«Les Reporters de la nuit»: La série documentaire de Netflix dans la roue des chasseurs de faits divers

SERIE En huit épisodes, la saison un des «Reporters de la nuit», mise en ligne vendredi, suit les nuit agitées des cameramen qui arpentent les rues de Los Angeles pour tourner des images choc à vendre aux télés...

Fabien Randanne

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Howard Raishbrook, l'un des principaux protagonistes de la série documentaire «Les Reporters de la nuit».
Howard Raishbrook, l'un des principaux protagonistes de la série documentaire «Les Reporters de la nuit». — Netflix
  • La saison 1 de la série documentaire « Les reporters de la nuit » est en ligne sur Netflix depuis vendredi.
  • Les huit épisodes suivent les pérégrinations nocturnes de plusieurs reporters locaux qui parcourent de nuit Los Angeles pour filmer des faits divers et vendre les images aux chaînes de télévision locales.
  • La série n’évite pas le sensationnalisme et titille le voyeurisme du spectateur. Mais elle est intéressante quand elle montre les méthodes de travail de ces « reporters » et leurs relations avec leurs concurrents.

Vous êtes peut-être l’un des 422.500 spectateurs qui ont vu Night Call dans les salles françaises en 2014. A moins que vous ne l’ayez rattrapé en vidéo ou à la télé. Quoi qu’il en soit, si vous avez regardé ce film, vous ne pouvez pas avoir oublié la performance hallucinante – et hallucinée – de Jake Gyllenhaal.

Il incarnait Lou, un cameraman qui se branchait sur les fréquences de la police de Los Angeles pour se rendre au plus vite sur les scènes de crimes ou d’accident afin de tourner des images qu’il revendait au prix fort aux chaînes de télé locales. Ses virées nocturnes se transformaient en trips cauchemardesques et l’antihéros finissait par vriller sérieusement. Euphémisme.

« Ce qu’on voit en une semaine, les gens ne le voient pas en une vie »

Les Reporters de la nuit, la nouvelle série documentaire de Netflix mise en ligne vendredi, investit cet univers des « stringers » (des « reporters locaux » en VF, mais le traducteur a opté pour « pigistes ») qui arpentent les rues et autoroutes de L. A. en quête du fait divers qui fera la une des bulletins d’actu du coin. Au fil des huit épisodes (20 Minutes a visionné les deux premiers), on suit les équipes des trois principales sociétés de productions engagées sur ce marché bien particulier :  On Scene TV, Loudlabs News et RMG News. Cette dernière s’enorgueillit notamment d’avoir « travaillé au côté de Jake Gyllenhaal dans le thriller Night Call »…

Dans la réalité, les chasseurs d’images sont – fort heureusement – bien plus sains d’esprits que le personnage campé par l’acteur. Mais leur quotidien est effectivement un festival du sordide : courses-poursuites, accidents de la route, incendies… « Ce qu’on voit en une semaine, les gens ne le voient pas en une vie », affirme l’un d’eux.

Les Enquête d’action (W9) et autres Appels d’urgence (NT1) bien de chez nous, c’est effectivement du Derrick à côté du sensationnalisme des Reporters de la nuit. Les cameramen approchent souvent sans difficulté des victimes d’un accident (les visages sont floutés) quand ce n’est pas une collision qui se produit en direct devant leur objectif.

« Deux victimes dans un accident de moto, ça fait les gros titres »

Les séquences les plus intéressantes ne sont pas celles qui titillent le voyeurisme du spectateur mais celles qui montrent les interactions contrastées de ces journalistes à l’éthique toute relative avec les forces de l’ordre et les services de secours ou qui nous renseignent sur leurs vocations. « J’ai dit à pas mal de gens récemment qu’ils se trompaient sur ce boulot. Ça n’a rien d’amusant, c’est difficile. Ce n’est pas juste conduire vite. (…) On doit donner notre version des histoires qui doivent être racontées », explique Howard Raishbrook.

La plupart disent être mus par leur désir d’informer et l’adrénaline. Tous ne sont pas des casse-cou – Howard, père de famille, confie qu’il lui arrive d’avoir peur. Et chacun a ses propres méthodes de travail, sa manière de « sentir » le potentiel des sujets. Il y a celui qui s’enthousiasme pour la composition de son cadre alors qu’il filme de la tôle froissée dans laquelle est piégée une automobiliste, celui qui explique que plus les flammes sont hautes, plus son sujet sera visuel et donc intéressant pour les télés, et celui qui sait quels sont les faits divers à privilégier. « Les accidents de moto, c’est comme les règlements de compte entre gangs : pour les infos, c’est pas exceptionnel. Mais si un accident de moto implique deux victimes, alors ça fait les gros titres », avance ainsi Scott Lane.

« Comment peut-on me dire : "Vous regardez les gens mourir sans les aider" ? »

Une fois les images en boîte, les « reporters de la nuit » les montent instantanément dans l’habitacle de leur voiture pour les faire parvenir au plus vite aux télés. Leur réactivité est primordiale car la concurrence est rude. Si un confrère est présent sur les lieux, celui qui aura le money shot, c’est-à-dire le plan qui fera la différence (la voiture qui passe devant la caméra lors d’une course-poursuite, un conducteur impliqué dans un carambolage qui passe un test d’alcoolémie…) et aura le plus de chances d’emporter la mise. Dans ce domaine où les ego sont à vif, il y a une dose de cynisme, car, au final, il s’agit d’un business – la série documentaire fait d’ailleurs le compte, sans préciser le montant de la transaction, des sujets vendus ou non par chacun.

Or, la plupart de ces stringers se révèlent plus humains qu’on peut le préjuger. « Comment les gens peuvent me dire "Vous regardez les gens mourir sans les aider !" ? », s’émeut Austin Raishbrooke, le frère de Howard. Après avoir vu Les Reporters de la nuit, personne ne pourra lui dire ça. Cependant, le montage fait figurer son acte héroïque à cheval entre le premier et le deuxième épisode. Pour entretenir le suspense. Le choc des images, toujours.