Nue devant la Joconde, incendie à la Banque de France... Vit-on un âge d'or des performances artistiques trash?

INTERVIEW L’artiste Déborah de Robertis qui a de nouveau exposé son vagin lors d’une performance, cette fois au musée du Louvre, a été jugée mercredi pour exhibition sexuelle…

Propos recueillis par Benjamin Chapon

— 

L'artiste Déborah de Robertis a mené une nouvelle performance choc au Musée Guimet, le 4 septembre 2016.
L'artiste Déborah de Robertis a mené une nouvelle performance choc au Musée Guimet, le 4 septembre 2016. — Jean-Jacques Valette

Ça ne pouvait pas mieux tomber. Alors que le monde de l’art contemporain est réuni depuis mardi à Paris pour la Foire International d’Art Contemporain (Fiac), Déborah de Robertis était jugée, mercredi, pour « exhibition sexuelle » à la suite d'une nouvelle performance lors de laquelle elle avait exposé son vagin devant la Joconde, au musée du Louvre.

>> A lire aussi : Les artistes russes sont prêts à tout pour se faire remarquer

Dans la nuit de dimanche à lundi, c’est l’artiste russe Piotr Pavlenski, habitué des performances coup de poing et réfugié politique en France, qui a mis le feu à une succursale de la Banque de France, sur la place de la Bastille, à Paris. De là à penser que nous vivons un retour en grâce de la performance artistique, il y a un pas que le spécialiste en art contemporain Herbert Senior refuse de franchir.

Que pensez-vous de la performance de Piotr Pavlenski ?

Piotr est un artiste hors norme dont chaque performance est un événement. J’aimais particulièrement ses performances sur la place des fous dans les sociétés.

Peut-on rapprocher son travail de celui de Déborah de Robertis ?

Absolument pas même si le discours autour des performances de cette artiste semble très structuré. Je ne connais pas bien son travail mais cette réappropriation du corps est au centre du travail de nombreux artistes performeurs.

>> A lire aussi : Les interventions choc de Déborah de Robertis sont-elles de l'art ?

Y a-t-il beaucoup de performeurs actuellement ?

Non. Il y en a toujours eu très peu, à part dans les années 1970, et la plupart sont très solitaires dans leur démarche. Il n’y a pas de scène artistique de la performance mais une somme d’individus. Par ailleurs, le marché ne s’intéresse pas à ces œuvres, de par leur nature.

Les performances artistiques sont-elles plus nombreuses dans certains pays ?

Il y a eu une recrudescence en Russie où il y a à la fois une grande culture artistique, des artistes bien formés et une forme de répression politique et religieuse, un climat réactionnaire. Mais à part ça, non.

Les performances sont-elles des œuvres comme les autres ?

Leur nature et leur impact sont différents, mais avec un peu de recul on remarque qu’elles peuvent souvent s’inscrire comme une tendance, elles deviennent des marqueurs de l’histoire de l’art. Mais on ne peut pas analyser ça à chaud. Les réactions que suscite une performance à chaud sont liées au contexte politique et social. Pour percevoir sa portée esthétique, il faut attendre plusieurs années, la comparer avec d’autres performances du même artiste, essayer de comprendre l’évolution du discours… La performance de Piotr Pavlenski est un effet d’aubaine parce qu’il est isolé, ici en France, et qu’il sait que le monde de l’art contemporain est là pour la Fiac. Il faut peut-être s’attendre à d’autres performances dans les jours à venir. Mais rassurez-vous, le calme reviendra dès lundi prochain.