Laurent Baffie: «C’est compliqué de se dire féministe quand on a écrit le "Le lâcher de salopes"»

HUMOUR L'auteur et humoriste Laurent Baffie sort un livre de petites annonces sur le modèle de celles de Pierre Dac...

Benjamin Chapon

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Laurent Baffie lors de la 4eme édition de la Nuit de la Déprime organisée aux Folies Bergère le 20 février 2017
Laurent Baffie lors de la 4eme édition de la Nuit de la Déprime organisée aux Folies Bergère le 20 février 2017 — SADAKA EDMOND/SIPA

Quand il n’est  pas à la télé, Laurent Baffie écrit des livres. Environ un tous les deux ans. Son dernier en date s’intitule Mes petites annonces : drôles, poétiques, ou franchement limites (édition Kero). Toujours sous la forme courte qu’il apprécie tant dans ses interventions à la télévision, il livre aphorismes et bons mots dans un vaste registre humoristique allant du graveleux au poétique.

Témoin de l’époque par le prisme de la lucarne télévisuelle où il apparaît chaque samedi dans l’émission de Thierry Ardisson, Salut les Terriens !, Laurent Baffie apprécie le recul que lui offrent ces moments d’écriture.

Ces petites annonces ressemblent beaucoup à ce que vous faites à la télévision : l’art du bon mot.

Absolument, c’est la même chose, la même mécanique. Sauf que dans le livre, c’est moi qui choisis les thèmes, je ne dépends pas d’un contexte. Si c’est nul, c’est complètement de ma faute.

Comment écrivez-vous ? Ces petites annonces vous viennent aussi spontanément qu’à la télé ?

Ça dépend. Certaines me sont venues très vite, d’autres sont plus laborieuses. J’écris quand j’ai le temps. C’est une compilation de deux ans de travail même si cet été j’ai mis un bon coup de collier. J’emmène toujours des devoirs en vacances. Mais sinon, j’essaye d’en écrire régulièrement. Je note quand une idée me vient puis je peaufine, je retravaille. C’est la différence avec ce que je fais à la télé. Je suis toujours sur le sens de la formule mais je n’ai pas l’injonction de l’immédiateté. Je peux me relire et me faire relire. Pour ce bouquin j’ai dû écrire plus de 1000 petites annonces pour n’en garder que 500.

A creuser ce filon, êtes-vous parfois à court d’idées ?

Il y a des périodes ou je suis sec, c’est vrai. Mon truc, c’est de lire des listes de mots dans les dictionnaires, de citations ou autre. Je lis beaucoup et il y a toujours un mot qui provoque le déclic.

Vous commencez à avoir une longue expérience de cette forme-là. Ça vous vient plus facilement qu’à vos débuts ?

Je ne sais pas. Peut-être. C’est toujours du travail. Les gens ne se rendent pas forcément compte du boulot que ça réclame de faire un bouquin. A la télé c’est différent, il ne faut pas que j’ai l’air d’avoir bossé, sinon ça ne marche pas.

Pourquoi avoir dédicacé ce livre à Pierre Dac ?

C’est l’inventeur et le maître du genre. Jusque-là, je m’étais censuré, je ne voulais pas ou n’osais pas écrire un bouquin de petites annonces par respect pour Pierre Dac. Mais j’ai senti que c’était le moment, j’ai eu le déclic.

La forme courte ne vous lasse pas ?

Dans le livre, j’ai écrit une petite annonce qui fait quatre ou cinq pages, comme une nouvelle. J’essaye un truc. Des romans, j’en ai commencé plusieurs mais pour me lancer vraiment il faudrait que je trouve un sujet qui en vaille la peine. Je suis inhibé par les grands auteurs. Je ferai peut-être un roman un jour mais je ne veux pas ajouter un mauvais livre à tous ceux qui sortent chaque année.

Vous êtes bien placé pour savoir qu’il est difficile de défendre un livre à la télévision…

Si je suis invité, au moins je ne serai pas là pour me couper la parole.

Aimeriez-vous parfois aller au-delà du bon mot ?

A la télé, je fais de la satire. Avec mes interventions, même courtes, je dis des choses sur mes marottes comme l’écologie ou la zoologie mais je ne suis pas un pamphlétaire ni un philosophe. Je préfère lire les spécialistes que me faire passer pour un d’eux.

Après votre geste à l’antenne avec Nolwenn Leroy, dont vous vous êtes excusés, vous avez exprimé le regret d’avoir perdu toute crédibilité pour défendre la cause des femmes. Vous vous considérez comme un féministe ?

C’est compliqué de se dire féministe quand, comme moi, on a écrit le spectacle Le lâcher de salopes avec Jean-Marie Bigard… Mais j’ai toujours été un militant secret de la lutte contre les violences faites aux femmes et pour l’égalité. Si je m’engageais publiquement je prendrais le risque qu’on parle plus de moi que de la cause.

Militer, c’est tout de même prendre position publiquement…

Cette blague avec Nolwenn, j’aurai vraiment dû m’abstenir. J’aurai fait l’économie d’un buzz nuisible. Tout ce que je peux faire aujourd’hui c’est me réjouir de ce qui se passe dans les dénonciations de harcèlement. La peur va changer de camp et c’est formidable.