Angèle, l'onde pop venue du plat pays

MUSIQUE Drôle et sans prise de tête, la Bruxelloise de 21 ans commence à se faire un nom au-delà des frontières…

Clio Weickert

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La chanteuse pop Angèle
La chanteuse pop Angèle — ©Charlotte Abramow

« Waow, c’est la première fois que je fais un concert en mon nom, où les gens ont payé pour venir me voir ! » Converses aux pieds et sourire béat aux lèvres, à peine montée sur la scène du Botanique à Bruxelles, mercredi, Angèle ne cache pas sa stupéfaction. Après les cafés-concerts et les premières parties – du duo Ibeyi et de Damso —, la jeune Bruxelloise de 21 ans se produit désormais seule sur scène. Enfin presque. Son fidèle piano l’accompagne, et Roméo Elvis, son frère, n’est jamais très loin. Fier de sa « grande petite sœur », le rappeur poste une photo d’elle sur Instagram, et la rejoint sur scène, sous des applaudissements retentissants (hystériques), pour interpréter J’ai vu, le titre qu’ils ont composé ensemble.

« Avec mon frère, ça a été la guerre jusqu’à mes 16-17 ans, se remémore-t-elle en souriant auprès de 20 Minutes, mais depuis deux ans on est beaucoup plus proches. Il m’a soutenu depuis le départ, et maintenant on évolue ensemble, dans le même milieu, en même temps, on côtoie les mêmes gens, nous sommes complices, c’est un rapport que je n’ai avec personne d’autre ». Alors que Roméo Elvis cartonne dans le hip-hop, Angèle choisit la pop. Et depuis quelques semaines, tout s’emballe : un premier clip cartonne sur YouTube, des dates individuelles s’offrent à elle. Il faut dire qu’avec sa voix légèrement éraillée, son autodérision et ses déhanchés hors du commun, Angèle a pas mal de cartes en main.

Un entourage de qualité

Fille du chanteur belge Marka et de la comédienne Laurence Bibot, Angèle a cette chance de baigner dans les domaines de la musique et de la scène depuis toute petite. « Au moment de mes études, j’hésitais entre psycho et histoire, explique-t-elle, puis ma mère m’a demandé, "mais qu’est-ce que tu aimes vraiment ?" ». Elle suit alors des études de jazz à Anvers, et prend des cours de chant. Pendant deux ans, elle accompagne également son père en tant que pianiste. Et très vite, Angèle se rend à l’évidence, c’est sur scène qu’elle veut être. « Finalement ça ne m’excitait pas tellement de devenir pianiste, reconnaît-elle, j’avais envie de plus, d’écrire, et petit à petit j’ai organisé des concerts. Les gens ont vite répondu présent, les portes se sont ouvertes, j’ai foncé ».

Privilégiée, Angèle ? « Grâce au soutien de ma famille, je n’ai pas eu peur de me lancer là-dedans. Oui, c’est sûr que j’ai un atout de fou par rapport à d’autres, mais ça reste mon travail et celui de mon équipe, mes parents n’y sont pour rien, tout n’était pas écrit ». Et du haut de ses 21 ans, la jeune femme a déjà une personnalité bien affirmée et haute en couleurs.

La Lily Allen Belge ?

« Je la vois comme une future grande star, estime Max Meli, producteur, et manager de son frère Roméo. Elle est super talentueuse, rigolote… Elle a vraiment tout, et elle a bien compris comment rendre sa musique accessible à tout le monde. » Fan d’Hélène Ségara (« la number one de toute mon enfance, personne n’a jamais compris pourquoi »), et inconditionnelle du jazz d’Ella Fitzgerald, Angèle fait de la pop, « un peu jazzy et urbaine, mais ça reste de la pop », précise-t-elle. Léger et catchy, son premier titre, La loi de Murphy, raconte une journée « qui part en couilles », dixit les paroles, celle qui enchaîne les galères, de la tartine qui tombe du mauvais côté, au « solde insuffisant » au distributeur automatique.

Les thématiques d’Angèle ? L’amour, le quotidien, la thune ou encore la flemme. Certains la comparent d’ailleurs déjà à l’anglaise Lily Allen. « Il y a un peu de vrai, reconnaît-elle, peut-être pour ses côtés spontanés et insolents. C’est une fille pas provoc, mais pas sage non plus, et qui parle de plein de sujets avec légèreté ». Sans oublier l’humour.

Drôle et sans prise de tête

« C’est une fille cool, elle est drôle, c’est comme son frère, c’est de famille, ils ont une petite étincelle dans leurs cerveaux, une petite lampe qui clignote », expliquent les rappeurs Caballero et JeanJass, avec qui Angèle a collaboré sur la chanson Ma Story. Il est vrai que la jeune femme à un sens de l’humour certain, et mieux encore, un max d’autodérision. « Je crois que c’est important de prendre du recul, du second degré, admet-elle, et j’aime aussi l’idée qu’on comprenne directement de quoi il s’agit, que ce soit immédiat et sans prise de tête. »

Et c’est bien là qu’Angèle excelle, quand elle se lâche, dans ses clips ou sur scène, et ce malgré le stress. Une vraie bouffée d’air frais dont on risque très probablement de parler l’an prochain, à la sortie de son tout premier album. En attendant, le public français pourra notamment la découvrir à Paris à la Gaîté-Lyrique, dimanche, à l’occasion des Inrocks Festival. Oubliez « la petite sœur de », Angèle, la rafraîchissante tornade belge, approche.