Personnages, crapotage et filtres coupés... Des acteurs racontent comment ils fument sur les tournages

CINEMA Alors que la ministre de la Santé a assuré qu’elle ne voulait pas interdire la cigarette sur les films français, « 20 Minutes » a demandé à des acteurs de lui parler de leur rapport à la clope sur les tournages…

Fabien Randanne

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Gaspard Ulliel et Louis Garrel dans «Saint Laurent» de Laurent Bonello.
Gaspard Ulliel et Louis Garrel dans «Saint Laurent» de Laurent Bonello. — MANDARIN CINEMA - EUROPACORP – ORANGE STUDIO – ARTE FRANCE CINEMA – SCOPE PICTURES / CAROLE BETHUEL
  • Mardi, la ministre de la Santé a coupé court à la polémique en assurant qu’elle n’avait jamais envisagé de demander l’interdiction de la cigarette dans les films français.
  • « 20 Minutes » a demandé à trois jeunes acteurs, Alice Barnole, Arthur Dupont et Jean-Baptiste Shelmerdine, de lui expliquer à quoi pouvait leur servir cet accessoire dans leur travail.

Ouf, entre deux taffes, le cinéma français respire. La ministre de la Santé Agnès Buzyn a assuré mercredi qu’elle n’a jamais envisagé d’interdire les cigarettes dans les films. Une nouvelle rassurante pour le 7e art tricolore qui n’est pas prêt à se sevrer de nicotine. 80 % des longs-métrages made in France les plus vus entre 2005 et 2010 montraient des objets liés au tabac, souligne une étude Ipsos.

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Avec ou sans filtre, cigare ou cigarillo, rien de plus banal sur nos grands écrans que de s’en griller une. 20 Minutes a voulu savoir comment les principaux concernés, les acteurs, appréhendaient cet accessoire si sulfureux…

« A partir du moment où on fait les choses dans la vie, il faut les faire à l’écran. On ne peut pas tout passer à la moulinette du politiquement correct », affirme d’emblée Jean-Baptiste Shelmerdine. Le comédien vu au cinéma dans Potiche ou Halal police d’Etat et connu des téléspectateurs de TF1 comme le Alex de Nos chers voisins ajoute : « Comme dans la vie, un personnage peut fumer par habitude, par nécessité, l’utiliser comme un truc pour se calmer… »

« La cigarette ne doit pas pallier le manque de charisme d’un acteur »

Arthur Dupont (Bus Palladium, Maintenant ou jamais, L’Outsider, etc.) complète : « Si un personnage allume clope sur clope, cela dit quelque chose de lui. De même que, si une femme prend une pose langoureuse dans une scène, cela ajoute une poésie différente si elle fume. »

Alice Barnole, repérée dans L’Apollonide et Saint Laurent - dans lequel Gaspard Ulliel, dans le rôle-titre, fume beaucoup - de Bertrand Bonello, met en avant les « contextes » où la cigarette est primordiale : « Dans les années 1960 ou 1970, par exemple, il y avait de la fumée partout. Dans un film policier, c’est presque un accessoire indispensable. » Mais l’actrice reprend : « La cigarette ne doit pas pallier le manque de charisme d’un acteur. S’il fume à l’écran pour se donner une contenance, cela témoigne de la faiblesse de son interprétation ou du scénario. »

« Tu ne peux pas fumer à l’écran ! Tu ne peux pas faire ça ! »

Que le tabac soit non grata, ça arrive, mais plus rarement. « Je me souviens que, pour une fiction télé dont une scène ne fonctionnait pas, j’avais suggéré que mon personnage engage la conversation avec un autre en lui taxant du feu ou une cigarette. On m’a répondu : "Oh non ! Tu ne peux pas fumer à l’écran, tu ne peux pas faire ça !" Le petit écran, c’est un cadre plus propret », note Jean-Baptiste Shelmerdine qui sera au générique du premier épisode d’On va s’aimer un peu beaucoup, sur France 2, le 29 novembre. « Parfois, l’utilisation d’une cigarette dans une scène est totalement gratuite. Un acteur arrive sur le plateau en mode "Je peux fumer une clope, Michel ?. Ouais, vas-y, t 'embête pas !" », sourit Arthur Dupont.

Si l’on pense souvent à l’intérêt des ronds de fumées et des bouffées de nicotine et de goudron entre deux répliques en termes de rythme et de mise en scène, on songe peu au casse-tête des accessoiristes. « Selon l’époque à laquelle se déroule la scène, il faut utiliser telle ou telle marque, parfois couper les filtres et, au cas où il y ait plusieurs prises, toujours s’assurer que ce soit raccord. Cela fait perdre un temps fou », note Alice Barnole.

Des cigarettes particulières, pour les acteurs qui ne fument pas

Ne pas se soucier de la combustion fluctuante de sa sèche, cela arrangerait bien l’actrice, qui est en train d’arrêter de fumer pour de vrai. « Je galère tellement que je ne sais même pas comment ça va se passer si, pour un rôle, je dois cloper comme un pompier, s’amuse-t-elle. Bon, parfois, il suffit de l’allumer, on n’est pas obligé de tirer dessus. La fumée suffit à créer une atmosphère. »

Arthur Dupont, qui se décrit comme un « fumeur occasionnel » a la parade : « En cas de prises multiples, pour ceux qui ne veulent pas fumer, il y a les NTB. Ces cigarettes sans tabac sont très utilisées. C’est dégueulasse, ça a l’odeur des feuilles de chêne. » Et de conclure en plaisantant : « En revanche, pour un acteur gros fumeur, multiplier les prises, c’est pratique, ça lui évite de faire des pauses clope. »