On a lu «Astérix et la Transitalique» avant tout le monde... Et on vous dit tout le bien qu'on en pense

BD Le nouvel album d'Astérix propose un périple en Italie à travers une course de chars…

Olivier Mimran

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Extrait d'Astérix et la Transitalique
Extrait d'Astérix et la Transitalique — Astérix ® Obélix ® Idéfix ® / © 2017 éd. Albert René

Découvrir le nouvel album d’Astérix en avant-première, ça ne se refuse pas ! Pour cela, il a fallu se rendre au siège des éditions Albert René pour une lecture expresse du 37e volume des aventures de l’irréductible gaulois, puis une rencontre avec le duo d’auteurs aux commandes de la série depuis 2013.

Après avoir parcouru « Astérix et la Transitalique » isolé bien au calme dans un minuscule réduit de deux mètres sur deux, 20 Minutes a pu échanger avec le scénariste Jean-Yves Ferri et le dessinateur Didier Conrad.

Un pur moment de rigolade

Après les balbutiements d’Astérix chez les Pictes, sorti en 2013 et tièdement accueilli par un public circonspect, puis la consécration du Papyrus de César (qui a été le livre le plus vendu en France en 2015), les deux auteurs désormais très à l’aise dans leurs braies, apprécient d’autant plus les retours enthousiastes des quelques journalistes présents qu’ils confessent « s’être amusés comme des petits fous » à créer cet album.
 


 

On y suit la participation de nos héros à une course de chars à travers l’Italie (d’où le « Transitalique » du titre). Initiée par un politicien corrompu, la compétition - pour laquelle concourent des attelages issus de tout « le monde connu » (c’est-à-dire des provinces, occidentales ou africaines, alors sous le joug romain) - vire vite à la foire d’empoigne. D’autant que le pilote romain ne respecte pas vraiment les règles du jeu… Comme dans la série animée Les fous du volant, chaque char a ses caractéristiques - souvent caricaturales - et la course se révèle une source inépuisable de péripéties et rebondissements qu’on ne dévoilera pas pour ne pas spoiler.

Obélix prend du grade

On révélera juste qu’Obélix tient, dans cette aventure, un rôle prépondérant. Une petite nouveauté qui, sans être révolutionnaire, confirme la volonté du nouveau duo d’auteurs d’insuffler, lentement mais sûrement, un peu d’audace dans une série ô combien « installée ».
 


 

Truffé de jeux de mots, de références sociales ou culturelles - « une tradition de la série », nous confie Jean-Yves Ferri -, « Astérix et la Transitalique » propose, comme tous ses prédécesseurs, plusieurs niveaux de lecture. « Parce qu’il existe plusieurs générations de lecteurs », rappelle Didier Conrad. « L’une des plus grandes difficultés lorsqu’on écrit un nouvel épisode, confirme Ferri, c’est de se mettre systématiquement dans la peau des lecteurs de 6, 20, 40, voire 70 ans. On doit tous les faire rire, avec des références qui leur parlent. » « Du coup, précise Conrad, on fait inconsciemment de l’autocensure en n’intégrant pas des concepts qui nous font rigoler mais qu’on trouve, à la réflexion, trop tortueux. »
 


 

Corruption et Lobbying chez les romains

Deux grand thèmes très contemporains se dégagent ainsi de ce 37e album : la corruption politique, à travers le personnage de Lactus Bifidus, qui a l’idée d’organiser la course ; et le pouvoir des grands groupes industriels, à travers l’omniprésence de la marque Garum Lupus, « le condiment des champions ». « La corruption des politiques a toujours existé et existera malheureusement encore quelque temps, constate amèrement Jean-Yves Ferri. C’est donc un concept qu’on pouvait exploiter… sans pour autant nous appuyer sur des références récentes comme le cas Fillon (rires). On a circonscrit ça a l’univers d’Astérix, avec un personnage sujet d’une corruption plutôt « paisible », sans malice. Quand à Garum Lupus, c’est un peu le Coca Cola de l’époque. Une marque plus puissante que les politiques. »
 


 

« On respecte une sorte de tradition dans cette série, qui a toujours fait écho à une certaine actualité, souligne Didier Conrad. Et on s’inscrit d’autant plus facilement dans cette dynamique que le contexte socioculturel évoluant mécaniquement avec le temps qui passe, on a et on aura toujours de nouveaux sujets, de nouveaux thèmes à traiter. »

« Une petite mythologie qui fonctionne bien »

N’empêche qu’il fallait « capter » cette composante de la série pour mieux la reproduire, et que n’importe qui n’y serait pas forcément parvenu. « Si on s’en sort bien, c’est parce qu’on aimait Astérix avant de le reprendre, reconnaît Ferri. C’est important parce qu’on peut imaginer que des auteurs trentenaires, par exemple, auraient davantage joué la carte de la rupture que celle du respect. L’univers Astérix s’appuie beaucoup sur les paraboles, les métaphores, les caractères de ses personnages sont bien définis, c’est une petite mythologie qui fonctionne bien. Du coup, ça devient facile d’évoquer des sujets contemporains sans bouleverser l’esprit de la série. »
 


 

Facile, soit. Mais n’est-il pas un peu frustrant, malgré le succès, de devoir sacrifier à tant de règles lorsqu’on est auteur ? « Justement, non : on est dans des contraintes qui nous obligent mais que l’on respecte, comme des poètes qui se plieraient à l’écriture d’alexandrins. C’est une activité très créative car on doit être très scrupuleux et inventer dans une marge imposée », affirme Jean-Yves Ferri. Ce que confirme Didier Conrad : « on a beaucoup travaillé « pour nous » avant de reprendre Astérix. Moi, j’ai produit plein de bouquins de BD et j’ai déjà réalisé 80 % de ce que je voulais faire personnellement. Donc travailler sur Astérix est, effectivement, un vrai épanouissement artistique. »

 

« Astérix et la Transitalique », par Jean-Yves Ferri & Didier Conrad (d’après R. Goscinny et A. Uderzo) - éditions Albert René/9,95 euros