«Dig, Lazarus, Dig !!!», le nouvel album de Nick Cave, titre par titre

MUSIQUE Le rockeur australien revient sur une grande partie des onze chansons de son quatorzième album studio avec les Bad Seeds, «Dig, Lazarus, Dig !!!»...

Recueilli par Ulla Majoube

— 

A l'occasion de la sortie de son quatorzième album studio avec les Bad Seeds, le charismatique leader Nick Cave, commente en personne une grande partie des onze titres de «Dig, Lazarus, Dig !!!». La plupart sont en écoute sur la page My Space du groupe.


Dig, Lazarus, Dig!!!

«Depuis que j’ai entendu pour la première fois l’histoire de Lazare de Béthanie, tout petit, je me suis demandé comment cet homme pouvait vivre au quotidien après cela. Je l’ai transposé aux Etats-Unis, à une époque moderne.»



Today’s Lesson

«J’adore cette chanson et surtout les paroles. Ces dernières fonctionnent parce que la musique est aérienne, entraînante. D’ailleurs, j’ai été assez remué par l’écriture de cette chanson. Même selon mes critères, elle est vraiment très sombre. Je ne pensais pas avoir tout cela en moi.»


Moon Land

Une chanson qui joue sur les rythmes. L’histoire d’un homme qui poursuit une femme en voiture


Night of the Lotus Eaters

«Pour loi, cette chanson est un peu comme “Police and Thievesdes Clash, ou Bob Marley. La musique est aérienne, addictive, hypnotisante, comme dans un rêve. Cela apporte une autre dimension aux paroles (“Protégez-vous de vos leaders”, “Descendez dans la rue”). En revanche, ce n’est pas une chanson qu’on chantera lors d’une manifestation. Toutes mes chansons sont un peu politiques. Elles indiquent un point de vue fort, mais elles ne sont pas spécifiques. C’est très dangereux d’écrire sur un événement en particulier. Car dix ans après, personne ne se rappelle de ce à quoi la chanson fait référence.»


Albert Goes West

La descente aux enfers d’Albert. Une chanson noire et ironique à la fois, très énergique aux guitares électriques très prononcées. A noter, le retour d’Henry…


We Call Upon The Author

Il revient sans cesse dans votre carrière: Henry. Vous faites une fixation sur ce prénom? C’est pour ça que vous citez Berryman (auteur de «Henry’s Fate») ici?

«J’adore Berryman. Je n’avais pas encore lu son œuvre quand j’ai écrit l’album “Henry’s Dream”. Et c’est une coïncidence que Berryman soit devenu mon poète favori. Je lis énormément de poésie. Mon ami Doug, qui est cité dans la chanson, vient souvent frapper à la fenêtre de mon bureau (il est d’ailleurs cité dans la chanson). Il revend des bouquins sur Internet et si c’est de la poésie, il me le propose. On discute beaucoup des poètes, des livres… D’où les paroles “Bukowski était un con”. Je ne l’aime pas du tout. Et puis c’était un clin d’œil à Berryman, qui a dit “Wiltcoe était un con”. La chanson est pleine de la complaisance que peuvent avoir certains auteurs. Les paroles partent dans un délire et le dernier paragraphe ne peut être compris probablement que par moi… et encore!»


Hold on to Yourself
Lie Down Here

Ce sont les deux chansons «romantiques» de l’album. L’une est calme et un peu «traditionnelle», l’autre commence par un riff de guitare strident et les paroles sont plus dans l’urgence…

«On a voulu les mettre ensemble sur l’album. L’une traite du sentiment romantique exacerbé que l’on ressent quand on est loin de l’être aimé: “Quand je reviendrai, tout ira bien.” La seconde commence par “Je suis de retour” et là, c’est plus charnel, plus instinctif, plus fou. Ce sont deux réalités différentes, mais qui fonctionnent justement parce que ce sont deux aspects d’une même pièce.

Hold on to Yourself n’est pas “traditionnelle”, mais oui, elle ressemble un peu à des chansons qu’on a déjà faites.»


Jesus of the Moon

«Les cinq-six premières chansons diffèrent complètement des précédents albums. Puis on revient dans des tonalités plus habituelles pour les Bad Seeds, avec ces deux morceaux, par exemple.»


Midnight Man

Avec son orgue électrique, ce morceau a un petit aspect rétro, genre années 1970…

«Oui. C’était de putain de bonnes années! Je suis un homme typique des seventies, avec la chemise à grand col ouverte… Mais je m’en sors bien, non?»


More News From Nowhere

Quand on écoute l’album, il y a des clins d’œil à des anciennes chansons ou des événements personnels… «More News from Nowhere» est comme un retour sur votre vie.

«On peut voir ça ainsi. Mais il y a une finalité dans cette chanson. Les dernières paroles sont d’ailleurs “Goddbye, goodby”. Avec cette chanson, j’avais un sentiment de vertige. Les choses que nous faisons deviennent vite obsolètes, en matière de technologie et dans les relations humaines. Je voulais un trouble, un vertige. A la première écoute, on se dit que c’est une petite chanson sur un mec qui essaye de se trouver un coup d’un soir lors d’une fête, mais qui n’arrête pas de tomber sur ses ex-copines. Or, il y a autre chose derrière tout ça. Ce mec est coincé dans le film d’horreur de son passé. Mais il n’y a pas de quoi déprimer, quand même!»