VIDÉO. Booba se taille un «Trône»... Ses featurings l'adoubent

RAP Le rappeur sort un neuvième album studio, « 20 Minutes » a essayé de dresser le portrait de Booba à travers les featurings de sa discographie…

Benjamin Chapon

— 

Booba sort un nouvel album, Trône, le 1er décembre 2017
Booba sort un nouvel album, Trône, le 1er décembre 2017 — Nicolas Rivals
  • Dans son nouvel album, « Trône », Booba n’invite que quatre artistes.
  • Au cours de sa carrière, le rappeur a varié sa politique de featurings.
  • Après avoir longtemps invité des stars américaines ou des proches, il privilégie désormais les jeunes rappeurs de son label.

Les fous du roi ne sont-ils pas les plus légitimes pour dresser le portrait du souverain ? Trône, le nouvel album de Booba sort vendredi 1er décembre, soit avec quinze jours d’avance par rapport à la date prévue. A cause d’une fuite ? Peu importe.

Alors que les fans du Duc pourront (légalement) découvrir ce 9e album studio, Booba lui-même en a dévoilé le tracklisting, et donc les featurings, il y a quelques jours. Contrairement à ce que son post Instagram du mois d’octobre pouvait laisser entendre, il y a trois featurings sur cet album. Longtemps, Booba a eu l’habitude de faire entre cinq et sept titres avec des featurings. Sur Nero Nemesis, sorti en 2015, ils n’étaient déjà plus que quatre.

>> A lire aussi : Niska, nouvel avatar des rappeurs qui glorifient la valeur travail

Si on rentre dans le détail, les invités du Trône sont les suivants. Gato est un habitué. Le rappeur haïtien apparaissait déjà sur Nero Nemesis, D.U.C. et Futur. Niska, qui avait invité Sidiki Diabaté sur son premier album, retrouve le joueur de kora malien, sur Ça va aller, sur l’album de Booba, son mentor et producteur. Enfin, Damso, également issu de l’écurie 92i, collectif créé par Booba, et, avant son explosion cette année avec l’album Ipséité, était déjà apparu sur le morceau Pinocchio sur Nero Nemesis. Pour ceux qui suivent de près le travail de Booba ces dernières années, ces invités ne sont pas des surprises.

Des stars et des potes

En observant les featurings sur quinze ans de discographie de Booba, on découvre que le rappeur a, peu à peu, fait évoluer sa stratégie. A ses tout débuts, sur son premier album, Temps mort, il invite ses potes de Boulogne-Billancourt, Nessbeal, Mala ou Ali, ex de Lunatic. Puis, Booba se fait une spécialité de réussir à inviter des pointures américaines sur ses albums, se taillant peu à peu la réputation de seul rappeur français ayant un écho aux Etats-Unis. Il a commencé « petit », avec Wayne Wonder et Akon, chanteur R’n’B alors au sommet de sa gloire. Sur Lunatic, il rappe en duo avec Ryan Leslie puis Diddy sur le titre Caesar Palace.

En 2012, l’album Futur, avec ses cinq featurings, est une parfaite synthèse de la politique passée et à venir des invitations par Booba. Avec Rick Ross et 2 Chainz, il a ses stars internationales. Avec Gato, il a la touche jamaïcaine qu’il apprécie tant. Avec Mala, qui fait son retour après huit ans d’absence, il a la connexion Boulogne-Billancourt. Et avec Kaaris, il a la jeune pousse dénichée par ses soins et produit via 92i. Le rappeur de Sevran en garde un souvenir fort mais si, aujourd’hui, les deux hommes sont fâchés et s’affrontent régulièrement au travers de clashs : « Ma carrière a vraiment décollé après Kalash, puis mon premier album. Booba m’a donné ma chance, je ne l’oublierai jamais. Mais moi, cette chance, j’ai su la saisir. Je ne me suis pas écrasé, j’ai assuré comme il fallait. Sur cet album, on était nombreux et c’est mon couplet que les gens ont remarqué. »

Le cas Kaaris

S’il a, depuis, déclaré qu’il regrettait d’avoir accueilli Kaaris sur son album, Booba a continué à inviter des rappeurs qu’il soutient sur ses albums. Le dernier en date reste Damso. Alors qu’il est, avant la sortie de Trône, l’artiste ayant vendu le plus d’albums en 2017, le rappeur belge explique qu’il n’aime pas trop le principe du featuring pour ses propres disques : « Je dois présenter mon travail, mon univers, qui est assez particulier. Je ne veux pas perdre les gens, je veux qu’ils s’habituent à moi, à ma voix, mes mots. Ce n’est pas de la prétention si je n’invite pas Booba sur mon album, c’est juste une décision artistique qu’il comprend très bien. »

>> A lire aussi : Damso, le nouvel intello du rap game assume sa vulgarité

Damso estime en revanche que ses apparitions sur les albums et mixtapes de Booba sont parfaitement justifiées : « Je trouve qu’on va bien ensemble parce que lui et moi, on ne ressemble à personne. C’est ça qui nous rapproche. On n’a pas du tout le même rap, même si tu peux toujours trouver des points communs. »

Des jeunes reconnaissants et reconnus

Niska, qui a lui aussi sorti un premier album cet automne, apparaît sur Trône. Une forme de consécration pour le jeune rappeur qui attendait depuis plusieurs années d’exploser auprès du grand public et a signé le tube de l’été avec Réseaux. Niska explique que le travail avec Booba coulait de source : « On partage beaucoup de choses mais avant tout le goût pour le travail bien fait. Comme lui, j’aime être discret pour me concentrer sur le boulot. Ce qui m’intéresse, c’est de faire des bons morceaux. Je suis très fier d’être associé à lui, qu’il m’ait remarqué. »

Quand on évoque le cas Kaaris, Niska botte en touche et préfère « ne pas se mêler de ça. Je ne veux pas profiter de la popularité de Booba pour me faire de la pub, c’est pas ça le truc. Tout ne tourne pas autour de l’esprit de compétition. Un featuring permet de donner du relief à un morceau. C’est pas un concours, on est tous là pour faire un bon rap. »

Siboy, autre jeune rappeur « lancé » par Booba avec un featuring sur Nero Nemesis, constate que le Duc peut « tout se permettre. Il lance ou relance des gens, il invite des pointures du reggaeton, il continue à travailler avec ses potes… C’est la preuve de sa force. D’habitude, les rappeurs installés ont peur des featurings. Lui, personne ne lui fait de l’ombre, ses featurings enrichissent ses albums et n’entament pas son aura. »