Une cérémonie qui a sonné creux

Benjamin Chapon - ©2008 20 minutes

— 

La Victoire en déchantant. A l'image d'une cérémonie ratée dans un contexte de marché du disque en crise, artistes et professionnels du disque faisaient grise mine en coulisses des Victoires de la musique, samedi soir. « Cette année, on a voté sans y penser, par mécanisme, on n'avait pas la tête à ça », confiait un employé de maison de disques. Diam's, nommée cinq fois et repartie bredouille en 2007, comme cette année, a glacé l'ambiance dès le début de la cérémonie en lançant, après une interprétation habitée de Ma France à moi : « Je ne connais pas l'avenir de mon prochain disque, ce sont peut-être mes dernières Victoires. »

Le public, qui votait pour deux victoires, a quand même fait deux heureux. Christophe Willem (chanson de l'année), à qui le suffrage universel réussit deux ans après sa victoire à la « Nouvelle Star », et Chris­tophe Maé (artiste révélation) représentent une génération d'artistes révélés en accéléré par des émissions de télé ou des comédies musicales à gros budget. A l'inverse, les artistes élus au suffrage censitaire, Etienne Daho (album pop-rock), Vanessa Paradis (album variété et artiste féminine) et même Renan Luce (album révélation et révélation scène), sont de la vieille école, avec des carrières classiques ou au long cours qui rassurent le monde du disque sur ses capacités à découvrir, faire émerger et durer des artistes. Dans la tourmente, les profession­nels ont voté franchement conservateurs en élisant Michel Polnareff (spectacle-tournée) ou MC Solaar (musiques urbaines).

Heureusement, l'industrie du disque n'est pas passée à côté du déjà multiprimé et chevalier des Arts et Lettres, Abd Al Malik. Le nouveau Jacques Brel le lui a bien rendu en remerciant : « Les majors, les indépendants, les artistes, tout le monde... » Malgré ce beau discours, les patrons de majors présents ne prenaient même plus la peine d'afficher des sourires de façade. Seule lauréate visiblement ravie, Yael Naïm (album musiques du monde) était l'unique gagnante issue d'un label indépendant, avec un disque enregistré artisanalement. Son précédent disque, sorti chez une major, avait fait un four.