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CENTENAIREPourquoi la Russie ne fêtera pas le centenaire de la Révolution d'octobre

100 ans de la Révolution d'octobre: «Il est encore trop tôt pour en parler sereinement»

CENTENAIRE
Pour le centenaire de la Révolution d'octobre, Artem Studennikov, le numéro deux de l'ambassade de Russie à Paris, a répondu aux questions de «20 Minutes»...
Aujourd'hui, Lénine et la Révolution d'octobre sont perçus à la fois de manière très positive et très négative.
Aujourd'hui, Lénine et la Révolution d'octobre sont perçus à la fois de manière très positive et très négative. - Dmitri Lovetsky/AP/SIPA
Claire Barrois

Propos recueillis par Claire Barrois

Il y a cent ans jour pour jour, les Bolcheviks renversaient le gouvernement de Russie et prenaient le pouvoir. La Révolution d’octobre (qui s’est déroulée la nuit du 24 au 25 octobre 1917 selon le calendrier alors en vigueur en Russie, mais le 7 novembre selon le calendrier actuel) a changé l’histoire de la Russie. Le ministre-conseiller de l’ambassade de Russie à Paris, Artem Studennikov, évoque cet héritage lourd qui divise le pays.

Cent ans après, quelle est la place de la Révolution d’octobre en Russie ?

En 1917, pour la première fois, le peuple a gagné. Mais aujourd’hui, cette victoire est amère parce que l’expérience bolchevique n’a pas fonctionné. Il n’y aura pas de célébrations officielles pour des raisons évidentes [Il sous-entend les dizaines de millions de victimes du régime]. Sous le régime soviétique, le 7 novembre, la date anniversaire de la Révolution d’octobre, était appelé la Fête de la réconciliation. Il y avait des défilés militaires, celui des travailleurs, etc.

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Aujourd’hui, la Fête nationale russe a lieu le 4 novembre, comme c’était le cas avant le régime soviétique. Ce Jour de l’unité nationale rend hommage aux événements de 1610, quand une milice populaire a chassé les Polonais qui s’étaient installés au Kremlin et avaient presque réussi à pousser l’Etat russe à l’effondrement.

Donc aucune célébration n’aura lieu aujourd’hui ?

Les communistes célèbrent toujours cette journée, mais au niveau de l’Etat, on voit surtout la nécessité de la réconciliation, on préfère laisser la révolution aux historiens. Certains disent que la révolution a permis de moderniser le pays, d’autres que ça a été une catastrophe… On est en démocratie, il n’y a pas de pensée unique en Russie, tout le monde peut dire ce qu’il pense. Chacun a son approche de la révolution, il faut en finir avec la guerre civile idéologique à ce sujet.

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Il me semble qu’il est encore trop tôt pour parler sereinement de la Révolution russe. On raconte souvent l’anecdote du premier ministre chinois Zhou Enlai à qui on a demandé, près de 200 ans après la Révolution française, ce que cet événement lui évoquait. Il avait répondu : « Il est encore trop tôt pour tirer des conclusions. » Certes, c’est la philosophie de Confucius et la façon de penser chinoise qui n’a rien à voir avec la façon de penser en Russie, mais ça s’applique pour cet événement. La révolution russe provoquera toujours des échanges très vifs.

Est-il possible, selon vous, de séparer la Révolution des millions de victimes du régime, que les Russes ont vécu par la suite sous l’URSS ?

Staline est dans la continuité de Lénine, seulement entre les deux, le pays avait changé et la situation extérieure aussi. Le marxisme n’est pas un dogme, c’est une idée pour aller de l’avant et construire une nouvelle société. Lénine et Staline ont évolué en la mettant en pratique, même si ensuite Staline a été rattrapé par son amour du pouvoir personnel. Il se croyait seul à pouvoir construire le socialisme. A ses yeux, il a pris des décisions dures, mais nécessaires. Cela a conduit la Russie à un isolement total et l’industrialisation s’est faite au prix de millions de vies.

La Révolution a-t-elle modifié les liens entre la France et la Russie ?

La France n’a pas très bien accueilli la révolution bolchevique, elle a plutôt soutenu les armées blanches [composées de tsaristes, de monarchistes, de républicains… qui rejetaient le pouvoir bolchevique], jusqu’à ce qu’elles perdent la guerre civile. A ce moment-là, 400.000 émigrés se sont installés en France, faisant d’elle le pays qui a accueilli le plus de Russes à la révolution.

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Les descendants d’émigrés comptent-ils toujours pour la Russie ?

Nous avons créé le centre spirituel et culturel orthodoxe russe à Paris pour renforcer les liens avec la communauté russe en France, qui est le centre de l’émigration russe en Europe. Ce lieu s’adresse à tous, c’est un élément important de la culture et de l’art russe. Il y a une relation d’amitié traditionnelle, des liens culturels, historiques, entre nos pays.

On connaît Dostoïevski ou Tchaïkovski, mais travaillez-vous à faire connaître la culture contemporaine ?

Sur le plan de l’art contemporain, le centre Pompidou s’est vu offrir une collection de 250 œuvres d’art très modernes par Vladimir Potanin en 2016. La collection Chtchoukine à la Fondation Louis Vuitton a battu le record de fréquentation de Toutankhamon et son temps, organisée au Petit Palais en 1967, en attirant plus d’1,2 millions de visiteurs. Cela a été un tel succès qu’on a préparé immédiatement une deuxième exposition : En 2019, la collection Morosov sera présentée également à la fondation Vuitton. On prépare également une exposition Fabergé pour 2020.

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Les tensions diplomatiques entre la Russie et la France ont-elles un impact sur les échanges culturels ?

Nos divergences sur certains sujets internationaux n’ont aucune influence sur les échanges culturels. Sur l’économie, oui, à cause, notamment, de blocages. Mais cela ne cause aucune difficulté pour les expositions et les venues d’artistes.

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