Orelsan: «Je n’aime pas me voir, je me trouve bizarre»

ENTRETIEN Six ans après « Le chant des sirènes », l’artiste revient vendredi avec son troisième album solo, « La fête est finie »…

Propos recueillis par Clio Weickert

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«La fête est finie», le troisième album d'Orelsan, sort vendredi
«La fête est finie», le troisième album d'Orelsan, sort vendredi — Jean Counet

Orelsan aurait-il du vague à l’âme ? Six ans après Le chant des sirènes, l’artiste revient, vendredi, avec son troisième album solo. Malgré un premier titre dévoilé plutôt punchy et efficace, Basique, La fête est finie est un album très introspectif, voire mélancolique. 20 Minutes a rencontré le rappeur normand pour lui poser quelques questions, simples.

Après six ans d’absence en solo, vous revenez avec un album intitulé « La fête est finie ». L’heure de la gueule de bois a sonné ?

J’ai construit cet album un peu comme un truc évolutif, comme une sorte de voyage où les émotions changent. Et pour moi ça commence en gueule de bois, ça remonte un peu, ça redescend, et ça finit plutôt positivement !

« Je me suis rendu compte que, dans ma vie, je ne suis pas le « monsieur » que je voulais être »

Dans le premier titre, « San », vous dites n’avoir « jamais été aussi perdu ». On dit pourtant en général que tout s’apaise avec la trentaine…

En réalité, non. Au départ je le voulais super positif, genre « je m’assume, je suis là, j’ai la réponse à toutes vos questions, ne bougez pas ». Il devait s’appeler « San », ce qui veut dire « monsieur » en japonais. Mais j’ai eu un gros blocage. J’ai réussi à faire la moitié de l’album comme ça, mais au bout d’un moment je n’arrivais plus à écrire… Et je me suis rendu compte que, dans ma vie, je ne suis pas le « monsieur » que je voulais être. Je ne suis pas si à l’aise que ça avec moi-même, je n’ai pas la réponse à toutes les questions !

Vous confiez notamment votre désenchantement sur la célébrité. Vous rêvez donc d’anonymat désormais ?

C’est marrant parce que c’est le genre de trucs dont je ne voulais pas parler au début dans cet album. Ça me gonfle toujours un peu quand j’entends des artistes, genre Drake, où une chanson sur deux il est triste d’être connu… Dans ma tête, je me dis, « mais ne sois pas connu, arrête ! ». Mais ce n’est pas aussi simple que ça. Si tu veux faire de la musique, il y a forcément un moment où tu as envie que les gens l’écoutent, que ça se répande. Quand tu n’es pas connu, tu crois que tout va être super quand tu seras célèbre, mais ce n’est pas tout le temps le cas.

C’est-à-dire ?

Déjà, je n’aime pas me voir en interview, je me trouve bizarre, j’encaisse mal les mauvais commentaires, comme tout le monde… Et puis, je suis responsable de gens: si mon album marche, ils ont du travail. J’ai aussi une marque de fringues, et c'est pareil. Avant, ma pire hantise c’était de gérer des gens ! Après, le fait d’être reconnu dans la rue… Déjà j’ai de la chance, je n’ai pas un visage reconnaissable, je peux passer un peu inaperçu. Je prends le métro, je n’ai pas passé ce stade de célébrité ultime !

Vous dites même qu’on vous confond avec Nekfeu…

Tout le temps ! Et je ne sais pas quoi répondre, c’est trop bizarre de dire « heu… non, je suis un autre rappeur » ! Mais ça ne me vexe pas, au contraire, je kiffe Nekfeu, je suis limite content vu qu’il est réputé pour être un peu beau gosse !

En parlant de Nekfeu, vous avez de chouettes collabs sur cet album : Nekfeu, Stromae, Ibeyi, Maître Gims…

J’ai conçu tout l’album sans penser aux featurings. Mais le premier que je suis allé voir était Stromae, c’était un de mes fantasmes de bosser avec lui. Avec Nekfeu, on devait faire un truc depuis hyper longtemps… Pour Maître Gims, c’est la 3e fois qu’on collabore. J’aime bien Gims parce qu’il est capable d’aller dans des vraies chansons, et en même temps c’est un très bon rappeur. Il est marrant mais il peut avoir des textes profonds, et je trouve qu’il a une belle voix, tout simplement. Il a du coffre, il chante bien !

De super collabs donc, et aussi l’amour ! Dans cet album, vous déclarez votre amour pour votre compagne dans plusieurs titres, et surtout dans « Paradis »… 

Oui, même si ça reste quand même un peu dans la punchline, un peu tourné en hyperbole. J’en rajoute énormément mais en même temps pour moi c’est un peu ça l’amour, c’est pouvoir aller à fond dans le truc. Ça faisait longtemps que je voulais écrire une chanson d’amour comme ça, un amour sans concession. Et puis, c’était quelque chose que je n’avais jamais vraiment ressenti avant. Et une fois que tu ressens ça, tu t’y accroches. Tu te dis, quoi qu’il arrive dans ma vie, j’ai ça. C’est ultra rassurant.