Au Salon du livre de jeunesse de Montreuil, sept illustrateurs exposent leur vision de l'enfance

KIDS Les représentations de l’enfance et de l’adolescence sont exposées au Salon du livre de jeunesse de Montreuil qui s'ouvre ce mercredi. Benjamin Chaud, le papa de Pomelo, nous sert de guide...

Caroline Delabroy

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L'exposition Face à Face présente notamment le travail de l'illustratrice italienne Mara Cerri.
L'exposition Face à Face présente notamment le travail de l'illustratrice italienne Mara Cerri. — Mara Cerri, Frank Baum I LIBRI DI OZ, Einaudi 2017

Et si représenter l’enfance était la chose la plus belle et la plus mystérieuse qui soit ? Pour sa 33e édition, du 29 novembre au 4 décembre, le Salon du livre jeunesse de Montreuil ( Seine-Saint-Denis) s’empare de cette riche thématique et propose, à travers l’exposition « Face à face », une plongée dans l’univers de sept illustrateurs européens.

« J’ai passé un temps fou à m’entraîner à représenter l’enfant », sourit Benjamin Chaud, l’un de ces illustrateurs, venu au livre jeunesse par le hasard des rencontres - aux Arts Déco de Strasbourg, son registre était plutôt celui de la BD autobiographique en noir et blanc. La couleur occupe aujourd’hui une place importante dans son travail, à l’image de son fameux Pomelo rose ou des foisonnants décors des Petits Marsus, savoureuse et tendre réinterprétation du Marsupilami de Franquin, parue chez Little Urban le 13 octobre dernier.

« C’est un métier qui me tient relié à l’enfant que j’étais »

L’autobiographie, elle, ne reste jamais très loin. Le petit Benjamin Chaud se retrouve dans le pull tricoté main que Georgia porte dans Georgia, tous mes rêves chantent (Gallimard Jeunesse) et le côté mi-doudou mi-cartoon des rêves est inspiré des personnages de Sesame Street qui le fascinaient enfant.

Le trait se fait peut-être plus personnel encore dans Le Pire Anniversaire de ma vie et surtout Adieu Chaussette(éd. Hélium), également exposés à Montreuil. « Le petit garçon me ressemble assez quand j’étais petit, relève-t-il. Un enfant voit son propre intérêt comme l’intérêt général. Si c’est bien pour lui, c’est bien. J’étais comme ça, on apprend à s’ouvrir aux autres, c’est un apprentissage. »

Benjamin Chaud a signé les illustrations du conte musical Georgia, tous mes rêves chantent.
Benjamin Chaud a signé les illustrations du conte musical Georgia, tous mes rêves chantent. - Benjamin Chaud, Georgia, Gallimard jeunesse, 2016

« C’est un métier qui me tient relié à l’enfant que j’étais, poursuit Benjamin Chaud. Je me demande toujours ce que j’aurais aimé lire à cet âge-là. J’essaie que mes personnages soient touchants, expressifs. Au-delà de les représenter, j’aime cette idée de transmettre les émotions, que l’enfant arrive à éprouver quelque chose en regardant le dessin. »

Des personnages qui ont gagné en autonomie et créativité

Comment le trait, l’univers, la technique d’un illustrateur traduisent-ils sa vision de l’enfance ? Cette question constitue le fil rouge de l’exposition, qui nous emmène bien loin des premières figures de la littérature jeunesse, d’abord orientées vers la morale et la pédagogie avant de s’émanciper et de gagner en créativité au fil du temps. L'exposition célèbre à ce titre les anniversaires de quelques-uns des précurseurs, Tom-Tom et Nana (40 ans) et Titeuf (25 ans), héros insubmersibles à l’impertinence et l’humour bien trempés.

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« Les personnages du livre jeunesse fonctionnent aujourd’hui comme des miroirs de l’enfance et de l’adolescence, confie Sylvie Vassallo, directrice du Salon de Montreuil. C’est une littérature dans laquelle les enfants sont complices, s’engagent, se reconnaissent malgré la diversité des représentations. Et le fait que ce soit beau et exigeant n’empêche pas du tout que ce soit populaire. »

Pour de nombreux visiteurs, l’étonnante technique d’Annabelle Buxton, le style vif et coloré de l’illustratrice espagnole Carmen Segovia ou encore l’atmosphère très forte de l’œuvre de  Mara Cerri, remarquée pour son travail sur le premier texte jeunesse d’Elena Ferrante, La Plage dans la nuit, seront des découvertes.

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Le grand public sera sans doute en terrain plus connu avec Benjamin Chaud, Beatrice AlemagnaDelphine Bournay ou encore  Audrey Calleja, pour qui « dessiner un enfant, c’est inscrire un personnage dans un lien direct avec le quotidien ».

Les émotions de l’enfance

L’exposition invite également à ressentir les émotions de l’enfance, l'ennui, la colère, la déception, la joie... avec l’installation, en forme de mise en abîme, conçue autour du très bel album sans texte ni parole de Blexbolex, Nos Vacances (Albin Michel Jeunesse). « Le décor plonge le visiteur à l’intérieur de l’histoire », détaille Sylvie Vassallo, pour qui le thème du salon offre, plus largement, la possibilité d’interagir avec les personnages du livre jeunesse.

« Nous sommes toujours très attentifs à permettre aux enfants de faire des rencontres d’une grande qualité », affirme la directrice d’un Salon de Montreuil une nouvelle fois riche en rendez-vous et toujours gratuit pour tous les mercredi, jeudi et vendredi, l’entrée ne devenant payante que le week-end pour les adultes tout en restant gratuite pour les moins de 18 ans.