « Non seulement il n’y a pas de visiteurs étrangers, mais ils ne restent pas à Lens », relève-t-il.

Selon un rapport de l’urbaniste Jean-Louis Subileau, Arras et Lille, hors de l’ex-bassin minier, sont les principaux bénéficiaires des retombées hôtelières.

L’exemple de Bilbao

La directrice de la mission bassin minier, Catherine Bertram, estime cependant que « le Louvre a été un catalyseur ». « On ne peut pas dire qu’on a repeint en rose les volets des cités minières, mais on a des signaux positifs », insiste-elle, rejetant la comparaison avec Bilbao, qui a pris un essor remarquable depuis l’installation du musée Guggenheim.

« Bilbao est une exception », confirme Jean-Michel Tobelem, professeur associé à Paris-I, qui regrette néanmoins une incidence limitée sur l’économie locale et la localisation excentrée du musée. C’était pourtant la référence citée par L’ancien président (PS) de Région, Daniel Percheron, pour justifier l’énorme investissement de la collectivité locale dans ce projet.

Certains signes incitent toutefois à l’optimisme : des guides touristiques sur le Louvre-Lens et le bassin minier ont vu le jour, un hôtel 4 étoiles est prévu en 2019, tout comme le pôle de conservation de 250.000 œuvres du Louvre, à Liévin, tout près du musée.