#balancetonporc: Le milieu du rap français est-il concerné?

SOCIETE On a demandé à des femmes qui évoluent dans le milieu hip-hop…

Dolores Bakela

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Les rappeurs Nekfeu et Booba.
Les rappeurs Nekfeu et Booba. — Bertrand Guay - Guillaume Baptiste - AFP
  • Théâtre, cinéma, mode… Tous les milieux semblent touchés par les scandales sexuels.
  • Depuis l’affaire Harvey Weinstein, les langues se délient pour dénoncer les hommes de harcèlement et d’agressions sexuelles.
  • « 20 Minutes » a tenté de savoir si le milieu du rap français était lui aussi touché.

#Balancetonporc, l’appel lancé par la journaliste Sandra Muller, à la suite des révélations sur le producteur-prédateur Harvey Weinstein, continue de faire des émules dans tous les milieux professionnels. Tous ? Vraiment ?

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Dans la musique, aux Etats-Unis, quelques têtes sont tombées à l’image de l’un des musiciens de Marilyn Manson. Alice Glass, la chanteuse du groupe Crystal Castles, a également témoigné et accusé de viol un autre membre du groupe, Ethan Kath, dans un billet glaçant publié sur son site. Ce dernier a démenti et a, depuis, porté plainte pour diffamation. Cette semaine, au moins quatre femmes ont accusé Sean Carlson, créateur du festival FYF, d’agressions sexuelles. L’homme a, par la suite, été licencié par le promoteur Goldenvoice.

En France, le silence radio est quasi total. Et dans le monde de la musique, le rap, souvent accusé de sexisme à cause des textes et des clips, souffre d’une sorte de présomption de culpabilité. Ingénieure du son, mais aussi rappeuse et beatmakeuse, Just LX évolue dans ce milieu très masculin.

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« J’ai plus eu affaire aux attitudes déplacées des rockeurs, des artistes pop, voire de cadres de maisons de disques », affirme celle qui a vécu bien plus d’agressions et harcèlements sexuels dans sa vie personnelle que dans sa vie professionnelle. Elle raconte par exemple s’être déjà retrouvée seule en studio avec Booba, un artiste « respectueux et réservé ».

Sexiste, en apparence

Pour la journaliste Juliette Fievet, le rap est montré du doigt pour de mauvaises raisons. « Il y a un mépris de classe et un manque de considération pour le rap. Il suffit d’écouter certains textes de Gainsbourg pour se rendre compte qu’on n’a pas attendu le rap pour entendre des textes avec des paroles hardcore ». Longtemps manager, notamment de Kery James, Juliette Fievet, pour qui #balancetonporc est une « bonne démarche dans l’absolu » est catégorique : « Cela n’existe pas dans notre game, beaucoup moins fourbe que d’autres milieux : les mecs y sont bruts de décoffrage. »

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Débarquée jeune dans ce milieu du rap, qu’elle continue de fréquenter, la chroniqueuse de RFI n’est pas connue pour sa langue de bois. « S’il se passait des choses, je n’aurais pas accepté de donner d’interview », précise-t-elle. Et d’ajouter « ce sont ceux qui en parlent le plus qui en font le moins ; les rappeurs sont comme ça, contrairement aux politiques et autres corps de métiers, qui ont l’air bien sous tous rapports. » La rappeuse Just LX est moins tendre avec ses collègues masculins : « Qui se tait, consent. A part ceux à qui on a posé la question en interview, aucun rappeur n’a réagi de lui-même à la polémique. »

Prise de conscience et réflexion en cours

Le milieu du rap semble silencieux sur le sujet, mais une partie veut pourtant prendre part au débat. « Une réflexion s’est amorcée », note Benjamine Weill. Philosophe de formation, elle baigne dans le hip-hop et travaille sur cette culture depuis vingt-cinq ans, mais aussi sur les questions sociales et les rapports hommes-femmes. Autant dire que #Balancetonporc a fait écho en elle très rapidement. « J’ai hésité à témoigner puis je l’ai fait dans un post sur Facebook qui a fait réagir », se rappelle-t-elle. Dans son entourage, quelques rappeurs manifestent l’envie de faire quelque chose, comme Limsa, D’de Kabal, La Craps ou encore Vin’s, qui se sont sentis interpellés « en tant qu’hommes ». S’ils ne sont pas - encore - connus du très grand public, ces artistes ont cependant un nombre de fans non négligeable.

Morceau collectif ? Compil’? Page Facebook dédiée ? « On ne sait pas encore quelle forme cela va prendre, on s’envoie des articles, explique Benjamine, consciente qu’ils ne représentent pas tout le milieu. On veut surtout éviter de réagir à chaud, d’être aux prises avec le tourbillon médiatique. » Et de rappeler que le rap ne représente pas tout le hip-hop. « Attention à ne pas réduire cette culture à sa face la plus brutale ; on voit par ailleurs que la musique évolue, laisse une plus grande part à l’expression des émotions, tient-elle à souligner. Cette culture, c’est aussi le graff, la danse hip-hop, que de jeunes hommes pratiquent sans se tomber dans les codes machos. »

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Même s’ils n’ont rien à se reprocher, faisons un voeu pieux : que les rappeurs les plus exposés prennent la parole pour dénoncer les violences faites aux femmes et encourager la libération de la parole des victimes. Nul doute que leur soutien serait entendu et pourrait donner des idées au monde de la chanson française.