VIDEO. FIAC 2017: Entre esthétisme et provocation

fiac Tandis que des œuvres contemporaines se vendent à des millions d’euros et que le marché est en pleine expansion, certains considèrent l’art contemporain comme fantaisiste, superflu, dénué de sens. Je me suis donc rendu en parfaite novice, à la FIAC, le symbole de cet art si décrié…

Maria Aït Ouariane

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Miroirs de Michelangelo Pistoletto à la FIAC 2017, PARIS
Miroirs de Michelangelo Pistoletto à la FIAC 2017, PARIS — Maria Aït Ouariane

En quoi ce chien en ballon est considéré comme de l’art ? Qui peut bien s’émouvoir devant deux trois tâches de peinture ? Comment un carré bleu sur fond jaune peut-il se vendre à des millions ?

C’est avec des questions un peu bêtes et le livre de Susie Hodge Pourquoi un enfant de 5 ans n’aurait pas pu faire cela - L’art moderne expliqué niché au fond de mon sac, que je me rends donc pour la première fois à la Foire Internationale de l’Art Contemporain.

La FIAC, pour les intimes, c’est apparemment LE rendez-vous pour tous les férus d’art. Galeristes, collectionneurs, conservateurs, artistes et personnalités, du monde entier se rejoignent au Grand Palais pour essayer de dénicher la perle rare. Je décide d’entamer deux visites : la première avec mon regard novice, la deuxième accompagnée par Alexia Guggémos, journaliste, critique d’art et auteure de L’histoire de l’art pour les nullissimes (parfait pour moi).

Autant vous dire tout de suite qu’avec mes baskets et ma mine constamment étonnée, je faisais quelque peu tache au milieu de ce beau monde. N’ayant jamais été devant ce monument parisien, je n’avais même pas saisi qu’une œuvre d’art était déjà présentée devant le monument parisien. Des houla houps colorés s’entremêlent et nous tiennent compagnie sur l’avenue Winston-Churchill tandis qu’on fait la queue. J’apprendrai plus tard que l’œuvre a été installé par Yona Friedman, un architecte et sociologue français de 94 ans.

Les portes du Grand Palais poussées, nous sommes accueillis par une statue dorée enflammée de 5 mètres qui donne le ton. Imposante, limite effrayante avec sa tête de mort qui s’extrait des flammes, Flame Of Desire de Takashi Murakami semble d’ores et déjà me crier à quel point je me suis trompée sur l’art contemporain. Enfin, pas tout à fait…

Flame Of Desire by Takashi Murakami (FIAC 2017 )

 

Des œuvres provocatrices

À sa gauche, une œuvre refroidit mon entrain « It’s a cold day in hell » clame le tableau de Ricci Albenda. Je ne m’y attarde pas car la peinture acrylique me fait plus penser aux photos Pinterest ou ces « phrases Tumblr » que l’on voit passer sur les réseaux sociaux, qu’à une œuvre d’art. Autre œuvre qui m’a laissé très perplexe : Lies, Lies de Damien Hirst.

Lies, Lies by Damien Hirst

Une pharmacie, rien de plus banale mais estimé entre 400 000 et 600 000 $… Oui vous avez bien lu. Mais si c’est un peu moqueuse et ironique que j’interroge Alexia Guggémos, son explication me cloue le bec. Ce n’est pas une pharmacie rien de plus banale, les médicaments sont tous peints à la main (Le réalisme est frappant), Lies Lies c’est peut-être le mensonge des médicaments qui ne font, après tout, que retarder le jour fatidique qui nous attend tous. Damien Hirst joue également sur l’étonnement, la provocation et la signification de l’art. En somme, l’artiste n’est pas un génie, il pose son travail avec un prix pharamineux et s’il trouve acheteur (et il y en a) alors son but est peut-être atteint. Il ne berne pas les acheteurs mais séduit par cette provocation et cette remise en question.

Le génie de Larissa Fasslar

La FIAC surprend également avec des œuvres plus « classiques » comme un tableau de Picasso ou de Miro, on y retrouve aussi une partie dédiée au design qui étonne par sa simplicité. A l’étage supérieur, c’est le territoire des jeunes galeristes qui, pour le coup, m’a beaucoup plu. Le travail de Larissa Fassler m’a époustouflé par son génie, son originalité et la beauté d’une construction que le jeune galeriste Jérôme Poggi met en discussion avec Yona Friedman.

Place de la concorde par Larissa Fassler - FIAC 2017
Place de la concorde par Larissa Fassler - FIAC 2017 - Courtesy Galerie Jérôme Poggi Poggi

L’artiste franco-canadienne a consacré « plusieurs journées d’observations scrupuleuses pendant lesquelles elle consigne sur son carnet de dessins les allées et venues des passants, leurs activités et attitudes, ainsi que toute anecdote animant cet espace public. » Le résultat est incroyable ; des actions regroupées dans une carte, donnant vie à de froides lignes, nous forçant à observer minutieusement un véritable réseau humain, comme hypnotisés par ce brouhaha silencieux. La place de la concorde et la place Taksim donnent fond aux maquettes de Yona Friedman dont les houla houps accompagnent les dessins de la jeune artiste.

Maquette de Yona Friedman à la FIAC 2017 - Galerie Jérôme Poggi

Un jeu d’opposition

Toujours en haut, je m’arrête devant une table où une « bière pong » y est installée, l’installation me rappelle une table de pig pong que j’ai aperçu en bas dans une autre galerie mais aucun moyen de savoir si l’opposition est faite exprès. Une opposition qui rappelle également celle entre l’artiste expérimentée Friedman et la jeune Fassler.

Grand Palais - FIAC 2017

Je continue avec un regard plus attentif, moins léger. La visite du Petit Palais se fait rapidement tant les œuvres présentées sont peu nombreuses et peu mises en valeur à mon goût. Enfin, c’est avec satisfaction que je termine ma petite escapade ; j’ai longtemps pensé que les œuvres d’art contemporaines ne pouvaient me parler comme le fait un tableau de Vincent Van Gogh ou des artistes impressionnistes, mais cet art joue avec nos réactions, nos sens, les questionnent et jamais ne nous proposent une explication linéaire. Si l’on s’arrête un peu plus longtemps sur la statue en feuille d’or de Murakami, Flame of Desire, il n’y a pas seulement le clinquant qui nous saute aux yeux mais aussi l’ombre magnifique qu’elle projette sur le mur.